Que montre Constantin Makovski sur son tableau L’Appel de Minine?
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« Une foule déferlant comme une avalanche » - voilà ce que voyait l’écrivain Maxime Gorki sur la toile L’Appel de Minine de Constantin Makovski. On y compte plus de quatre cents personnages. Elle reste aujourd’hui l’un des plus grands tableaux conservés en Russie. En 1896, un pavillon fut spécialement construit pour la présenter au public lors de la XVIe exposition industrielle et artistique de Nijni Novgorod.
Constantin Makovski (1839-1915) était un maître de la peinture de genre et l’un des peintres dont les tableaux se vendaient très cher de leur vivant. En 1870, le grand-prince Vladimir Alexandrovitch, président de l’Académie impériale de Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, soumit aux enseignants et élèves de cette institution le sujet des hauts faits de Kouzma Minine.
Il s’agissait de représenter l’un des épisodes les plus connus du Temps des Troubles : la formation de la seconde milice populaire destinée à combattre les envahisseurs polono-lituaniens. En 1610, une garnison polono-lituanienne s’empara de Moscou. À l’appel du patriarche Hermogène (vers 1530-1612), une milice populaire fut formée durant l’hiver 1611 mais ne put libérer la ville. En septembre de la même année, l’échevin de Nijni Novgorod Kouzma Minine appela les habitants de la ville à marcher sur les Polonais. Il organisa la collecte d’argent et d’autres biens matériels pour pourvoir aux besoins de la milice. Le prince Dmitri Pojarski se joignit rapidement au mouvement et prit la tête de la résistance. Le 27 octobre / 6 novembre 1612, la garnison polono-lituanienne qui tenait Moscou capitula.
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Sujet historique
Constantin Makovski s’intéressa au sujet proposé par le grand-prince. Il se rendit plusieurs fois à Nijni Novgorod, y fit des recherches dans les archives, y réalisa des esquisses, y chercha des prototypes pour les personnages de sa toile, observa comme les habitants vivaient. Il y fit la connaissance d’un photographe, Andreï Karéline, qui collectionnait des objets anciens. Constantin Makovski en reproduisit de nombreux sur sa toile. Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie qu’Ilia Répine termina en 1891 fut également une source d’inspiration pour Constantin Makovski. Il travailla de longues années à ce tableau auquel il voulait donner de la profondeur.
L’idée que cette toile serait beaucoup plus grande que celles que Constantin Makovski avait déjà peintes s’imposa progressivement. Il lui fallut trouver un atelier suffisamment spacieux pour installer une toile de quarante mètres carrés. Il n’y en avait pas en Russie et l’Académie des Beaux-Arts, à laquelle s’adressa l’artiste, lui fit savoir qu’elle ne pouvait l’aider. Il trouva finalement l’atelier dont il avait besoin à... Paris. Il avait appartenu à Vassili Verechtchaguine et était idéalement équipé : sur l’estrade circulaire où il se tenait, le peintre pouvait faire tourner autour de lui un chariot sur lequel se trouvait tout le matériel dont il avait besoin. Il y avait aussi un pavillon extérieur pour le travail à la lumière du jour.
Constantin Makovski commença enfin à peindre. Il lui restait à résoudre la question des modèles. Il décida alors que tous ses hôtes venus de Russie poseraient pour lui. Ce qu’ils firent.
Transport à Nijni-Novgorod
Constantin Makovski composa une véritable symphonie de couleurs interprétées par un peu plus de quatre cents personnages. Au centre de la toile, Kouzma Minine s’élève au-dessus de la foule amassée sur le cours d’Ivan qui descend du kremlin vers la place du marché. Il encourage les habitants de la ville à faire don de leur argent et de leurs autres biens pour former la seconde milice populaire et subvenir à ses besoins. Certains ont déjà répondu à son appel. On voit au premier plan ce qu’ils ont donné. Entre l’amas de vêtements et la table, un prêtre portant des lunettes lit ce qui est certainement une missive du patriarche Hermogène. Au même moment, un procession derrière l’icône de la Vierge de Kazan sort de l’église Saint-Nicolas-sur-la-Place-du-Marché.
« Il suffit de regarder ce tableau une dizaine de minutes pour le voir s’animer. Vous voyez alors une foule véritable, fébrile, animée d’une force terrible qui s’est rassemblée pour "faire l’histoire" », écrivait Maxime Gorki (1868-1936), qui était né à Nijni Novgorod.
Constantin Makovski travailla à cette toile de 698×594 cm (soit 0, 96 m2 de plus que L’Apparition du Christ au peuple d’Alexandre Ivanov) plus de vingt ans. En 1896, elle fut transportée de Paris à Nijni Novgorod pour être présentée à la XVIe exposition industrielle et artistique. Un pavillon fut monté spécialement pour l’accueillir. Plus tard, elle fut montrée à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Constantin Makovski l’offrit ensuite à la ville de Nijni Novgorod. De 1908 à 1972, elle fut exposée dans la salle des armoiries du conseil municipal. Depuis 1972, elle se trouve dans une salle spécialement construite pour elle à l’intérieur du Musée des Beaux-Arts de la ville.
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