Cinq compositeurs russes dont la passion amoureuse offrit au monde des œuvres inoubliables
Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté
Mikhail Glinka et Ekaterina Kern
« Mon regard s’arrêta involontairement sur elle : ses yeux purs et expressifs, sa silhouette extraordinairement svelte, la noblesse et le charme particuliers qui émanaient de toute sa personne, m’attiraient de plus en plus. ». Mikhaïl Glinka décrivait ainsi à un ami sa rencontre avec Ekaterina Kern au printemps 1839. À l’époque, le compositeur était marié à Maria Ivanova. Dans le souvenir de leurs proches, cette union n’était pas heureuse. Ekaterina Kern « ramena Glinka à la vie ». Son amour pour elle lui inspira des romances devenues célèbres, dont Si je te rencontre / Если встречусь с тобой composée en 1839. Ekaterina Kern choisit elle-même ce poème d’Alexeï Kolstov et le recopia pour Mikhaïl Glinka. Touché par ce geste, il le mit immédiatement en musique. Un an plus tard, il fit de même avec Je me souviens d’un instant merveilleux / Я помню чудное мгновенье, un poème d’Alexandre Pouchkine.
Nikolaï Rimski-Korsakov et Nadejda Pourgold
Ils formaient l’un des couples les plus harmonieux de l’histoire de la musique russe. Lui composait des opéras adaptés de contes russes ; elle était sa muse, son assistante fidèle et une musicienne au jeu subtil. Nikolaï Rimski-Korsakov et Nadejda Pourgold firent connaissance lors de soirées musicales organisées par le compositeur Alexandre Dargomyjski. Elle jouait merveilleusement du piano et avait même été affectueusement surnommé « notre tendre orchestre ». Nikolaï Rimski-Korsakov remarqua immédiatement son talent et la musicalité de ses interprétations.
Il passa l’été 1870 à la datcha de la famille Pourgold près de Saint-Pétersbourg. Un soir, Nadejda accompagna au piano sa sœur qui interpréta la romance Le Poisson d’Or / Золотая Рыбка. Dès lors, Nikolaï Rimski-Korsakov appela sa bien-aimée « mon poisson d’or ». Il était pour elle Korsinka ou Nika. Deux ans plus tard, il lui demanda sa main et ils se marièrent rapidement.
Ils vécurent ensemble 37 ans. Nikolaï Rimski-Korsakov consacra nombre de ses œuvres à sa femme, dont l’un de ses meilleurs opéras La Nuit de Mai / Майская ночь.
Alexandre Scriabine et Tatiana Schlœzer
Au début du XXème, Alexandre Scriabine forma un triangle amoureux avec sa femme, la pianiste Vera Issakovitch, et son élève Tatiana Schlœzer. Celle-ci devint pour lui une muse. Leur correspondance et ses compositions témoignent de la passion et de l’inspiration qu’elle lui insuffla.
Lire aussi : Dix films soviétiques d’anthologie qui parlent d’amour
Au début de l’année 1900, Alexandre Scriabine quitta sa femme et se mit en ménage avec Tatiana Schlœzer. Beaucoup de musicologues discernent l’influence de cette dernière dans la symphonie Poème Divin et le poème symphonique Poème de l’Extase. Ces compositions expriment des idées philosophiques jusque-là absentes des travaux d’Alexandre Scriabine et sont le reflet de son union émotionnelle et spirituelle avec son élève.
Sergueï Prokofiev et Lina Сodina
Sergueï Prokofiev rencontra Lina Сodina à New York, en 1918, lorsque son 1er concerto pour piano fut donné pour la première fois au Carnegie Hall. Le compositeur fut captivé par les yeux noirs et le charme de la jeune cantatrice espagnole. Il la surnomma « le passereau ». Ils se marièrent en 1923 et eurent deux enfants : Sviatoslav et Oleg. Lina Codina était à la fois la muse de Sergueï Prokofiev, la mère de ses enfants, l’organisatrice talentueuse de ses tournées. Elle l’assistait pour la rédaction des librettos, faisaient des traductions et interprétaient ses œuvres en Europe. En 1936, le couple s’installa en URSS. Lina Codina y connut un destin tragique. En 1941, Sergueï Prokofiev la quitta pour Mira Mendelssohn, rencontrée deux ans plus tôt. En 1948, elle fut condamnée à 20 ans de camp de travail pour espionnage et haute-trahison. Elle en fit 8. Autorisée à quitter l’URSS en 1974, elle retrouva son fils Sviatoslav à Londres où elle créa une fondation Prokofiev.
Rodion Chtchedrine et Maïa Plissetskaïa
Leur histoire commença en 1955. Il avait 22 ans, elle, 29. Leur collaboration sur le palais Le Petit Cheval Bossu les lia pour la vie.
« Nous avons tous des défauts. Mais il n’en a aucun », disait Maïa Plissetskaïa de Rodion Chtchedrine. Tous les jours, il lui offrait des fleurs, il lui consacrait ses ballets et ses opéras : Anna Karénine, La Dame au Petit Chien, Сarmen Suite, La Mouette, Le Gaucher, l’opéra choral La Boyarine Morozova et Poétoria.
« Chtchedrine m’a consacré des ballets. Qu’est-ce qui a le plus de valeur : une bague ou un ballet ? », disait avec reconnaissance Maïa Plissetskaïa.
Ils vécurent 57 ans ensemble. Ils « vieillirent sur un même oreiller ». Elle l’inspirait. Pour elle, il créa des univers musicaux où amour et art ne faisaient qu’un. Après la mort de sa bien-aimée en 2015, Rodion Chtchedrine conserva l’urne qui contenait ses cendres. Il continua d’acheter des fleurs en mémoire de leur vie commune.
Dans cette autre publication, découvrez cinq des histoires d’amour les plus émouvantes de la littérature russe.