Cinq œuvres de Nikolaï Leskov à lire ou à relire

Fenêtre sur la Russie (Photo : Avosb/Getty Images, Galerie Tretiakov)
Fenêtre sur la Russie (Photo : Avosb/Getty Images, Galerie Tretiakov)
Nikolaï Leskov peignit si fidèlement la province russe et la vie de ses marchands que son contemporain Léon Tolstoï disait de lui qu’il était «le plus russe de tous nos écrivains».

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1. Le Gaucher / Левша (1881)

Ignatovitch / Sputnik
Ignatovitch / Sputnik

L’empereur Alexandre Ier rapporte d’un voyage en Angleterre un objet tout à fait incroyable : une puce en acier qui danse quand on la remonte. À Toula, on propose aux armuriers de fabriquer quelque chose qui prouvera que leur maîtrise de l’art de la mécanique est supérieure à celle des Anglais. L’un des trois artisans à qui le travail est confié est bigle et porte le surnom de « Gaucher ». S’il ne met pas au point une nouvelle pièce de mécanique, il parvient sous microscope à ferrer la puce, comme il aurait ferré un cheval.

Ce récit est le premier de Nikolaï Leskov que l’on donne à lire aux écoliers russes. Par sa forme, il rappelle un dit (le titre sous lequel il fut publié en 1881 était d’ailleurs : Le Dit du Gaucher Bigle de Toula et de la Puce d’Acier). Son texte est truffé d’expressions populaires. Avec ce récit, Nikolaï Leskov créa une légende qu’on crut longtemps à Toula issue du folklore. L’expression подковать блоху / ferrer une puce est devenue idiomatique et signifie faire un travail très difficile avec maestria.

Rodion Chtchedrine fit de ce récit de Nikolaï Leskov un opéra. Il fut donné pour la première fois au théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg en 2013.

2. Lady Macbeth du District de Mtsensk / Леди Макбет Мценского уезда (1865)

Nikolaï Kouzmine
Nikolaï Kouzmine

Katérina, la jeune épouse du marchand Izmaïlov, vit dans le district de Mtsensk dans le gouvernement d’Orlov. Son mari est rarement là et elle s’ennuie dans leur grande maison. Elle tombe amoureuse du commis, le beau Sergueï. Son beau-père apprend leur liaison. Pour sauver son amant, Katérina se décide à commettre l’irréparable. Et pas une seule fois ...

Nikolaï Leskov peint un tableau fidèle de la noirceur de la province et la vie de ses marchands pour qui l’argent et le profit comptent plus que tout. À sa sortie, ce roman empreint de passions réellement shakespeariennes fut reçu avec un grand enthousiasme par les critiques.

Dmitri Chostakovitch composa un opéra inspiré de Lady Macbeth du District de Mtsensk. Il fut créé à Léningrad en 1934. Ses deux versions furent interdites en tout plus d’un quart de siècle.

3. Le Pèlerin Enchanté / Очарованный странник (1873)

Domaine public
Domaine public

Ivan Fliaguine est un homme au destin à la fois extraordinaire et tragique. Sa vie, marquée par l’errance, est une succession d’épreuves : il passe une dizaine d’années prisonnier des Tatars, il est enrôlé comme soldat et envoyé servir dans le Caucase, il se reclut dans un monastère. En dépit de la dureté de son existence, Ivan Fliaguine reste enchanté par la nature, les femmes, la vie elle-même et sa foi en Dieu.

Nikolaï Leskov avait d’abord intitulé sa nouvelle Чернозёмный Телемак / Le Télémaque des Terres Noires. Le voyage d’Ivan Fliaguine n’est effectivement pas sans rappeler L’Odyssée. Mais, la structure de cette nouvelle est celle d’un récit hagiographique : l’auteur y décrit l’enfance de son personnage principal, la lutte qui l’oppose au péché, son repentir et son salut grâce à la foi. Chaque chapitre est consacré à un épisode de sa vie.

Le Pèlerin Enchanté a également été adapté en musique. La première de l’opéra du même nom de Rodion Chtchedrine eut lieu à New York en 2002.

4. Gens d’Église / Соборяне (1872)

Domaine public
Domaine public

Les personnages principaux de cette histoire, dont l’action se situe dans la ville imaginaire de Stargorod, sont trois serviteurs du culte : l’archiprêtre Sabellus, le prêtre Zacharie et le diacre Achille. Le père Sabellus est un véritable juste qui n’hésite pas à affronter sa hiérarchie au nom des idéaux de la foi et de l’orthodoxie.

Nikolaï Leskov définissait lui-même les Gens d’Église comme une « chronique romantique ». Elle reste la première œuvre de la littérature russe dans laquelle le quotidien du clergé de province est décrit avec autant de détails. Les prêtres y sont peints comme de simples mortels, avec leurs défauts, leurs doutes et leurs péchés. 

5. L’Ange Scellé / Запечатленный ангел (1873)

G. Tourov / Sputnik
G. Tourov / Sputnik

Une communauté de vieux-croyants possède une icône tout à fait particulière sur laquelle était représenté un ange. Mais, les fonctionnaires, qui combattent cette communauté, la lui confisquent et la scellent. L’icône plaît tellement à un évêque qu’il ordonne qu’elle soit exposée dans son église. Les membres de la communauté de vieux-croyants tentent, au risque de leur vie, de remplacer l’original de l’icône par une copie... De façon tout à fait inattendue, cette histoire se termine par la réconciliation des fidèles de la vieille et de la nouvelle foi juste avant la fête de Noël. 

L’Ange Scellé n’est pas la seule nouvelle dans laquelle Nikolaï Leskov aborda la question du schisme qui s’était produit dans l’Église russe au XVIIe siècle. Cette œuvre plut à l’empereur Alexandre II, ce qui la sauva de la censure.

En 1988, l’année du millénaire de la christianisation de la Russie, Rodion Chtchedrine fit donner une composition pour chœur a capella inspirée de L’Ange Scellé.

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