L’histoire de la Russie au XVIIe siècle à travers les tableaux d’artistes
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Carl Wenig – Les Dernières minutes de Grigori Otrepiev (1879)
En 1598, la mort du tsar Fédor Ier, qui n’avait pas d’héritier, marqua la fin de la dynastie des Riourikides. L’État russe sombra alors dans une grave crise politique, connue sous le nom de Temps des troubles. La situation fut aggravée par la famine massive de 1601-1603.
Le pays souffrait de soulèvements, d’interventions étrangères, de changements constants de dirigeants et de l’apparition de divers imposteurs qui se faisaient passer pour le fils d’Ivan le Terrible, mort depuis longtemps, le tsarévitch Dimitri. L’un d’entre eux, le moine Grigori Otrepiev (le Faux-Dimitri Ier), soutenu par les magnats polono-lituaniens, réussit même à occuper le trône pendant près d’un an. Le 27 mai 1606, il fut assassiné à la suite d’un complot organisé par le prince Vassili Chouïski.
Nikolaï Nevrev – Zakhari Liapounov et Vassili Chouïski (1886)
À peine deux jours après l’assassinat du Faux-Dimitri Ier, Chouïski fut proclamé tsar. Cependant, son pouvoir s’avérait très fragile : le pays était en proie à l’agitation, une grande révolte paysanne menée par Vassili Bolotnikov éclata, et un nouvel imposteur fit son apparition : le faux Dimitri II. Chouïski sollicita alors l’aide militaire des Suédois, ce à quoi les troupes polonaises répondirent en envahissant immédiatement le territoire de l’État russe.
Le 27 juillet 1610, le souverain, incapable de faire face à ces défis, fut renversé par un groupe de proches dirigé par Zakhari Liapounov. Chouïski fut livré aux Polonais et mourut en captivité près de Varsovie deux ans plus tard.
Vassili Demidov – Libération de Moscou par le prince Pojarski et le citoyen Minine (1836)
Après la destitution de Chouïski, le pouvoir dans l’État fut pris par un groupe de boyards connu sous le nom de Conseil des Sept Boyards. Ce dernier proposa le trône à Vladislav, fils du roi de Pologne Sigismond III. Une garnison polono-lituanienne s’installa donc à Moscou.
Cependant, tout le monde dans le pays n’était pas enthousiaste à l’idée d’une union avec la République des Deux Nations. En 1611, la Première milice populaire tenta par conséquent de libérer Moscou des envahisseurs, mais échoua. En revanche, la Deuxième, dirigée par Kouzma Minine, starosta (titre administratif d’élu municipal) de Nijni Novgorod, et le prince Dmitri Pojarski, y parvint en 1612.
Grigori Ougrioumov – Appel de Michel Romanov au tsarat le 14 mars 1613 (1800 au plus tard)
Après la libération de la capitale, la question du choix d’un nouveau souverain se posa. Le Zemski sobor, assemblée réunissant des représentants des différentes provinces et des différents ordres, retint la candidature de Michel Romanov — elle semblait être un compromis acceptable pour tous. C’est ainsi que fut fondée une nouvelle dynastie, qui régna sur la Russie jusqu’à la révolution de février 1917.
Grigori Sedov – Choix d’une fiancée par le tsar Alexis Ier (1882)
Le règne d’Alexis Ier (1645-1676) se caractérise par le renforcement du pouvoir autocratique et l’asservissement juridique des paysans. Le tsar fut surnommé « le Très-Paisible » : selon une version, en raison de son caractère doux ; selon une autre, parce qu’il avait maîtrisé de nombreuses révoltes populaires et maintenu efficacement dans le pays le « calme » — c’est-à-dire l’ordre et la prospérité. Le souverain s’est marié deux fois : avec Maria Miloslavskaïa et avec Natalia Narychkina, qui lui donna le futur empereur Pierre Ier.
Mikhaïl Khmelko – Pour toujours avec Moscou, pour toujours avec le peuple russe (1951)
En 1648, un soulèvement de grande ampleur mené par les cosaques zaporogues, soutenu par les masses de la paysannerie orthodoxe, éclata sur le territoire de la République des Deux Nations. Le chef de l’insurrection, l’hetman (chef cosaque) Bogdan Khmelnitski, s’adressa à plusieurs reprises à Alexis Ier pour lui demander d’accueillir l’Armée zaporogienne sous la « haute protection du souverain », mais le tsar adopta longtemps une attitude attentiste. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1653 que le Zemski sobor proclama l’acceptation des cosaques « avec leurs villes et leurs terres » dans la soumission russe. Les cosaques confirmèrent cette décision au sein d’une rada (assemblée) à Pereïaslav le 18 janvier 1654.
Nikolaï Svertchkov – Départ du tsar Alexis Ier pour la revue des troupes en 1664 (1864)
L’acceptation de l’Armée zaporogienne dans la soumission russe signifiait le début immédiat de la guerre contre la République des Deux Nations. Ce conflit lourd et épuisant dura de 1654 à 1667 et s’acheva par la trêve d’Androussovo. La Russie obtint Smolensk et ses territoires adjacents, ainsi que l’Ukraine de la rive gauche. La Sitch zaporogue (l’Armée de Zaporijia dans le delta du Dniepr) passa sous l’administration conjointe des deux puissances.
Piotr Miassoïedov – Bûcher de l’archiprêtre Avvakoum (1897)
Au début des années 1650, le patriarche Nikon lança toute une série de réformes visant à unifier les règles ecclésiastiques sur le modèle grec. Entre autres, le signe de croix à deux doigts fut remplacé par celui à trois doigts, les prosternations au sol par des inclinaisons à la taille, les principes de l’iconographie furent modifiés et les livres liturgiques commencèrent à être révisés d’après les sources grecques originales.
Les opposants aux réformes furent qualifiés de vieux-croyants. L’Église les déclara hérétiques et les soumit à des persécutions. Le cas le plus retentissant fut l’incinération sur le bûcher, en 1682 à Poustozersk, de quatre vieux-croyants, dont l’éminent ecclésiastique et écrivain, l’archiprêtre Avvakoum. Au début du XXe siècle, toutes les restrictions concernant l’ancien rite dans l’Empire russe furent levées.
Sergueï Kirillov – Stepan Razine (1985-1988)
En 1670, le Sud de l’État russe fut secoué par une vaste révolte des paysans et des cosaques, menée par l’ataman (chef cosaque) Stepan Razine, provoquée par l’asservissement de la paysannerie et la volonté des autorités de restreindre la liberté des cosaques. Les insurgés s’emparèrent d’Astrakhan, de Tsaritsyne (actuelle Volgograd), de Samara et de Saratov, mais furent finalement écrasés. Le 16 juin 1671, Razine fut écartelé en public, ses entrailles furent données à manger aux chiens, et ses membres furent empalés sur des lances et exposés à la vue de tous afin que cela serve d’exemple aux autres.
Nikolaï Dmitriev-Orenbourgski – La Révolte des streltsy (1862)
Au printemps 1682, les Miloslavski et les Narychkine, respectivement apparentés aux première et deuxième épouses du tsar Alexis Ier, s’affrontèrent dans une lutte pour le pouvoir. C’est Ivan, fils de Maria Miloslavskaïa, qui aurait dû monter sur le trône, mais les Narychkine le jugeaient trop malade et incapable de diriger l’État, et ils firent monter sur le trône Pierre, âgé de dix ans. Les Miloslavski, outragés, provoquèrent une révolte de l’armée régulière — les streltsy, qui étaient de toute façon mécontents du retard dans le versement de leur solde.
Les streltsy obtinrent qu’Ivan et Pierre soient proclamés co-souverains, et leur sœur aînée, Sophie, issue de la famille Miloslavski, devint régente à leurs côtés. Les streltsy tuèrent brutalement de nombreux proches de Pierre sous ses yeux, et le futur empereur leur en garda une haine tenace toute sa vie.
Abraham Storck – Le tsar russe Pierre Ier en chemin vers la frégate Pierre et Paul tout juste construite (vers 1700)
En 1697, le tsar Pierre Ier, qui envisageait une réforme en profondeur de l’État, entreprit un voyage à travers les pays d’Europe occidentale, connu sous le nom de Grande Ambassade. Là-bas, il noua des contacts avec les monarques locaux, se familiarisa avec les sciences et les techniques, passa des commandes militaires et recruta activement au service de la Russie des artisans de divers horizons.
Dans cet autre article, découvrez toute l’histoire de la Russie résumée en dix tableaux.