Comment Alexandre III s’est retrouvé au cœur d’une catastrophe ferroviaire
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Retour de Crimée
Alexandre III, Maria Fedorovna et leurs enfants à Livadia, en Crimée, 1893
À l’automne 1888, Alexandre partit avec sa famille pour le Caucase, empruntant la nouvelle ligne ferroviaire de Vladikavkaz. De Batoumi, ils se rendirent à Sébastopol, où ils prirent le train pour Saint-Pétersbourg.
Au milieu de la journée du 17 octobre, la famille, accompagnée de la cour et des ministres, déjeunait dans le wagon-restaurant. Les enfants étaient assis à une table séparée. Seule la grande-duchesse Olga était absente : la fillette de six ans était restée avec sa nounou dans un autre wagon.
Soudain, le train heurta quelque chose si violemment que tous les passagers tombèrent à terre. Tout se mit à vaciller : les murs commencèrent à s’effondrer sous les yeux des passagers effrayés : « Tout tombait et craquait, comme au jour du Jugement dernier... puis soudain, un silence de mort s’installa, comme s’il ne restait plus personne en vie », se souvint l’impératrice Maria Fedorovna.
En vie par miracle
La catastrophe s’est produite près de la gare de Borki, sur la ligne ferroviaire Koursk-Kharkov-Azov. Seuls cinq wagons ont été épargnés grâce à des freins plus modernes. Dix autres ont été détruits, réduits en bouillie : les wagons arrière ont littéralement écrasé ceux de devant. Il ne restait plus rien du wagon dans lequel se trouvaient les domestiques : tous ceux qui s’y trouvaient ont péri. Le chien préféré de l’empereur, un laïka du Kamtchatka, n’a pas non plus survécu à l’accident. Le wagon-restaurant s’est quant à lui écrasé sur le remblai : des témoins ont raconté qu’Alexandre III avait retenu le toit du wagon sur ses épaules pour aider sa famille et ses courtisans à en sortir. Miraculeusement, aucun d’entre eux ne fut blessé : ils s’en tirèrent avec des contusions et des égratignures. Les plus jeunes enfants de l’empereur eurent aussi de la chance : le choc avait projeté la grande-duchesse Olga et sa nourrice hors du wagon sur le remblai, tandis que le grand-duc Michel fut rapidement extrait des décombres. Après s’être assuré que tout allait bien, l’empereur se joignit au déblaiement des décombres. L’impératrice Maria Fedorovna aida les blessés.
Recherche des coupables
Plusieurs versions de la catastrophe furent avancées. La première, selon la légende, aurait été énoncée par l’empereur lui-même. En déblayant les décombres, il aurait répondu aux cris effrayés des courtisans : « Il faut moins voler, messieurs ! ».
Un attentat terroriste n’était pas exclu : la bombe aurait été posée par l’aide-cuisinier, qui aurait ensuite réussi à descendre du train. Il y avait en effet des raisons de rechercher une trace terroriste : un an auparavant, les populistes avaient déjà tenté d’assassiner Alexandre III. Par ailleurs, certains pensaient qu’un complot avait bien eu lieu, mais qu’il n’avait pas été ourdi par les populistes, mais par le grand-duc Vladimir.
Le facteur humain joua également un rôle : les traverses en bois sur lesquelles circulait le train étaient apparemment pourries et le gravier entre elles était de mauvaise qualité. Il n’y eut toutefois personne à qui adresser des réclamations : le constructeur de la voie ferrée, Samouil Poliakov, était décédé quelques mois avant la tragédie.
La catastrophe aurait pu être évitée
« Vous allez vous casser la tête, Votre Majesté ! » : les paroles du chef de la gare du chemin de fer sud-ouest, Serge Witte, se sont avérées prophétiques. Il avait prévenu qu’un accident pouvait se produire. La cause en était le non-respect de nombreux paramètres techniques. Tout d’abord, le train était plus long que la longueur autorisée : 15 wagons au lieu de 11. Ensuite, le train impérial pesait autant qu’un train de marchandises, mais roulait à la vitesse d’un express. Pour satisfaire Alexandre III, qui ne supportait pas les trajets lents, le train était tiré par deux locomotives à vapeur : une pour le fret et une pour les passagers. Witte tenta de convaincre l’empereur du danger d’une telle décision, mais celui-ci ne l’écouta pas.
La locomotive de marchandises roulait à une vitesse pouvant atteindre 68 km/h, bien supérieure à la vitesse maximale autorisée, ce qui la faisait fortement tanguer. Quant à la locomotive de passagers, attelée derrière elle, elle avait un diamètre de roues différent. De plus, les freins des wagons n’étaient pas en très bon état. Dans un virage, le train secoua tellement la voie ferrée qu’elle ne résista pas. Les traverses éclatèrent, les rails s’écartèrent, la deuxième locomotive s’effondra, suivie des wagons de passagers.
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