Baignades de la Théophanie à Moscou: le regard du Français Valentin Le Normand
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Le 19 janvier, comme beaucoup de Moscovites, j’ai participé à cette tradition au kremlin d’Izmaïlovo, un lieu à part, chaleureux, profondément ancré dans l’esthétique et l’imaginaire russes.
Pour nous, Français vivant à Moscou, c’est devenu une sorte de rituel informel. On s’organise entre amis, simplement pour vivre la Russie telle qu’elle est — non pas comme des spectateurs, mais comme des participants. Certains découvraient cette tradition pour la première fois : curieux, respectueux, animés par cette envie naturelle de se confronter à quelque chose de plus grand que soi.
Tout est pensé pour que l’expérience soit accessible et sécurisée. Des tentes chauffées permettent de se changer confortablement. Des équipes de secours et des plongeurs sont présents, attentifs et professionnels. On ressent immédiatement cette capacité russe à organiser de grands événements populaires avec sérieux et bienveillance, sans jamais perdre de vue le sens profond de la tradition.
L’eau est froide, très froide. Le corps réagit avant l’esprit. On entre dans le bassin avec concentration, souvent en silence. L’immersion est totale, suivie du signe de croix selon le rite orthodoxe. Rien de théâtral : un geste simple, profond, respectueux. On ne reste que quelques secondes dans l’eau — juste le temps nécessaire. À la sortie, le froid est intense, mais bref. Très vite, la chaleur revient, le souffle se stabilise, et une sensation s’impose : énergie, clarté, présence à soi.
En observant autour de moi, j’ai vu majoritairement des hommes, souvent sportifs, solides, concentrés. Il y avait aussi des femmes, moins nombreuses, mais tout aussi investies. Ce qui frappait surtout, c’était la détermination tranquille de chacun. Pas de mise en scène. Pas de démonstration. Simplement des personnes qui respectent une tradition et la vivent pleinement.
Comme souvent en Russie, l’intensité laisse place à un moment simple et chaleureux. Nous avons prolongé l’expérience autour d’un chocolat chaud chez Chocoladnitsa, dans le quartier d’Izmaïlovo. Un contraste typiquement russe : le rude et le doux coexistent, sans jamais s’opposer.
Ce rituel agit comme un véritable point de départ. Une purification symbolique, bien sûr, mais surtout un engagement personnel : faire mieux, être plus juste, plus aligné. Ici, la spiritualité n’est pas abstraite. Elle passe par le corps, par l’action, par l’expérience vécue. En sortant de l’eau, puis en quittant le Kremlin d’Izmaïlovo, une évidence s’est imposée : la Russie ne se raconte pas, elle se vit. Et parfois, quelques secondes dans une eau glacée suffisent pour le comprendre.
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