Suisse adopté en Russie: «Le russe est pour moi une véritable ouverture sur le monde»

Fenêtre sur la Russie (Photo: artolympic/Getty Images; archives personnelles)
Fenêtre sur la Russie (Photo: artolympic/Getty Images; archives personnelles)
Adopté à l’âge de sept mois et demi en Russie, Adrien a grandi en Suisse. La Russie est restée présente dans sa vie d’enfant grâce aux récits de sa mère adoptive et aux premiers sons d’une langue qui l’a immédiatement fasciné. Aujourd’hui, il apprend le russe pour renouer avec ses racines et mieux connaître la culture du pays où il est né. Pour Adrien, la langue est bien plus qu’un outil de communication : c’est la clé qui lui ouvre un univers, notamment celui de ses origines.

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Bulbes d’églises orthodoxes, place Rouge, panoramas de villes enneigées et chansons en russe : il suffit de parcourir les réseaux sociaux d’Adrien Chappot pour mesurer la place qu’occupe la Russie dans sa vie. Bien plus qu’une simple passion ou que la soif de découverte propre aux apprenants faisant leurs premiers pas dans l’étude d’une nouvelle langue et de la culture à laquelle elle donne accès, c’est pour lui la quête de ses origines.

Archives personnelles
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« La Russie a toujours été présente dans ma vie. Ma maman adoptive m’a toujours expliqué d’où je venais. Elle tenait une sorte de journal de bord, dans lequel elle consignait les démarches liées à l’adoption – rendez-vous avec les traducteurs, passages chez le juriste. Et même lorsque je ne savais pas encore lire, elle me le lisait », témoigne Adrien. Il se souvient ensuite avec émotion du maillot de football floqué du nom d’Andreï Archavine qu’il a reçu pour son 8e anniversaire...

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Il est venu au monde à la fin des années 1990 dans le district de Viazniki, dans la région de Vladimir, et a reçu le prénom Iouri. Il a été adopté à l’âge de sept mois et demi et a grandi en Suisse, où une surdité profonde de naissance lui a été diagnostiquée. Traitement, séparation de ses parents adoptifs, difficultés d’intégration à l’école : il décrit son enfance comme une période difficile qu’il a su surmonter pour avancer dans la vie. Diplômé en ventes, il dit avoir trouvé sa vocation dans le domaine des pompes funèbres. Par ailleurs, il s’est lancé depuis l’été dernier dans l’apprentissage du russe, un projet qu’il nourrissait depuis son plus jeune âge.

« La culture va de pair avec la langue »

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Sa première rencontre avec la langue russe, il s’en souvient parfaitement : « J’avais six ou sept ans lorsqu’un chœur d’hommes russes est venu chanter dans ma région. Avec une famille ayant elle aussi adopté des enfants russes, nous sommes allés l’écouter. C’est là que j’ai entendu la langue pour la première fois. Je l’ai trouvée à la fois agréable à écouter et incroyablement rapide et très rythmée du fait de ses accents et de son intonation ».

À la question de savoir ce qu’il attend de cet apprentissage, il répond que, au-delà du plaisir esthétique, il s’agit pour lui de renforcer le lien avec ses origines et de se rapprocher davantage de la culture russe.

« La culture va de pair avec la langue. Dès lors que l’on maîtrise la langue, on comprend un peu mieux la culture et le pays. On discerne aussi de petits repères qui aident à saisir la manière dont les Russes fonctionnent. Sans cette compréhension, il est difficile de se rattacher à une communauté », explique-t-il.

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Pour avancer sur ce chemin, il ne se limite pas à une heure de cours hebdomadaire. Adrien suit plusieurs médias russes ou consacrés à la Russie et s’immerge dans la musique du pays. Des chants folkloriques en passant par la pop, son répertoire s’étend jusqu’au mythique groupe Kino, dont les textes clairs et la diction volontairement posée continuent d’accompagner des générations d’apprenants.

L’apprentissage n’est certes pas un long fleuve tranquille : pour le moment, un des défis d’Adrien, en tant que débutant, est de reproduire la musicalité du russe, qui, contrairement au français, impose accents et intonations marqués. Il évoque, non sans fierté, sa capacité à rouler le « r » et se réjouit de l’abondance des mots proches du français, ce qui facilite nettement les choses.

Sur les traces de sa famille

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Un autre rêve qu’Adrien chérit est de retrouver ses proches en Russie. Conscient que cette démarche peut être émotionnellement délicate, il s’interroge sur l’existence de frères et sœurs, ainsi que sur le destin de ses parents biologiques et sur ce que ces retrouvailles pourraient lui révéler sur son histoire et son identité. 

En attendant son prochain séjour en Russie, qu’il envisage dans les années à venir, il tisse un réseau de contacts russes et enrichit sa collection de bibelots qu’il acquiert en ligne ou qu’on lui rapporte du pays. Amateur de foot, il saisit en outre les occasions de rencontrer des sportifs russes en passage en Suisse.

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S’il n’a pas encore découvert la Russie de l’intérieur, les échanges et rencontres qu’il a eus lui ont déjà donné l’impression que l’entraide et la solidarité y occupent une place importante au quotidien. Son aventure russe reste à écrire, avec encore de nombreuses découvertes à venir. En attendant, il poursuit son exploration de cet univers culturel, persuadé qu’elle lui offrira non seulement une meilleure compréhension du pays, mais aussi la possibilité de faire la connaissanc d’autres passionnés de la culture russe venus du monde entier et d’élargir son cercle de contacts, tout en découvrant sans cesse de nouveaux horizons.

« Pour moi, le russe, c’est une véritable ouverture sur le monde. Le monde russe s’intéresse toujours aux autres. On dit souvent que les Russes sont froids, mais ils cherchent à savoir comment vivent les gens dans d’autres pays. Dès que l’on engage la conversation, un échange authentique s’instaure. La langue, au fond, n’est qu’une barrière qu’il suffit de franchir pour se connecter aux autres », conclut-il avec philosophie.

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