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Pourquoi l’époque de Léonid Brejnev est-elle appelée celle de la stagnation?

Valentine Kouzmine / TASS
L’atonie dans les hautes sphères du pouvoir et sa réticence à entreprendre les réformes économiques radicales qui s’imposaient sont deux des caractéristiques de l’époque de la stagnation en URSS. Paradoxalement, les citoyens soviétiques lambda jouissaient alors d’un niveau de vie relativement élevé. 

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« Les décisions d’ordre pratique prises par les institutions du Parti et de l’État n’étaient plus en phase ni avec les exigences de notre époque, ni avec la vie elle-même. Les problèmes de développement auxquels devait faire face notre pays se multipliaient plus rapidement que nous ne les résolvions (...) On commençait à observer dans la société des phénomènes de stagnation ». C’était ainsi que le secrétaire général du PCUS Mikhaïl Gorbatchev appréciait en 1986 le bilan de l’administration du pays sous ses prédécesseurs. À commencer par Léonide Brejnev qui dirigea l’URSS de 1964 à 1982. Depuis cette intervention, le terme застой / zastoï / stagnation est entré dans le langage courant.

Léonide Brejnev dans un bureau de vote, 1979
Eduard Pessov / TASS

L’immobilisme dans les hautes sphères du pouvoir et le non-renouvellement des élites politiques sont deux des caractéristiques de l’époque de la stagnation. En théorie, tout le monde pouvait, sur examens, entrer dans les écoles des hautes études du PCUS. Mais, dans les faits, seuls les parents et les connaissances de fonctionnaires du Parti en suivaient les cours. L’avancement de gens capables mais sans relations était freiné à chaque étape. En 1982, l’année de la mort de Léonide Brejnev, la moyenne d’âge au sein du Politburo était de 71/72 ans. Mikhaïl Gorbatchev était le plus jeune de ses membres : il avait 51 ans et demi.

La 23ᵉ Conférence de l'organisation municipale du Parti communiste de Moscou, 1979
Vassili Egorov, Valentin Sobolev/TASS

Toujours à cette même époque, l’appareil bureaucratique ne cessa d’enfler. Au début des années 1980, 18 millions de Soviétiques travaillaient dans l’administration du PCUS ou de l’État. Le ratio était d’un fonctionnaire pour 6 ouvriers. Leurs salaires annuels cumulés correspondaient à environ 10% du budget de l’État. En 1986, Mikhaïl Gorbatchev qualifia le système bureaucratique « d’obstacle sérieux sur la voie (...) de l’accélération du développement socio-économique du pays et de la restructuration radicale du mécanisme de gestion économique qui lui est lié ».

La juge du peuple N. Oudalova reçoit des citoyens.
O. Ivanov, B. Kavachkine/TASS

Dans le domaine économique, la stagnation résultait de la réticence, voire de la crainte, du pouvoir à entreprendre des réformes d’ampleur. Au milieu des années 1960, le président du Conseil des Ministres Alexeï Kossyguine avait donné plus d’indépendance aux entreprises, mais cette mesure n’avait eu que des effets temporaires et avait été rapidement abandonnée. Les principes de base du fonctionnement de l’économie soviétique ne changèrent pas : la croissance était essentiellement extensive, les rythmes de production diminuaient, le retard technologique sur l’Occident augmentait.

À l'usine de fibres synthétiques de Kaunas (aujourd'hui - Lituanie)
Boris Kavashkin, Algis Palenis/TASS

Au milieu des années 1970, les cours mondiaux du gaz et du pétrole s’envolèrent. L’URSS était alors l’un des plus gros exportateurs d’hydrocarbures et engrangea des revenus considérables, ce qui convainquit le pouvoir soviétique de ne pas engager de réformes. La majorité de ces revenus fut consacrée au développement du complexe militaro-industriel et du secteur spatial. Les industries légère et alimentaire continuèrent à manquer chroniquement de financements. Il en résulta un déficit de produits manufacturés et d’alimentation qui engendra, à son tour, des queues, la formation d’un « marché noir » et d’une économie parallèle.

Paradoxalement, durant l’époque de la stagnation, le citoyen soviétique lambda avait confiance en l’avenir. Au début des années 1980, des millions d’entre eux obtinrent un appartement dans un immeuble neuf; le salaire moyen fut multiplié par 1, 5; le prix de l’eau, de l’électricité, du téléphone, des transports en commun restait modique. Ce fut ainsi que le pouvoir soviétique donna aux habitants de l’URSS la possibilité de jouir de la stabilité et des bienfaits du « socialisme développé » en attendant l’instauration du communisme.

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