Pourquoi ce Camerounais s’est-il installé en Russie il y a 20 ans?

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Il est arrivé en Russie par hasard: sur la décision de ses parents, il est parti y étudier. Cependant, il y est resté, a fondé une famille et trouvé un emploi.

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Karl Patrick Fokam est champion du monde d’haltérophilie, quintuple champion de la CEI en force athlétique, et vainqueur de compétitions de boxe, de judo et de MMA. Cependant, en Crimée, où il vit et travaille depuis dix ans, tout le monde le connaît simplement sous le nom de « Bolchoï Patrick » (Grand Patrick). Il possède sa propre école dans un hôtel d’Alouchta, où il entraîne enfants et adultes.

Comment un boxeur camerounais s’est-il retrouvé en Russie ?

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Patrick raconte que, dès la naissance, il était grand gaillard et avait la bougeotte : il a toujours voulu grimper partout, bouger. Son frère aîné l’a emmené à la salle de sport, où il s’est adonné à tout à la fois : karaté, aïkido, judo, natation.

Lors de sa première année à l’institut camerounais, ses parents lui ont proposé de partir étudier à l’étranger. Ses frères et sœurs (dans une famille de neuf enfants) étaient partis pour l’Europe et l’Amérique. Or, ses parents ont décidé qu’il serait préférable pour Patrick d’étudier en Russie.

« J’ai tout de suite aimé la Russie, même si c’était au début des années 2000, c’était encore très difficile. Et c’était particulièrement difficile pour moi, car je suis arrivé sans parler du tout la langue ».

Sa première destination fut la région de Toula, à 200 km au sud de Moscou. Patrick a étudié à l’Institut technologique Mendeleïev de Novomoskovsk, à la faculté d’automatisation et de mécanique de commande. Il a ensuite suivi une formation en gestion.

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L’institut avait des professeurs de russe exigeants, et Patrick a toujours pris ses études au sérieux. Il lisait beaucoup, et se souvient encore du poème de Pouchkine Je me souviens d’un instant merveilleux. « Quand on parle russe, il faut constamment penser aux terminaisons – le cerveau travaille sans cesse, l’esprit s’aiguise », dit-il.

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Il n’a jamais exercé dans son domaine de formation, car il a presque immédiatement commencé à s’adonner au sport de haut niveau, à participer à des compétitions et à travailler parallèlement dans une salle de sport.

Sport, enfants, déménagements

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Un premier entraîneur russe a invité Patrick à s’entraîner gratuitement. Dès sa première compétition à Novomoskovsk, le Camerounais est devenu champion de force athlétique. Puis, un drame personnel l’a frappé: le père de Patrick est décédé. Sans aucun soutien matériel de sa famille, il a dû chercher du travail et se constituer un réseau.

Étudiant, il a alors rencontré sa future épouse. « Je l’ai croisée plusieurs fois dans la rue, je l’ai abordée, mais elle a refusé de faire connaissance. Un jour, à une soirée, je l’ai abordée et lui ai dit : "Au lieu d’aller nous promener, allons directement au bureau de l’État civil ?" Et elle a cédé ! ».

Aujourd’hui, le Camerounais a 51 ans et cinq enfants. « Les gens plaisantent : c’est quoi ce gang ? Et moi je suis comblé de fierté : ils sont tous à moi ! ». Sa fille aînée a 23 ans et Patrick est déjà grand-père, tandis que son fils cadet a 10 ans.

Karl Patrick et son petit-fils
Karl Patrick et son petit-fils

Pour des raisons professionnelles, Patrick et sa famille ont déménagé plusieurs fois. Depuis 2015, ils vivent en Crimée ; après avoir travaillé dans différentes villes, ils résident désormais à Alouchta.

« La mer est mon élément. Elle emporte tes soucis et tes angoisses et te remplit de force. C’est pourquoi j’ai choisi la Crimée ; je m’efforcerai toujours de vivre près de la mer. Je suis heureux ici ».

S’est-il russifié ?

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À une époque, Patrick a combattu des Russes sur le ring. Juste après le combat, un adversaire s’est approché et lui a dit : « Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi ». « Je me souviens, après ce combat, j’ai appelé ma mère : "Maman, s’ils sont mauvais, ils peuvent détruire le monde, mais ils seront les premiers à venir à la rescousse et à le reconstruire" ».

Il vit comme tout le monde en Russie : il adore pêcher, il prépare du borchtch et du kholodets (aspic) pour le Nouvel An. Il se dit reconnaissant envers son pays d’accueil. « Il m’a tout donné : une femme, une famille, le sport, un travail, de l’esprit ».

La version intégrale de l’interview est publiée en russe sur le site web de la revue Nation.

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