«Qui se couche sans manger...»: superstitions russes concernant la nourriture
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Biscotte de seigle pour prévenir les convulsions
Avant de passer à table, les paysans se lavaient les mains et le visage. Manger les mains sales, c’était laisser le diable entrer en soi. À table, il ne fallait ni se disputer, ni rire fort, ni dire du mal des plats que la maîtresse de maison avait préparés. Après les repas, on devait débarrasser la table pour que le domovoï ne se régale pas des restes et ne lèche pas les bols.
Dans de nombreuses régions de Russie, on prêtait à ceux qui mangeaient rapidement de travailler vite et bien. Avant de recruter quelqu’un pour des travaux physiques, on le faisait d’abord manger. Les paysans condamnaient la gloutonnerie. Ils pensaient que celui qui mangeait trop mangeait pour deux : lui et le diable. C’est pourquoi des dictons appellent à la retenue : « Qui se couche sans manger se lève en bonne santé. » (Не ложись сытым — встанешь здоровым).
Dans le monde paysan, il y avait de nombreuses superstitions concernant le pain. Faire tomber ou éparpiller des miettes par terre annonçait les mauvaises récoltes et la faim. Mais, on ne risquait rien en nourrissant les oiseaux.
Il ne fallait pas non plus tamponner du pain dans le sel. En effet, le sel fut longtemps un produit très cher et rien ne devait le salir.
Toujours avoir dans sa poche un petit morceau de biscotte de seigle prévenait les convulsions. Un karavaï posé à l’envers dans le four portait malheur, voire annonçait la mort.
Les paysans croyaient que regarder quelqu’un à travers le trou d’un kalatch permettait de lui jeter un sort ou de déterminer si l’on était en présence d’un sorcier.
Légumes des paysans : le chou et les pois
Jusqu’au XIXe siècle, les paysans considérèrent les pommes de terre comme un aliment impur qu’ils qualifiaient de légume « immonde » et de pomme du diable. On racontait même que des pieds de pommes de terre poussaient sur les tombes des sorciers et sorcières.
Dans les familles aisées comme pauvres, le chou (капуста / kapousta) était l’aliment de base durant les carêmes. Les superstitions et rituels concernant ce légume étaient nombreux. On appelait капустнички / kapoustnitchki les enfants nés hors mariage parce qu’on les avait trouvés, disait-on, dans les choux. Quand une jeune fille avait été infidèle à un jeune garçon, il pouvait la priver de sa récolte de choux en coupant tous ceux qui poussaient dans son jardin.
Préparer les choux avant l’hiver était une véritable fête. En prévision de cette journée, on brassait de la bière et on mettait les petits plats dans les grands au dîner. Les jeunes filles se paraient de leurs plus beaux atours. Le soir, on dansait et on se promenait dans le village.
Les jours maigres, on mangeait des pois préparés de différentes façons. Selon plusieurs superstitions, dans les champs de pois vivaient des roussalki, Baba-Yaga et d’autres forces du mal. On se servait des pois pour des rituels magiques, dont celui-ci : au printemps, on tuait un serpent, on lui mettait trois pois dans les entrailles et on l’enterrait. Si une fleur poussait à cet endroit même, on la cueillait puis l’enrobait dans de la cire. On croyait que cette boule de cire aidait à lire les pensées de ceux dans la bouche de qui on la plaçait.
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