Dix objets pour la maison dont rêvait tout Soviétique

Kira Lissitskaïa (Photo: Nikolaï Akimov/TASS; Iouri Prostiakov/Sputnik)
Kira Lissitskaïa (Photo: Nikolaï Akimov/TASS; Iouri Prostiakov/Sputnik)
Dans les dernières décennies de la période soviétique, ces objets étaient les symboles du succès et de la prospérité.

Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté

En URSS, un pays où l’offre était souvent loin de satisfaire la demande, certains objets étaient particulièrement difficiles à se procurer. On leur donnait le nom de дефицит/difitsite. Ceux qui avaient eu la patience d’attendre leurs commandes ou avaient eu la possibilité de faire jouer leurs relations possédaient des objets qu’il fallait bien considérer comme de valeur et qui prouvaient donc leur aisance.

Service «Madonne»

Sefer azeri (Domaine public)
Sefer azeri (Domaine public)

En URSS, les services de vaisselle en porcelaine fabriqués en RDA étaient l’un des signes extérieurs de richesse. Ils étaient décorés de tableaux de la peintre Angelica Kauffmann (1741-1807) sur des sujets antiques, ce qui n’empêchait pas les Soviétiques de leur donner le nom générique de « Madonne ». Les pièces de porcelaine avaient une finition irisée nacrée. Certaines de leurs parties étaient souvent dorées. On tenait à cette vaisselle comme à la prunelle de ses yeux : elle ne servait pas, elle restait simplement exposée dans les buffets. Toutes les familles soviétiques rêvaient de posséder un service « Madonne ». On se les offrait à l’occasion des mariages et des anniversaires.

Cristal

Vitali Aroutiounov / Sputnik
Vitali Aroutiounov / Sputnik

Dans les dernières décennies de la période soviétique, le cristal était un des symboles de la prospérité : verres, vases, bonbonnières brillaient de mille feux dans les buffets d’où on ne les sortait que pour les grandes occasions. Le cristal de Bohême importé de Tchécoslovaquie était particulièrement prisé. On pouvait en acheter grâce à ses relations (блат) ou avoir l’immense plaisir de se le faire offrir. Toute bonne maîtresse de maison se devait au moins d’avoir du cristal soviétique fabriqué à l’usine de Gous-Khroustalski.

Lire aussi : Réponses aux dix questions les plus courantes sur l'URSS

Meubles de rangement

Sergueï Subbotine / Sputnik
Sergueï Subbotine / Sputnik

Стенка/stienka (littéralement muret) était un ensemble de meubles de rangement (secrétaire, vitrines, placards, armoire) que l’on montait contre un des deux murs dans la longueur d’une pièce. Ces meubles fabriqués en RDA, en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie et en Roumanie n’étaient pas seulement des espaces de rangement, ils étaient surtout l’étalon de la respectabilité de leurs propriétaires. On ne les trouvait pas disponibles dans les magasins d’ameublement. Pour acheter une stienka, il fallait la commander et l’attendre, parfois plusieurs années. On pouvait aussi essayer d’en obtenir une grâce à l’aide d’amis ou, à prix fort, par l’intermédiaire de « relations ». Dans les vitrines, on avait l’habitude de placer (pas seulement pour les voir, mais aussi pour les montrer) les pièces maîtresses de son intérieur : cristal, services en porcelaine, livres, attrape-poussière ramenés de l’étranger.

Tapis en laine

I. Ivanov / Sputnik
I. Ivanov / Sputnik

Comme de nombreux objets que l’on trouvait difficilement sur le marché intérieur durant les dernières décennies de l’URSS, les tapis en laine étaient des indices de la richesse des familles. Ils ne servaient pas uniquement à l’isolation thermique et phonique. Ils avaient l’avantage d’habiller les murs contre lesquels il n’y avait pas de meubles ou sur lesquels il n’y avait rien, tout en soulignant le statut social de leurs propriétaires.

Lustre en cristal

Sergueï Bobylev / TASS
Sergueï Bobylev / TASS

Les lustres en cristal les plus recherchés étaient de fabrication tchécoslovaque ou hongroise. Ils étaient le rêve de toute maîtresse de maison et, peut-être, le principal signe extérieur de richesse. On sacrifiait six mois de salaire pour en acheter un par l’intermédiaire de son réseau de relations ou on en recevait un en cadeau à l’occasion d’un grand événement. On l’accrochait ensuite dans le salon où ses pampilles brillaient des couleurs de l’arc-en-ciel.

Lire aussi : La vie quotidienne en URSS comme vous ne l'aviez jamais vue

Fauteuils et divans

Andreï Solomonov / Sputnik
Andreï Solomonov / Sputnik

Fauteuils, canapés ou sofas permettaient également de se distinguer du commun des mortels soviétiques ! Pour s’acheter des meubles de qualité, confortables et agréables à regarder, il fallait les commander, les attendre des années durant, accepter de les payer plus cher qu’ils ne valaient et faire appel à ses relations. Posséder deux fauteuils et un divan assortis, c’était montrer à ses visiteurs que l’on avait les moyens de se permettre le meilleur. Ces meubles permettaient aussi d’aménager correctement des espaces exigus.

Maillechort

avito.ru
avito.ru

Dans les dernières décennies de la période soviétique, les couverts en maillechort (alliage de cuivre, de zinc et de nickel) étaient bien plus abordables que ceux en argent massif. Cet alliage a d’autres avantages que son prix : il ressemble à l’argent et est beaucoup plus léger. On ne sortait les ménagères de couverts en maillechort que lorsque l’on avait des invités et pour les grandes occasions. On recherchait particulièrement les couverts estampillés « МНЦ » (pour медь, никель, цинк / Cu, Ni, Zc) avec des motifs en relief. Le maillechort se corrodant rapidement, on nettoyait les couverts avec du dentifrice en poudre et on les frottait jusqu’à ce qu’ils brillent idéalement.

Chaîne Hi-Fi

Givi Kikvadze, Irakli Chokhonelidze / TASS
Givi Kikvadze, Irakli Chokhonelidze / TASS

Posséder une chaîne Hi-Fi d’importation était comme s’ouvrir une fenêtre sur le monde occidental, ce qui ne pouvait que susciter l’envie de ses voisins et de ses connaissances. Sen procurer une était extrêmementdifficile. Les chanceux qui étaient envoyés en mission à l’étranger avaient la possibilité d’en rapporter. Les autres les leur achetaient pour des sommes astronomiques. Peu de mélomanes pouvaient se permettre un tel luxe et se contentaient des modèles soviétiques, qui n’étaient pas donnés non plus.

Magnétoscope

Boris Kavachkine, Lioudmila Pakhomova / TASS
Boris Kavachkine, Lioudmila Pakhomova / TASS

Pour le citoyen soviétique des années 1980, les magnétoscopes n’étaient pas seulement des appareils onéreux. Ils étaient surtout le symbole de la richesse et le moyen de regarder des productions cinématographiques occidentales, à commencer par des films d’action hollywoodiens et des films érotiques. Les видаки/vidaki, comme on les appelait familièrement alors, se vendaient à prix d’or. On en arrivait à prendre rendez-vous un mois à l’avance avec ses connaissances qui avaient un magnétoscope ou on s’entassait dans des vidéo-clubs clandestins payants.

Œuvres complètes de grands auteurs

Vladimir Fedorenko / Sputnik
Vladimir Fedorenko / Sputnik

Si l’Union soviétique s’enorgueillissait de son statut de « nation qui lisait le plus au monde », les éditions des classiques de la littérature russe, soviétique et mondiale étaient finalement rares. Si les rayons des magasins croulaient sous le poids des brochures publiées par le Parti communiste, il fallait presque se battre pour acheter une édition des œuvres d’Alexandre Dumas (père) ou la série Bibliothèque de la Littérature Mondiale. Les plus chanceux arrivaient à les commander par un système d’abonnement (подписка), mais il fallait avoir fait la queue toute la nuit devant les librairies ou avoir des relations dans ces mêmes magasins. On pouvait aussi collecter dix à vingt kilogrammes de papier destinés au pilon pour obtenir un bon valable pour un tome d’un roman d’aventures ou d’un classique de la littérature que l’on garderait ensuite précieusement sur l’une des étagères de sa ... stienka !

Dans cette autre publication, découvrez cinq objets que l’on trouvait dans tous les appartements soviétiques.