Lioudmila Verbitskaïa, la femme qui fit parler russe au monde entier

How Ludmila Verbitskaya taught the whole world speaking Russian / Sputnik
How Ludmila Verbitskaya taught the whole world speaking Russian / Sputnik
Lioudmila Verbitskaïa eut une enfance tragique: elle endura le blocus de Leningrad avant d’être privée de ses deux parents et, un temps, considérée comme la fille d’un ennemi du peuple. Cela ne l’empêcha pas d’atteindre des sommets dans le domaine de la linguistique et de mériter le surnom de «plus grande russiste de la Terre». À quoi le devait-elle?

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En 2000, le nom de Lioudmila Verbitskaïa fut donné à un astéroïde. Que valut à cette femme un tel honneur ? Son travail pour la diffusion de la langue russe dans le monde et au service de la science en général. Elle ne fut pas seulement linguiste et docteur ès sciences philologiques. Elle fut aussi la première femme recteur de l’Université de Sain-Pétersbourg. 

D’une famille d’intellectuels à colonie pénitentiaire pour mineurs

Lioudmila Alexeïevna Boubnova (de son nom de jeune fille) naquit le 17 juin 1936 à Leningrad. Sa famille et elle ne furent pas épargnées par les souffrances provoquées par la Grande Guerre patriotique : elles survécurent à la tragédie du blocus de Leningrad. Les années de l’après-guerre furent également éprouvantes.

Le père de Lioudmila Verbitskaïa occupait la fonction de secrétaire du comité exécutif des Soviets municipaux de Leningrad. En 1949, il fut arrêté avec d’autres hauts fonctionnaires du Parti communiste de la ville sur le soupçon de sabotage. L’année suivante, les figurants de l’« Affaire de Leningrad » furent tous exécutés par balle comme ennemis du peuple. La mère de Lioudmila Verbitskaïa fut arrêtée puis condamnée à un camp de travail.

Un jour, on vint chercher la jeune fille dans sa salle de classe et on l’envoya dans une colonie pénitentiaire pour mineurs située à Lvov. Elle qui avait grandi dans une famille d’intellectuels de Leningrad se retrouva au milieu de jeunes filles délinquantes. Elle s’en distinguait tellement qu’elle fut autorisée à fréquenter une école secondaire en dehors de la colonie. Ce qui lui permit d’entrer ensuite à l’Université de Lvov.

Parce que Lioudmila Verbitskaïa était la fille d’un homme déclaré ennemi du peuple, la voie des études de langues étrangères lui était fermée. Elle choisit donc de faire des études de lettres russes, ce qui fut un choix décisif.  

L’Université de Leningrad au cœur de sa vie

Mikhaïl Metzel / TASS
Mikhaïl Metzel / TASS

En 1954, l’année suivant la mort de Joseph Staline, le père de Lioudmila Verbitskaïa fut réhabilité à titre posthume. La jeune femme fut alors autorisée à rentrer à Leningrad et à poursuivre ses études à la faculté de lettres de la ville.

Durant ses années d’études, elle fit la connaissance de son futur mari, le physicien Vsevolod Verbitski, dont le père avait été exécuté dans la même « Affaire de Leningrad » que le sien.

Après avoir terminé ses études, Lioudmila Verbitskaïa commença à travailler à l’Université de Leningrad. Elle y passa en tout soixante-quatre ans, gravissant tous les échelons d’assistante à rectrice. Elle fut non seulement la première femme recteur de l’Université, désormais de Saint-Pétersbourg, fondée en 1724, mais aussi le premier recteur philologue. Aux élections qui la portèrent à la tête de l’établissement, elle devança deux physiciens de renom.

Lioudmila Verbitskaïa devint ensuite présidente de l’Académie des sciences de l’éducation de Russie. Elle occupa aussi beaucoup d’autres fonctions et fut distinguée, entre autres, de l’ordre Pour Mérites devant la Patrie.

Lioudmila Verbitskaïa dirigea l’Université de Saint-Pétersbourg dans le contexte difficile des années 1990 qui suivirent la chute de l’URSS. C’était une époque de précarité et de contradictions, durant laquelle enseignants et scientifiques gagnaient extrêmement peu. « Grâce à son charme, à sa sincérité, à son énergie, elle porta sur ses épaules la charge de la vie de l’Université et lui permit de surmonter cette période difficile », témoigne Dmitri Medvedev, diplômé de cet établissement et président de la Fédération de Russie (2008-2012) dans le documentaire La plus grande russiste de la Terre consacré à Lioudmila Verbitskaïa.

En 1994, en voyage officiel à Saint-Pétersbourg, la reine d’Angleterre Elizabeth II se rendit à l’Université. Elle eut avec sa rectrice une conversation informelle au cours de laquelle elles parlèrent de leurs petits-enfants.

Symbole de la maîtrise de la langue russe

Sergueï Petrov / TASS
Sergueï Petrov / TASS

Le domaine de compétence de Lioudmila Verbitskaïa était la phonétique. En tant que chercheuse et enseignante, elle étudiait la prononciation correcte du russe et lança la mode du bien parler dans tout le pays. Elle fut à l’origine de la publication du dictionnaire Parlons correctement ! (Давайте говорить правильно) et du projet Parlons comme de vrais Pétersbourgeois ! (Давайте говорить как петербуржцы). Sur des panneaux publicitaires dans le métro et sur les arrêts de bus, trolleybus et tramway furent collées des affiches sur lesquelles on voyait son portrait et des exemples d’emplois corrects des accents toniques.

Lioudmila Verbitskaïa disait vouloir « inculquer à [s]es étudiants et, si possible, à [la] société la conviction que bien parler est prestigieux. »

La chercheuse mit au point une méthode d’enseignement de la phonétique russe aux étrangers pour qu’ils n’aient pas d’accent.

Alexeï Nikolski / Sputnik
Alexeï Nikolski / Sputnik

Dans le domaine de la langue russe, en particulier, et dans celui de la science, en général, on lui faisait une confiance aveugle. Elle siégea dans différents conseils formés auprès des gouvernements et des présidents de la Fédération de Russie. Vladimir Poutine reconnut lui-même avoir de temps en temps demandé conseil à Lioudmila Verbitskaïa au sujet de questions concernant la langue russe.

« Il m’est arrivé de lui téléphoner de l’avion qui m’emmenait à un événement, lorsque mes collègues et moi n’arrivions pas à nous accorder, et de lui demander comment il fallait dire telle ou telle chose correctement », a dit Vladimir Poutine. Lioudmila Verbitskaïa donnait toujours ses réponses instantanément. 

Lire aussi : Comment la fondation Rousski Mir promeut la langue russe dans le monde

La plus grande russiste de la Terre

Sergueï Petrov / Sputnik
Sergueï Petrov / Sputnik

Lioudmila Verbitskaïa voyait grand : elle voulait que la langue russe trouve une place plus importante qu’elle ne l’avait hors des frontières de l’URSS puis de la Russie. « La Terre entière doit parler russe », disait-elle. Elle dirigea l’Association internationale des enseignants de langue et de littérature russes une petite vingtaine d’années. Elle organisa de nombreux congrès où se retrouvaient des russistes du monde entier.

En 2007, Lioudmila Verbitskaïa a initié la création de la Fondation Rousski Mir (Monde russe) destinée à promouvoir la langue russe aux quatre coins de la planète. Vladimir Poutine soutint cette initiative.

Grâce à elle, des centres d’enseignement gratuit du russe ouvrirent dans le monde entier. Y furent et y sont toujours organisées des conférences internationales pour les russistes, accordées des bourses pour l’apprentissage du russe et sa promotion.

Lioudmila Verbitskaïa mourut en 2019. En 2026, l’année du quatre-vingt-dixième anniversaire de sa naissance, il est prévu de créer une bourse portant son nom pour récompenser les enseignants de russe étrangers talentueux.

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