Quelles folies la jeunesse dorée russe du début du XXe siècle était-elle capable de faire?
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À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les mondains et mondaines moscovites surent faire des soirées ennuyeuses avec danses et champagne en des événements dont parlait toute la ville. Un jour, ils organisèrent un bal dans le style Directoire : tous les incroyables se commandèrent des queues de pie rouges à Paris et les merveilleuses arrivèrent … embijoutées et pieds nus ou chaussées de sandales attachées à la cheville par des rubans. Des tatoueurs venus de Londres avaient été spécialement invités pour l’occasion : ils tatouèrent des dessins à tous les hôtes. Quelles autres folies inventa et fit réellement la jeunesse dorée de Saint-Pétersbourg et de Moscou ?
Soirée avec des insectes
Villa Le Cygne Noir de Nikolaï Riabouchinski
Des rumeurs plus incroyables les unes des autres couraient à Moscou sur la villa Le Cygne Noir de Nikolaï Riabouchinski. On racontait que l’un des rejetons de la célèbre dynastie de marchands y organisait des « nuits athéniennes » auxquelles participaient des actrices dénudées. Ces on-dit ne furent jamais confirmés par les intéressés, les cancaniers firent grise mine et restèrent sur leur faim. Si les « nuits athéniennes » ne tombaient pas sur la résidence Riabouchinki, il s’y produisait bien d’autres choses extraordinaires.
Par exemple, lors d’une soirée donnée à l’occasion de la floraison des pommiers, les invités festoyèrent sur la terrasse côté jardin. À la tombée de la nuit, des illuminations se mirent à briller dans les arbres et dans l’herbe. Les hôtes purent se promener jusqu’à l’aube dans ce jardin où ils croisaient des papillons, des grenouilles et des cigales mécaniques. Elles sautaient et marchaient sur les dames qui en sursautaient de surprise. À la villa Riabouchinski, les insectes n’étaient pas les seules sources d’étonnement : la résidence était gardée par un léopard attaché par une chaîne.
«L’Afrique aux Portes Rouges» de Moscou
Mikhaïl Khloudov
Les jeunes gens fortunés de Moscou aimaient les chats sauvages et tout ce qui était exotique pour eux. Mikhaïl Khloudov, le fils du manufacturier Alexeï Khloudov, fut l’un des premiers entrepreneurs russes à se rendre en Asie Centrale. Outre des contrats juteux, il en rapporta une tigresse. Elle n’était pas moins bien dressée que des chiens policiers. Mikhaïl Khloudov allait partout avec elle : au restaurant et aux réceptions auxquelles il était invité. Elle accueillait également ses hôtes. Le peintre Constantin Korovine décrivit sa rencontre avec ce félin comme « L’Afrique aux Portes Rouges » : « Je fus pétrifié de surprise. Derrière le caniche, il y avait un monstre long d’une sajène [environ 2,16 mètres – ndlr] au moins, puissant, orange. On l’aurait dit entouré de rubans noirs. Il s’avança vers moi, ses énormes pattes ne faisaient aucun bruit sur le parquet, il me fixait de ses grands yeux jaunes ».
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Mikhaïl Khloudov voulut inculquer sa passion pour les animaux sauvages à ses proches. Un jour, il fit apporter une boîte immense dans la salle de réception où se trouvaient ses invités. Lorsque le couvercle fut soulevé, ils découvrirent le cadeau que Mikhaïl Khloudov offrait à son épouse pour sa fête : un crocodile vivant. Dans son livre Moscou et les Moscovites, Vladimir Guiliarovski raconta la dernière fois qu’il vit Mikhaïl Khloudov. C’était lors d’une exposition canine au Manège. Il était assis sur un tabouret dans une cage en fer. Il buvait un cognac dans une timbale en argent. Une tigresse était assise à ses pieds. Elle avait posé la tête sur ses genoux.
Sangsues pour le dîner
Alexandre Mantachev
De Léon, le fils du magnat du pétrole Alexandre Mantachev, on disait qu’il était joueur et béni des dieux. En 1912, ses spéculations boursières lui firent gagner 8 millions de roubles (pour comparaison, l’équivalent de 4 kilogrammes de pain de seigle coûtait alors un rouble). Il organisa alors une réception pour une centaine d’invités.
Le dîner coûta à Léon Mantachev 200 000 roubles (somme qui lui aurait permis d’acheter une fabrique). Devant les fenêtres avaient été tendus des écrans sur lesquels étaient projetés des films. Dans la salle de réception jouaient 3 orchestres. Les invités reçurent des cadeaux : broches et porte-cigares en or. Le menu était varié : cuisines russe, caucasienne et française. Le restaurateur Lucien Olivier fit venir de France huîtres, langoustes, artichauts et asperges. On commanda truites et moutons à Tiflis (aujourd’hui, Tbilissi) et esturgeons à Astrakhan. Les tavernes moscovites fournirent les rastegai, le chtchi et la bouillie de sarrasin à servir au petit-déjeuner pour aider les hommes à dégriser. L’entrée du dîner laissa les invités bouche bée : il s’agissait de … sangsues nourries au sang d’oie grillées.
Une vedette nommée Félix
Félix et Irina Ioussoupov
Félix Ioussoupov, l’héritier de l’une des familles les plus riches de Russie adorait jouer des tours aux gens. Lorsqu’il était encore adolescent, son cousin Vladimir Lazarev et lui s’habillèrent en femme et allèrent se promener sur la perspective Nevski de Saint-Pétersbourg. Le prince aux traits fins et à la silhouette élégante se fit facilement passer pour une beauté de la capitale.
Un jour, son frère Nikolaï recommanda au directeur du restaurant Aquarium de Saint-Pétersbourg « une chanteuse française interprétant les dernières chansons françaises [à la mode] ». Les six concerts qu’elle donna furent un succès : on lui jeta des bouquets sur scène, elle reçut des déclarations d’amour écrites. Alors que l’Aquarium envisageait déjà de signer un contrat avec la chanteuse, elle se produisit avec les bijoux inestimables de la … princesse Ioussoupov. La supercherie fut découverte : on gronda le prince Félix et on lui reprocha longtemps d’avoir emprunté les bijoux de sa mère sans son autorisation.
Dans cette autre publication, découvrez la vie dans l’Empire russe à travers les yeux d’un photographe de rue.