Quelles langues parlait-on dans l’Empire russe?

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La langue principale de cet immense empire multiethnique était le russe. Cependant, quel était le statut des autres langues? Les autorités obligeaient-elles tout le monde à parler russe?

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Dans la vie quotidienne, l’élite noble du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe siècle utilisait plus souvent le français que le russe. Cela est bien illustré dans le roman de Léon Tolstoï Guerre et Paix.

La guerre contre Napoléon eut cependant pour conséquence qu’après 1812, le prestige de la langue russe commença à croître au sein des familles nobles, et à la fin du XIXe siècle, de nombreux nobles commencèrent à utiliser le russe dans leur vie quotidienne.

Les autres classes sociales, telles que le clergé, la petite bourgeoisie, les marchands et la classe la plus nombreuse — la paysannerie —, parlaient le russe, ou plus précisément ses différents dialectes et variantes régionales (langage urbain, jargons professionnels).

Legion Media
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Au XVIIIe siècle, la plupart des paysans étaient analphabètes, mais au XIXe siècle, après les réformes d’Alexandre II, l’enseignement primaire connut une expansion rapide.

Selon le recensement de 1897, les personnes alphabétisées (sachant lire) représentaient environ 20% de la population (environ 17% parmi la population rurale et plus de 80% parmi la noblesse).

Quels groupes linguistiques y avait-il en Russie impériale ?

Domaine public Village de Nouzal, en Ossétie-du-Nord (Caucase)
Domaine public

Les habitants de l’État russe parlaient des dizaines de langues différentes (il y en avait environ 150). Toutes les grandes familles linguistiques étaient représentées.

La plus grande était l’indo-européenne :

  • la majorité parlait en effet des langues slaves : les Russes, les Ukrainiens, les Biélorusses, les Polonais, les Bulgares,
  • les Lituaniens et les Lettons parlaient des langues baltes,
  • les Allemands, les Suédois et les Juifs (yiddish) parlaient des langues germaniques,
  • les Moldaves et les Roumains parlaient des langues romanes,
  • les Ossètes, les Tadjiks, les Kurdes et les Tats parlaient des langues iraniennes.

L’arménien, le romani et le grec, faisant également partie des langues indo-européennes, étaient aussi présentes dans l’Empire.

Une autre grande famille est celle des langues altaïques, qui comprend les langues turciques, mongoles et toungouses-mandchoues.

La famille des langues ouraliennes comprend quant à elle des langues des groupes finno-ougrien et samoyède.

L’on trouvait également des langues et des groupes linguistiques rares chez les peuples autochtones du Caucase, du Grand Nord et de l’Extrême-Orient.

Les langues locales servaient à communiquer au sein de la famille, à faire du commerce, à chanter des chansons et à raconter des contes ; elles étaient également utilisées dans des domaines tels que la religion, l’éducation et la presse.

Par exemple, les peuples musulmans utilisaient leurs langues traditionnelles dans les écoles religieuses et lors des prêches dans les mosquées, tandis que pour la lecture du Coran et l’accomplissement de la salat, ils recouraient exclusivement à l’arabe.

La politique linguistique des tsars russes

Domaine public Alexandre II
Domaine public

Le gouvernement impérial a modifié à plusieurs reprises sa politique linguistique : tantôt il se montrait favorable aux langues des minorités nationales, tantôt il insistait sur le renforcement de la position de la langue russe.

C’est Catherine II qui, la première, s’intéressa sérieusement aux langues de ses sujets. L’impératrice chargea même Peter Simon Pallas, un savant d’origine allemande, de rassembler des données sur toutes les langues. Son Dictionnaire comparatif de toutes les langues et de tous les dialectes est disponible en version numérique.

Dans l’ensemble, au XVIIIe siècle, les autorités faisaient encore preuve de tolérance envers la diversité linguistique. Le russe était la seule langue officielle de l’État, bien que son usage fût limité dans certaines régions. C’était notamment le cas dans les terres baltes, au Royaume de Pologne et au Grand-Duché de Finlande, où dominaient l’allemand, le suédois et le polonais. 

Russification forcée

Mikhaïl Prekhner/MAMM/MDF/russiainphoto.ru École dans l'Altaï
Mikhaïl Prekhner/MAMM/MDF/russiainphoto.ru

La russification active dans l’Empire russe débuta sous Alexandre II. Les autorités commencèrent à lutter contre la menace du séparatisme. En particulier, l’alphabet latin était considéré comme un instrument d’influence de l’Église catholique et fut fortement restreint. Par exemple, en 1859, la censure interdit l’impression d’ouvrages littéraires ukrainiens en alphabet latin.

Par la suite, l’impression et l’enseignement en ukrainien, en biélorusse et en moldave furent à leur tour restreints.

Au cours des dernières décennies du XIXe siècle, sous Alexandre III, la russification des pays baltes se poursuivit : le russe devint la langue d’enseignement obligatoire dans tous les établissements scolaires, ainsi que la principale langue administrative.

Des restrictions similaires furent introduites par Nicolas II dès 1900 à l’égard du Sénat finlandais, mais des projets de loi ultérieurs autorisèrent la rédaction de documents en trois langues : le russe, le finnois et le suédois.

À la fin du XIXe siècle, il n’était possible de suivre un enseignement secondaire et supérieur qu’en russe.

Dans certaines régions musulmanes, le russe n’est en revanche jamais devenu une partie intégrante de l’enseignement : dans la région du Turkestan par exemple, les mollahs s’opposaient à l’apprentissage du russe.

Pour tous les orthodoxes, quelle que soit leur appartenance ethnique, l’apprentissage du slavon d’église (équivalent du latin pour l’Église catholique en France), utilisé pour les offices religieux, était par contre obligatoire.

L’émancipation des langues et la création d’un système d’écriture

Domaine public Une habitation kalmouke à Astrakhan (Nord de la mer Caspienne)
Domaine public

Au XIXe siècle, la Société missionnaire orthodoxe fit appel à des savants pour mettre au point des alphabets en cyrillique destinés aux peuples de langues différentes. L’objectif était de diffuser le christianisme parmi ces peuples et de traduire les Écritures saintes dans des langues dépourvues de système d’écriture.

Des systèmes d’écriture en cyrillique furent ainsi créés pour des dizaines de langues (aléoute, tchouvache, mordve, …). Quant aux langues qui disposaient déjà d’un système d’écriture, des grammaires furent rédigées pour la première fois (par exemple, le tchétchène et le iakoute).

Après la première révolution russe de 1905, toutes les restrictions formelles pesant sur l’usage des langues dans l’Empire russe furent levées. De nombreux partis représentés à la Douma (parlement) se prononcèrent en faveur de la liberté linguistique pour tous les habitants de l’Empire, tandis que les partis monarchistes et nationalistes insistaient sur l’adoption d’une langue officielle unique pour tous : le russe.

La version complète de cet article est disponible en russe sur le site Gramota.ru.

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