L’histoire de la Russie au XIXe illustrée en peinture

Galerie Tretiakov
Galerie Tretiakov
Peintres russes et étrangers peignirent de grands épisodes de l’histoire du XIXe siècle: de l’assassinat de Paul Ier au règne d’Alexandre III, surnommé le tsar pacificateur. 

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1. Sergueï Tchoudanov. L’Assassinat de Paul Ier dans la Nuit des 11 au 12 mars 1801 (2016)

Sergueï Tchoudanov
Sergueï Tchoudanov

Dans la nuit du 11 au 12 mars 1801 (du 23 au 24 mars selon le nouveau style), Paul Ier fut assassiné dans ses appartements du palais Michel à Saint-Pétersbourg. L’empereur était détesté pour avoir privé les nobles de certains de leurs privilèges et autorisé qu’ils soient soumis à des châtiments corporels. La rupture de l’alliance avec la Grande-Bretagne et le rapprochement de la Russie avec Napoléon Bonaparte suscitèrent également le mécontentement.

Alexandre Ier succéda à son père sur le trône de Russie. Il est probable qu’il avait eu connaissance du complot mais rejeté l’idée même du régicide. Le nouveau souverain écarta rapidement de la cour les conspirateurs à cause du « sentiment de répulsion et de répugnance qu’il éprouvait à la seule vue [de ces hommes – ndlr] », disait-on.

2. Gioacchino Giuseppe Serangeli. Adieux de Napoléon et d'Alexandre après la Paix de Tilsit (1810)

Château de Versailles
Château de Versailles

Sous Alexandre Ier, la Russie s’opposa de nouveau à la France. Mais, sa participation aux coalitions anti-révolutionnaires ne lui valut que des défaites. Après l’échec de la Quatrième Coalition à Friedland (14 juin 1807), le tsar se résolut à conclure la paix avec l’empereur des Français. Les deux souverains se retrouvèrent alors à Tilsit, en Prusse Orientale (aujourd’hui, Sovietsk dans la région de Kaliningrad).

Par le traité de Tilsit signé le 7 juillet 1807, la Russie s’engageait à participer au blocus continental du Royaume-Uni. La France, elle, reconnaissait les prétentions russes sur la Finlande suédoise. Mais l’alliance avec la France et la rupture des relations économiques avec le Royaume-Uni étaient très désavantageuses pour la Russie. Dans les années qui suivirent, les dissensions entre les deux Empires ne firent que grandir. 

3. Adolphe Norten. La Retraite de Napoléon de Moscou (1851)

Musée du panorama de la bataille de Borodino
Musée du panorama de la bataille de Borodino

Lorsqu’il entra en Russie, Napoléon Ier pensait obtenir une victoire rapide dans une grande bataille puis conclure une paix avantageuse pour la France. Mais Alexandre Ier refusa catégoriquement la moindre négociation. Même après que la Grande Armée eut pris Moscou.

La Russie fut le lieu du dernier repos de l’écrasante majorité des soldats de la Grande Armée et la Campagne de Russie marqua le début de la fin de l’Empire français. À la suite de sa victoire de 1812, l’armée russe marcha vers l’Ouest. Alexandre Ier entra dans Paris à la tête des armées coalisées, le 31 mars 1814. Le 26 septembre 1815, la Russie, l’Autriche et la Prusse signèrent à Paris le pacte de la Sainte-Alliance qui instaura pour plusieurs décennies un nouvel ordre en Europe.

4. Vassili Timm. Le Régiment de Cavalerie de la Garde Impériale durant le Soulèvement du 14 Décembre 1825 sur la Place du Sénat (XIXe siècle)  

Musée de l'Ermitage
Musée de l'Ermitage

De nombreux officiers de l’armée russe qui avaient combattu dans les armées des coalitions avaient eu l’occasion de voir comment on vivait en Europe occidentale. À leurs yeux, la comparaison n’était pas en faveur de la Russie. Dans les milieux aristocratiques, la protestation monta, des sociétés secrètes se formèrent. Elles revendiquaient l’abolition de la monarchie et du servage que leurs membres estimaient néfastes pour la Russie.

Alexandre Ier s’éteignit le 19 novembre 1825 (le 1er décembre selon le nouveau style). Le trône devait échoir à son frère cadet Nicolas. Les conjurés décidèrent de mettre à profit la courte période de l’inter-règne pour organiser deux soulèvements : le premier à Saint-Pétersbourg et le second, en Ukraine. Les deux furent un échec. Cinq décembristes furent pendus et les autres condamnés au bagne en Sibérie.

5. Adolphe Yvon. La Prise de la Tour de Malakoff le 8 Septembre 1855 (1857)

Château de Versailles
Château de Versailles

Au milieu du XIXe siècle, la Russie entreprit de s’étendre dans les Balkans. Il en résulta un conflit dans lequel elle fit face à une coalition constituée du Royaume-Uni, de la France, de la Sublime Porte et du Royaume de Sardaigne. Le théâtre de la Guerre de Crimée (1853-1856) se tint, comme son nom l’indique, sur la péninsule de Crimée, mais aussi dans le Caucase, dans des régions des actuelles Roumanie et Moldavie, sur les mers Blanche et Baltique et dans l’Exreme-Orient russe.

Pendant près d’un an, les armées coalisées firent le siège de Sébastopol, le principal port de la flotte russe de la mer Noire. La ville tomba en septembre 1855, ce qui annonça l’issue du conflit.

En application du traité de paix de Paris signé le 30 mars 1856, l’Empire russe perdit des territoires autour de l’embouchure du Danube et une partie de la Bessarabie du Sud, ainsi que le droit d’avoir une flotte en mer Noire. Cette interdiction fut levée en 1871.

6. Boris Koustodiev. La Libération des Paysans (La Lecture du Manifeste) (1907)

Musée national du Nigeria
Musée national du Nigeria

La Guerre de Crimée fut la démonstration du retard technique et économique de la Russie par rapport à l’Europe occidentale. L’Empire avait besoin de réformes, ce à quoi s’attela Alexandre II qui succéda à son père Nicolas Ier en 1855.

La première et la principale de ses réformes fut l’abolition du servage proclamée en 1861. Les serfs constituaient alors environ 35% de la paysannerie. Ils furent émancipés et reçurent des droits civiques, dont ceux de faire du commerce ou de s’embaucher comme main d’œuvre. L’abolition de cette survivance du féodalisme stimula le développement économique de l’Empire. Mais, elle ne régla pas la question de la terre : elle restait la propriété des mêmes, c’est-à-dire à ceux qui avaient été contraints d’émanciper leurs serfs. Les paysans libérés devaient louer ou acheter à prix fort les terres qu’ils voulaient cultiver, ce qui engendra de fortes tensions sociales.

7. Piotr Grouzinski. Les Montagnards Quittent leur Village à l’Approche des Troupes Russes (1872)

Musée Russe
Musée Russe

Au XIXe, le rattachement des régions du Caucase du Nord à l’Empire russe se déroula de manière diverse : certains peuples l’acceptèrent volontairement, d’autres y opposèrent une résistance farouche. Ces conflits militaires restent connus dans l’historiographie comme la Guerre du Caucase. Elle commença en 1817, année où l’armée russe abandonna la tactique de raids isolés au profit de la conquête planifiée des enclaves indépendantes. Elle s’acheva en 1864 par l’instauration du contrôle total sur le Caucase du Nord et l’exil d’une partie des populations dans l’Empire ottoman. 

8. Emanuel Leutze. La Signature de l’Acte de Vente de l’Alaska le 30 Mars 1867 (1868) 

Seward House Museum
Seward House Museum

Les premiers établissements russes en Alaska et sur les îles Aléoutiennes remontent à la fin du XVIIIe siècle. Leurs habitants vivaient du commerce des fourrures. Mais, la colonisation de ces territoires se faisait très lentement. Au milieu du XIXe siècle, la population russe y était de quelques milliers d’âmes disséminées sur une superficie considérable. Par ailleurs, les Américains faisaient pression au sud et les Britanniques au nord-est. À la tête de l’Empire russe, on comprit qu’il ne serait possible de conserver ces territoires qu’au prix d’une guerre. Décision fut prise de les vendre aux Etats-Unis. Lacte fut signé le 30 mars 1867.

9. Vassili Véréchtchaguine. Au Pied du Rempart. « Qu’ils Tentent Toujours de Pénétrer ! » (1871) 

Galerie Tretiakov
Galerie Tretiakov

Au milieu du XIXe siècle, l’Asie centrale devint l’enjeu d’une nouvelle confrontation à distance entre la Russie et le Royaume-Uni. Chacune des deux puissances n’hésita pas à recourir aux intrigues diplomatiques, à l’espionnage, à la corruption des autorités locales qu’elle convainquait d’attaquer ses ennemis.

Par ailleurs, les armées russes avançaient inexorablement vers le sud, soumettant progressivement les khanats et les émirats, abolissant l’esclavage et mettant un terme aux querelles séculaires qui déchiraient les populations locales. En 1884, elles atteignirent la frontière de l’Afghanistan, alors protectorat britannique. La conquête russe de l’Asie centrale prit alors fin.   

10. Nikolaï Dmitriev-Orenbourgski. La Prise de la Redoute de Grivitsa près de Pleven (1877)

Musée d'histoire militaire d'artillerie, de troupes d'ingénieurs et de communications
Musée d'histoire militaire d'artillerie, de troupes d'ingénieurs et de communications

En 1877 éclata une nouvelle guerre entre les Empires russe et ottoman. Alexandre II soutint les Bulgares, les Serbes et les Monténégrins qui se battaient contre les Turcs. Le théâtre des opérations militaires se situait dans le Caucase et dans les Balkans. La prise de Pleven après plusieurs mois de siège permit aux armées russes d’avancer à marche forcée vers Istanbul.

Au bord du gouffre, la Sublime Porte était prête à faire de grandes concessions, mais les puissances européennes s’invitèrent dans les négociations de paix. Elles empêchèrent la formation d’une Grande Bulgarie indépendante et proche de la Russie avec un accès à la mer Egée et obtinrent la formation d’une principauté bulgare beaucoup moins étendue et vassale de l’Empire ottoman.

11. Ilia Répine. Alexandre III Recevant les Chefs Elus des Administrations Paysannes Locales (1885)

Galerie Tretiakov
Galerie Tretiakov

Alexandre II mourut le 1er mars 1881 (le 13 mars selon le nouveau style) un peu plus d’une heure après avoir été victime d’un attentat à la bombe organisé par l’organisation révolutionnaire La Volonté du Peuple. Alexandre III renonça à la politique libérale de son père et consolida le pouvoir absolu. Son règne est souvent qualifié d’« âge d’or du conservatisme russe ». Sous Alexandre III, la Russie ne participa à aucun conflit armé majeur, ce qui valut au tsar de rester dans l’histoire comme un artisan de la paix.

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