Six généraux polonais qui donnèrent leur vie pour la Russie
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À Varsovie, dans la nuit du 29 au 30 novembre 1830 se produisit un soulèvement contre la domination russe. Les insurgés espéraient obtenir l’indépendance de la Pologne ou pour le moins de droits et libertés politiques élargis.
Тous les Polonais ne soutinrent pas cette rébellion. Des officiers et des soldats polonais restèrent fidèles à l’empereur russe. Ce choix coûta la vie à certains d’entre eux.
1. Ignacy Blumer (1873-1830)
Ignacy Blumer lutta contre la Russie pendant plus de 20 ans. Il participa à la guerre russo-polonaise de 1792, au soulèvement de 1794 mené par Tadeusz Kościuszko. Plus tard, il rejoignit les rangs des légions polonaises servant dans les armées napoléoniennes. Il combattit à Haïti et en Europe. En 1812, il prit part à la Campagne de Russie.
Après l’instauration du Royaume du Congrès en 1815, Ignacy Blumer rentra en Pologne et ouvrit un nouveau chapitre de sa vie. Il s’engagea dans les rangs de l’armée impériale russe et y servit jusqu’au grade de major général. Il était membre de la Cour Militaire Suprême et jouissait de la confiance totale du gouverneur du Royaume de Pologne, le grand-prince Constantin Pavlovitch, frère aîné de l’empereur Nicolas Ier.
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Ignacy Blumer fut tué durant la première nuit du soulèvement polonais près de l’arsenal de Varsovie, alors qu’il tentait de convaincre les soldats du 5e régiment d’infanterie de ligne de ne pas se joindre à l’insurrection.
2. Maurycy Hauke (1875-1830)
Maurycy Hauke eut une carrière militaire similaire à celle de son aîné Ignacy Blumer, à l’exception du fait qu’il ne participa à la Campagne de Russie. Il était alors chef de la garnison stationnée à Zamość. Sénateur du Royaume de Pologne, il fut fait comte en 1829.
Le 29 novembre 1830, Maurycy Hauke tenta de quitter Varsovie avec sa femme et ses enfants. Leur équipage croisa un groupe d’insurgés. Ils lui demandèrent de se joindre au soulèvement. Le général refusa catégoriquement, les traita d’imbéciles et leur ordonna de rejoindre leur caserne. Les soldats le fusillèrent sous les yeux de sa famille.
3. Stanisław Potocki (1776-1830)
En 1829, cet ancien compagnon d’armes de Tadeusz Kościuszko commandait la 1re division d’infanterie du Royaume de Pologne. La première nuit de l’insurrection, Stanisław Potocki se rendit au palais du Belvédère où résidait le gouverneur Constantin Pavlovitch.
Dans une rue de Varsovie, il fut encerclé par un groupe d’insurgés qui lui proposèrent de devenir l’un des chefs du soulèvement. Le général refusa en leur disant : « Calmez-vous, mes enfants ! ». Il reçut alors une blessure dont il mourut quelques heures plus tard.
4. Józef Nowicki (1766-1830)
Józef Nowicki avait participé à l’insurrection menée Tadeusz Kościuszko et à la Campagne de Russie. Il termina sa carrière militaire avec le grade de général de brigade. Il occupa également les fonctions de secrétaire général de la Commission Militaire Gouvernementale du Royaume de Pologne.
Lors de l’Insurrection de Novembre, Józef Nowicki resta fidèle au serment qu’il avait prêté à l’empereur russe et trouva la mort à Varsovie le 29 novembre 1830.
5. Tomasz Jan Siemiątkowski (1786-1830)
Officier de la Grande Armée, Tomasz Jan Siemiątkowski se distingua lors des batailles de Smolensk et de Leipzig. Il combattit pour l’empereur des Français pratiquement jusqu’à son abdication.
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Dans l’armée du Royaume de Pologne, Tomasz Jan Siemiątkowski commanda la cavalerie de la Garde puis fut nommé à la tête de l’état-major. En 1830, il fut récompensé pour 20 années de service irréprochable.
Dans la nuit du 29 au 30 novembre 1830, sur ordre du gouverneur Constantin Pavlovitch, il défendit le palais de Saxe. Durant les négociations avec les insurgés, le ton monta et Tomasz Jan Siemiątkowski fut grièvement blessé. Il mourut le lendemain.
6. Stanisław Trębicki (1792-1830)
Le plus jeune de ces six généraux qui perdirent la vie lors de l’Insurrection de Novembre était né en 1792. Il avait pris part à la Campagne de Russie.
Après la réinstauration de la domination russe sur la Pologne, Stanisław Trębicki fit une belle carrière : il servit comme aide de camp du gouverneur Constantin Pavlovitch et fut nommé général de brigade en 1828.
Dans la nuit du soulèvement, Stanisław Trębicki croisa un groupe d’insurgés qui l’arrêtèrent et lui demandèrent deux fois de se joindre à eux. Le jeune général refusa, traita les rebelles de criminels. Ceux-ci le fusillèrent.
Hommage
En 1841, un monument célébrant la mémoire de ces six généraux et du lieutenant Filip Meciszewski « morts pour leur fidélité à leur souverain » fut inauguré à Varsovie sur l’ordre de l’empereur Nicolas Ier, qui en avait réalisé les esquisses.
Durant la Première Guerre mondiale, lorsque que la ville fut occupée par l’armée allemande, des habitants tentèrent de démonter ce monument. Ils en furent empêchés par les Allemands.
Ce ne fut qu’après l’abdication de Nicolas Ier en mars 1917 que les forces d’occupation donnèrent leur aval à la destruction de cet obélisque.
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