De quelles phobies souffraient les tsars russes?

Kira Lissitskaïa (Photo: Galerie Tretiakov; OpenAI)
Kira Lissitskaïa (Photo: Galerie Tretiakov; OpenAI)
Les tsars russes étaient comme tout un chacun: ils souffraient de peurs irraisonnées, comme celles des cafards ou du noir. Mais les oints de Dieu qu’ils étaient craignaient aussi d’être renversés et mis à mort.

Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté

1. Crainte du complot et d’une mort violente

Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)
Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)

Presque tous les tsars, à partir du premier que fut Ivan IV le Terrible, éprouvèrent la peur de perdre leur trône et la vie. L’enfance d’Ivan IV fut une époque où les boyards conduisirent de nombreuses intrigues. Après la mort de sa première femme en 1560, le tsar sombra progressivement dans la paranoïa : il voyait des complots partout. Son état aurait, entre autres, expliqué l’instauration de l’opritchnina.

Le XVIIIe siècle russe fut celui des révolutions de palais. Les empereurs successifs avaient peur d’être assassinés dans leur sommeil. Par exemple, Élisabeth, la fille de Pierre Ier qui était montée sur le trône grâce à un coup d’État mené avec l’aide de la garde impériale, était habitée de cette crainte. Cette même peur qu’éprouva son neveu et successeur Pierre III n’était pas infondée : il fut renversé par un coup d’État orchestré par sa femme, la future Catherine II, et trouva la mort dans des conditions étranges.

Paul Ier craignait les intrigues qui se nouaient à la cour et avait peur d’être empoisonné. Les comploteurs qui l’assassinèrent dans ses appartements le frappèrent puis l’étranglèrent.

Alexandre III, à qui le trône n’était pas initialement promis, grandit toutefois dans la crainte d’une mort violente. En effet, son père Alexandre II, resté dans l’histoire comme « le Libérateur » pour avoir aboli le servage en 1861, fut la cible de sept attentats. Le dernier lui coûta la vie.

2. Crainte des insurrections populaires et révolutions

Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)
Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)

Après le soulèvement décembriste du 14 / 26 décembre 1825, jour de la prestation de serment du Sénat et de la Garde au nouvel empereur Nicolas Ier, celui-ci éprouva la peur que la Russie ne soit « contaminée par les révolutions » européennes. La moindre discussion libérale était pour lui un complot en puissance. C’est pourquoi il mena une politique très conservatrice.

Son petit-fils Alexandre III hérita de cette crainte. Après l’assassinat de son père, il se convainquit définitivement que toute libéralisation de l’empire provoquerait la chute de la dynastie Romanov. Il appliqua alors une politique de contre-réformes. Son fils Nicolas II, le dernier empereur de Russie, vécut lui aussi avec cette peur. Chez lui, elle s’exprima autrement : il redoutait les conflits avec la société, mais ne faisait confiance ni à la Douma (institution créée par un décret de 1905), ni à ses ministres. Son manque de détermination expliqua, entre autres, les révolutions de 1905 et 1917.

Lire aussi : Le Terrible ou la Grande: d’où viennent les surnoms des souverains russes?

3. Sentiment de culpabilité et traumatismes de l’enfance

Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)
Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)

Comme beaucoup de futurs souverains russes, dont Ivan IV et Pierre Ier, Paul Ier eut une enfance difficile. Immédiatement après sa naissance, il fut confié à des nourrices. Plus tard, elles lui faisaient peur en lui racontant des histoires de domovoï et de fantômes. Même adulte, il ne put se défaire de son caractère anxieux et soupçonneux.

Son fils Alexandre Ier porta le fardeau de la culpabilité de son assassinat. Il ne craignait pas la mort elle-même, mais le châtiment qu’il subirait pour ne pas s’être opposé au projet des comploteurs dont il avait eu connaissance. Il chercha alors la paix de l’âme dans le mysticisme. 

Nicolas II grandit dans l’ombre de son puissant père Alexandre III qu’il craignit toute son enfance de décevoir. Il se sentait faible et non préparé à monter sur le trône de Russie. Ce manque de confiance en soi se transforma en manque de résolution qui, dans les moments critiques, s’exprimait par une inaction fatale.

4. Peurs irrationnelles

Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)
Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)

Сomme tout un chacun, les tsars souffraient de phobies. Si elles n’avaient pas de liens avec la politique, elles leur gâchèrent en partie la vie.

Aussi grand (au sens propre) qu’il ait été, Pierre Ier avait une peur panique des cafards : lorsqu’il en voyait un, il prenait ses jambes à son cou après avoir manqué de perdre connaissance. Jusqu’à l’âge de quatorze ans, le fondateur de la marine de guerre russe avait craint l’eau. Il n’aimait pas non plus se trouver dans une pièce dont le plafond était haut.

Sa fille Elisabeth avait peur du noir. C’est pourquoi elle n’était jamais seule dans la pièce où elle dormait. Pierre III, quant à lui, avait peur du bruit des canons, ce qui pour un militaire était certainement un handicap. Selon certains témoignages, Nicolas Ier avait peur de la nourriture froide et des bruits secs.

Lire aussi : Citations authentiques des tsars de Russie, vérifiées par des historiens

5. Peur de l’au-delà

Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)
Fenêtre sur la Russie (Créé par OpenAI)

Les tsars russes semblent avoir eu un point commun : l’attention portée aux signes, à la magie et aux prophéties. Ivan le Terrible fut sincèrement persuadé que des sorciers essayaient de lui jeter un mauvais sort. Alexis Mikhaïlovitch, le deuxième tsar de la dynastie Romanov, craignait « les forces maléfiques » et se pliait à de nombreux rituels pour s’en protéger.

Alexandre Ier fréquentait des séances de spiritisme et s’intéressait aux prophéties énoncées dans la Bible. Nicolas II était enclin au fatalisme : il croyait aux signes (la tragédie au champ de Khodynka le jour de son couronnement, les étoiles filantes) et avait une grande confiance en Grigori Raspoutine qu’il pensait être un envoyé de Dieu.

Dans cette autre publication, découvrez pourquoi le premier tsar russe portait le numéro IV.