Les cinq œuvres les plus importantes de Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine

Fenêtre sur la Russie (Photo : Domaine public)
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L’écrivain, dont la Russie fête en 2026 le deux centième anniversaire de la naissance, ne porta jamais pas ce double nom de son vivant.

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Mikhaïl Saltykov était un fonctionnaire de l’Empire russe qui fit une belle carrière : vice-gouverneur des gouvernements de Riazan puis de Tver, président de la chambre du Trésor (administration fiscale) de Penza puis de Toula. Nikolaï Chtchedrine (de щедрый / généreux) était le pseudonyme sous lequel il publiait des satires mordantes. Fonctionnaire de haut rang, il était un rouage de l’administration de l’empire qu’il critiquait durement dans ses écrits journalistiques et littéraires. Nombre d’entre eux sont toujours d’actualité. Le deux centième anniversaire de sa naissance célébré cette année est l’occasion pour nous de vous faire découvrir ou redécouvrir cinq de ses œuvres majeures.

1. Histoire dune Ville / История одного города (1869-1870)

Domaine public
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L’histoire de la ville imaginaire de Gloupov (de глупый / bête, stupide) et les portraits des préfets très étranges qui se succédèrent à sa tête sont l’occasion pour Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine de décrire le modèle des relations entre le pouvoir (toujours irrationnel et cruel) et le peuple (passif et patient) en Russie. Les noms des personnages comme Ougrioum-Bourtchéïev (symbole de la discipline de caserne bête et méchante) ou Ograntchik (le préfet avec « une boîte à musique » à la place de la tête) sont devenus des types de caractère. La ville de Gloupov est une Russie en miniature sur laquelle l’auteur porte des regards différents : celui d’un chroniqueur, celui d’un historien et celui, perçant, d’un satiriste contemporain. Elle est un espace où s’affrontent libéralisme et despotisme, anarchie et volonté d’ordre. Et où, en définitive, l’absurde s’impose en maître.

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2. Messieurs Golovliov / Господа Головлевы (1875-1880)

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Dans ce roman, la satire sociale atteint le niveau d’une saga familiale tragique. La dégénérescence de la famille noble des Golovliov illustre la décadence de la noblesse comme classe sociale, la déliquescence morale des hommes provoquée par l’appât du gain, l’oisiveté et l’hypocrisie. Le personnage de Ioudouchka Golovliov, bigot meurtrier qui se drape dans de beaux discours pieux, est l’une des figures les plus marquantes de la littérature en langue russe. Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine étudie comment l’âme peut mourir avant le corps.

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3. Contes / Сказки (1869-1886)

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Les contes de Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine sont de la satire à l’état pur. Il les qualifiait comme « des contes pour enfants d’un âge avancé ». Ses histoires d’animaux (Le Sage Goujon / Премудрый пескарь ou L’Ours Gouverneur / Медведь на воеводстве) ou celles inspirées du folklore (Comment un paysan nourrit-il deux généraux ? / Повесть о том, как один мужик двух генералов прокормил ou Le Terrible Propriétaire Terrien / Дикий помещик) sont une encyclopédie de la vie russe. Il y décrit les habitants peureux, le système bureaucratique absurde, le parasistisme des classes dirigeantes, la soumission du peuple. Dans les années 1860, Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine dénonce le quotidien du peuple. Vingt ans plus tard, à l’époque de la réaction conservatrice du règne d’Alexandre III, il compose des paraboles sur les faibles et les puissants, la nature immuable du pouvoir. De ses récits, il ne tire pas de morale mais porte un regard ironique sur les conclusions simples qu’ils imposent.

4. Péchékhonié aux Temps Anciens / Пошехонская старина (1887-1889)

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Dans ce roman, Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine dénonce le servage. Il consacre chacun des cinquante et un chapitres de son livre à un des aspects de cette institution abolie en Russie en 1861. La toile de fond reste la même : la vie sur un domaine et le servage comme système social qui pervertit propriétaires terriens (paresseux, cruels, superstitieux) et paysans (oubliés, privés de droits, rusés). Tous les personnages monstrueux que Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine décrit dans ses autres textes pour mieux les condamner émergent de ces temps anciens dans la région de Péchékhonié, archétype de l’isolement et de la sauvagerie. Il détruit le mythe du « siècle d’or » des « nids de gentilshommes » dépeint par Ivan Tourgueniev : les propriétés terriennes sont l’enfer sur Terre, des espaces où règnent la violence et la décadence morale.

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5. À l’Étranger / За рубежом (1880-1881)

Saint-Pétersbourg. Imprimerie de M. M. Stassioulevitch, 1894-1895
Saint-Pétersbourg. Imprimerie de M. M. Stassioulevitch, 1894-1895

Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine choisit la forme d’un carnet de voyage pour comparer la vie en Russie et en Europe de l’Ouest. Il n’épargne personne. Il dénonce les structures politiques et la mentalité nationale de la Russie, d’une part, et l’esprit petit-bourgeois et politicard dans les pays occidentaux, de l’autre. L’écrivain découvrit l’Allemagne, la France et la Belgique à une époque dramatique pour la Russie : celle de la réaction qui suivit l’assassinat d’Alexandre II. Les espoirs que les libéraux nourrissaient d’obtenir une constitution étaient réduits à néant. Sous le masque du voyageur se cache un fin analyste qui, par une méthode comparatiste, tente de comprendre l’origine des problèmes sociaux.

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