Le secret du premier amour d’Ivan Tourgueniev percé un siècle plus tard
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En 1860, Ivan Tourgueniev connaissait déjà le succès. Ses Récits d’un Chasseur, qui racontent la vie à la campagne à travers le regard des maîtres et des pauvres, avaient déjà fait sensation. Il avait déjà beaucoup écrit pour le théâtre et publié ses romans les plus importants : Un Nid de Gentilshommes, À la Veille et Pères et Fils. Depuis 1852 et Moumou, il avait presque complètement délaissé le genre de la nouvelle. Avec Premier Amour sorti en 1860, il renoua avec.
Drame de jeunesse
Ivan Tourgueniev disait de l’histoire de Premier Amour qu’elle était autobiographique. Il aurait eu son sujet en tête dès la fin des années 1850. Le slaviste français André Mazon datait de janvier 1858 une note retrouvée dans les archives parisiennes de l’auteur sur laquelle était écrit : « Personnages de la nouvelle Premier Amour. Moi, garçon de 15 ans. Mon père, 38 ans. Ma mère, 40 ans ».
L’histoire est celle de Vladimir, un jeune homme âgé de 16 ans, qui passe l’été à la datcha avec ses parents. Il tombe amoureux de la princesse Zinaïda, la fille de nobles désargentés, qui sont leurs voisins. Lorsqu’il leur rend visite, Vladimir voit comment la jeune femme « joue » avec ses soupirants. Il finit par apprendre que son père et elle entretiennent une liaison ...
Comment l’identité de l’amour de jeunesse d’Ivan Tourguéniev fut-elle établie?
Les événements dont l’auteur s’inspira pour écrire Premier Amour se déroulèrent dans les années 1830, lorsqu’il avait 15 ans. Il habitait alors la datcha familiale de Moscou, qui se trouvait près du monastère Donskoï et non loin de la propriété des princes Chakhovskoï. Il tomba alors amoureux de sa voisine Ekaterina Chakhovskoï, alors âgée de 19 ans, qui s’essayait à la poésie.
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Comme on parvint à l’établir, Sergueï Tourgueniev, le père du futur écrivain, entretenait lui aussi des relations romantiques avec la princesse Chakhovskoï. Il était alors sur le point de rompre avec sa femme Varvara. Ivan Tourgueniev et la jeune poétesse n’eurent évidemment aucune relation. Plus tard, elle devint le prototype de Zinaïda Zassekine, l’héroïne de Premier Amour. La nouvelle fut publiée bien après la mort des deux parents de son auteur.
Pendant longtemps, on ignora le nom de la jeune femme qui avait inspiré le personnage de la princesse Zassekine. Les historiens de la littérature russe ne découvrirent qu’en 1964 qui Ivan Tourgueniev avait aimé dans son adolescence.
Le slaviste français André Mazon avait publié Mémorial, des notes prises par Ivan Tourgueniev sur les événements dont il avait voulu garder trace pour lui-même. Sous l’année 1833, on peut lire : « Nouvel An à Moscou. (Premier amour). Princesse Chakhovskoï (...) Séjour à la datcha en face d[u jardin] Netckouchni ».
Les historiens de la littérature n’ont pas immédiatement prêté attention à cette note. Plus tard, ils l’ont mise en relation avec une lettre de Varvara Tourgueniev dans laquelle elle parlait de la passion de son fils : « Ah ! Ces poétesses (...) Elles m’ont (....) Oh ! Chakhovskoï sort. Ils tombent en pamoison et meurent. Ils laissent leurs enfants et ceux des autres orphelins ». Plus loin, elle écrit que son mari aussi est amoureux de la jeune femme et que celle-ci lui écrit des vers.
La comparaison des notes du Mémorial, de la lettre de Varvara Tourgueniev et du texte de la nouvelle Premier Amour ont permis aux historiens de la littérature d’établir que le prototype de Zinaïda Zassekina était la princesse Ekaterina Chakhovskaïa.
Dans le texte de sa nouvelle, Ivan Tourgueniev ne fit que des allusions à l’identité de la femme dont il s’était épris durant son adolescence.
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