En quoi la Révolution de 1905 transforma-t-elle l’Empire russe?
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Dimanche rouge par Wojciech Kossak
« Une salve, une bonne salve mesurée fendit l’air glacial... Elle faucha tous ceux qui étaient en première ligne [de la manifestation – ndlr]... La foule se mit à courir... Un ouvrier au visage tuméfié se lamentait : "Pitié ! Qu’avons-nous fait ? Pourquoi vous en prendre aux vôtres ? Vous êtes comme nous !" ». C’est en ces termes que l’officier Vladimir Savonko se souvenait du dimanche 9 / 22 janvier 1905 considéré comme le jour où débuta la première révolution russe.
Ce jour-là, à Saint-Pétersbourg, l’armée fit usage de la violence pour disperser une manifestation d’ouvriers venus apporter au tsar une pétition lui demandant de prendre immédiatement des « mesures pour lutter contre la misère, l’ignorance et l’absence de droits du peuple ». Les ouvriers exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, l’instauration de la liberté d’expression et de la presse, l’obligation pour les ministres de répondre de leurs décisions devant le peuple. Le pouvoir jugea les exigences politiques « insolentes » et y répondit sans indulgence.
Participants à une manifestation étudiante pendant la Révolution de 1905
La contestation avait depuis longtemps mûri dans la société. Les raisons en étaient nombreuses : faible niveau de vie, absence de protection sociale, inégalité devant la loi due à l’origine ethnique et la religion, refus du pouvoir impérial d’entreprendre des réformes. Les échecs subis dans la guerre contre le Japon ne faisaient qu’alimenter le mécontentement qui grondait déjà.
Le 9 / 22 janvier, plus d’une centaine de manifestants trouvèrent la mort. Les événements qui se produisirent lors de cette journée, qui reste dans l’histoire connue comme le « Dimanche Rouge », déclenchèrent une réaction en chaîne dans tout l’Empire. Dans les grandes villes, les ouvriers se mirent en grève. L’élite intellectuelle les soutint rapidement. On entendit crier le slogan : « À bas l’autocratie ! ». Les paysans pillèrent les domaines des propriétaires terriens. Les groupes révolutionnaires multiplièrent leurs actions de terreur politique.
Participants à la mutinerie du cuirassé Potemkine sur le pont du navire. Odessa, juillet 1905
Le 14 / 27 juin, excédés par la mauvaise qualité de la nourriture qui leur était servie, les matelots du cuirassé Potemkine se mutinèrent. N’espérant plus que les équipages d’autres bâtiments de la flotte de la mer Noire se rebellent eux aussi, ils mirent le cap sur la Roumanie. Il s’agissait là du premier soulèvement sérieux dans les forces armées de l’Empire russe, ce qui ne fit qu’accentuer la crise existante.
Les événements révolutionnaires de 1905 dans le gouvernement de Livonie (l’actuelle Estonie)
À l’automne 1905 fut déclenché dans tout l’Empire un mouvement de grève politique : deux millions de personnes cessèrent le travail. « Ce fut terrible à Saint-Pétersbourg, se souvenait l’historien Nikolaï Wrangel. Des foules composées de milliers d’ouvriers occupaient la perspective Nevski, empêchant tout équipage d’avancer. Les escarmouches avec la police et l’armée étaient continuelles [...] Les régiments de cavalerie ne rentraient presque pas dans leurs casernes. Attendant les débordements, ils dormaient dans une usine ou une autre. On aurait cru la ville en état de siège. À force d’entendre les foules chanter faux de lugubres refrains révolutionnaires, on est d’humeur sinistre ».
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Manifestation du 17 octobre 1905 par Ilia Répine
La situation contraint le pouvoir à faire des concessions. Le 17 / 30 octobre, Nicolas II signa un manifeste intitulé Du Perfectionnement de l’Ordre de l’État par lequel il proclamait la liberté d’expression, de réunion et d’association et l’institution d’une Douma d’État investie des pouvoirs législatifs. Le texte du manifeste se terminait sur une injonction faite « à tous les fils fidèles de la Russie d’aider à faire cesser [...] ces troubles inqualifiables ».
Matinée sur les barricades par Semion Nikiforov
Certains accueillirent le manifeste de Nicolas II avec enthousiasme. D’autres n’y lurent que des formules creuses et vides de sens politique. Le parti des Socialistes-Révolutionnaires et la fraction bolchévique du parti ouvrier social-démocrate de Russie critiquèrent durement ce manifeste, ignorèrent les premières élections à la Douma d’État en 1906 et se concentrèrent sur la lutte armée.
Ces formations de gauche jouèrent un rôle essentiel dans la préparation du soulèvement armé de décembre 1905 à Moscou. Tout commença par une grève qui dégénéra en affrontement avec la police. Munis de revolvers, les insurgés tentèrent de rejoindre le centre de la ville mais furent dispersés par l’armée. Environ un millier de personnes, dont des civils, perdirent la vie dans ces événements qui se jouèrent entre les 9 / 22 et 18 / 31 décembre 1905. Ce soulèvement fut le point culminant de la première révolution russe qui se termina avec son écrasement. Des grèves et des actions armées eurent toutefois lieu durant toute l’année 1906.
L'ouverture solennelle de la Douma d'État et du Conseil d'État. Le Palais d'Hiver. 27 avril 1906
Le 27 avril / 10 mai 1906 s’ouvrit la première session de la Douma d’État. Ses pouvoirs étaient considérablement limités : de nombreux sujets, dont la politique étrangère et la nomination des ministres, demeuraient du ressort exclusif de l’empereur. Le 9 / 22 juillet 1906, il en annonça la dissolution sous prétexte qu’elle fomentait des troubles. Les députés n’eurent le temps de voter qu’une seule proposition de loi concernant l’abolition de la peine de mort (retoquée par le Conseil d’État) et un projet de loi du gouvernement relatif à une aide pour les personnes souffrant des conséquences des mauvaises récoltes.
De nouvelles élections à la Douma d’État eurent lieu en janvier 1907. Les députés élus siégèrent du 20 février / 4 mars au 2 / 15 juillet 1907. Elle fut dissoute sous prétexte que certains députés complotaient contre la famille impériale. Nicolas II modifia alors le système électoral de façon à ce que les industriels et les propriétaires terriens loyaux à son pouvoir soient représentés en plus grand nombre. L’empereur ne jugea pas nécessaire de dissoudre les deux Doumas suivantes qui siégèrent chacune cinq ans.
Saint-Pétersbourg pendant la révolution de 1905
La première révolution russe s’acheva par un compromis entre le pouvoir impérial et la société. La population obtint certaines libertés politiques et la classe laborieuse une amélioration de ses conditions de travail. Le multipartisme commença à se développer, le pouvoir autocratique de l’empereur fut seulement légèrement écorné et la nouvelle répartition des pouvoirs était finalement loin d’être celle d’une véritable monarchie constitutionnelle.
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