Pourquoi le régiment qui avait toujours eu les faveurs d’Alexandre Ier se souleva-t-il?

Fenêtre sur la Russie (Photo: Domaine public)
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Сette mutinerie, qui se produisit en octobre 1820, fut rétrospectivement considérée comme la répétition du soulèvement des Décembristes de 1825.

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Le régiment de la Garde Semionovski, l’un des plus anciens de l’armée russe, fut fondé par Pierre Ier en 1683. Il tient son nom du village de Semionovo, à l’est de Moscou, où il était alors cantonné. Ce régiment prit part à la campagne d’Azov; à la Guerre du Nord, notamment à la bataille de Poltava; aux guerres contre Napoléon Ier, dont celle de 1812. Il est une page noire dans son histoire : son commandant et certains de ses officiers furent impliqués dans l’assassinat de l’empereur Paul Ier.

Domaine public Le régiment Semionovski pendant la bataille de Poltava
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Régiment de chevaliers

Alexandre Ier, le fils et successeur de Paul Ier, veillait personnellement à ce que le régiment qu’il appréciait plus que les autres ne manque de rien. Encore héritier du trône, il en avait assuré le commandement. Toute sa vie, il en resta le chef. Il en choisissait personnellement les officiers. Il portait aussi attention aux soldats du rang : il leur faisait, à eux et à leurs enfants, apprendre à lire et à écrire et veillait à ce que ceux qui s’étaient distingués touchent une pension. Au début du XIXe siècle, le régiment Semionovski était communément désigné comme celui des chevaliers : les officiers y respectaient rigoureusement le code de l’honneur et les châtiments corporels n’y avaient plus cours depuis longtemps.

Domaine public L’empereur Alexandre Ier
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En avril 1820, le colonel Fiodor Schwartz fut nommé à la tête du régiment. Il ne tarda pas à en durcir la discipline. 

Tous aux arrêts

La vie des soldats du régiment Semionovski n’était plus faite que d’exercices d’instruction et d’entraînement. Jour après jour, en plus des exercices individuels et collectifs habituels, le colonel Schwartz en faisait faire de supplémentaires par groupe de 10, puis de 20, puis de 40 hommes. Les soldats devaient ensuite rejoindre leur compagnie pour de nouveaux ... exercices. Si le colonel Schwartz trouvait qu’un uniforme n’était pas assez propre ou qu’autre chose n’était pas dans un état idéal, le soldat fautif en était d’une nouvelle revue d’inspection.

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Lorsqu’ils n’étaient pas en train de défiler sur la place d’armes, les soldats étaient occupés à prendre soin de leurs uniformes. Lavés et blanchis trop souvent, ils s’usaient rapidement. Les soldats devaient s’en acheter de nouveaux sur leurs soldes parce que le colonel Schwartz avait interdit que les sommes allouées au régiment soient consacrées à l’achat de nouveaux uniformes.

Bien pire que les exercices incessants fut la réintroduction des châtiments corporels. Tous sans exception pouvaient y être soumis, indépendamment des faits d’armes ou des décorations. Cela révolta particulièrement les soldats dans la mesure où un décret impérial interdisait que tout châtiment corporel soit infligé à des cavaliers de la Croix de Saint-Georges. Mais, leur commandant préférait ignorer l’existence de ce décret.

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Le colonel Schwartz pouvait ordonner à un rang entier de soldats de giffler ceux d’un autre rang, frapper lui-même un homme dont il trouvait que le regard n’était pas assez enjoué, obliger les soldats qui, selon lui, maîtrisaient mal le pas de l’oie à défiler pieds nus, envoyer à l’armée ceux qui lui déplaisaient. « Le soldat du rang Boïtchenko n’avait pas eu le temps de boutonner son uniforme. Schwartz s’approcha alors de lui et lui cracha dans les yeux. Il le tira ensuite par le bras et le fit passer devant les autres soldats alignés à qui il ordonna de lui cracher dessus. En outre, il lui arrivait de punir les sous-officiers ».

Ayant compris que la cruauté de leur nouveau commandement était sans fin, l’une des compagnies du régiment enfreignit le règlement et se plaignit. Les soldats de la compagnie de Sa majesté se présentèrent d’eux-mêmes à l’appel du soir et firent part de leurs doléances à leur commandant. Ils furent arrêtés. Les autres membres du régiment les soutinrent et posèrent leurs conditions : soit la libération des soldats de la 1re compagnie, soit l’arrestation de tous ceux du régiment.

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Tous les soldats du régiment furent mis aux arrêts dans différentes forteresses : Pierre-et-Paul, Kronstadt, Kexholm (aujourd’hui, Priozersk) et Sveaborg (aujourd’hui, Suomenlinna). Pendant les quelques jours où son régiment se mutina, le colonel Schwartz se reposait tranquillement chez lui.    

Peines infligées aux mutins

Lorsqu’il apprit que le régiment Semionovski s’était rebellé, Alexandre Ier refusa de croire que la raison en était seulement la cruauté de son commandant. Il se persuada que l’une des sociétés secrètes qui critiquaient le régime avait poussé les soldats à se soulever. Le 2 novembre 1820, il signa une résolution : elle autorisait les soldats à faire valoir leurs doléances quatre fois par an lors des revues d’inspection. Toute manifestation d’insoumission devait être punie.

L’empereur décida également du sort des trois mille hommes du régiment Semionovski qui fut dissous. Les officiers et les soldats furent assignés à d’autres régiments. Les mutins furent durement châtiés : condamnation aux travaux forcés dans les mines, service sans permission ni retraite. Plusieurs officiers furent jugés : ils furent dégradés, leurs biens immobiliers confisqués, ils furent condamnés à mort avant de voir leur peine annulée. Seuls les soldats du rang et les sous-officiers qui n’avaient pas participé aux événements d’octobre 1820 eurent la possibilité de prendre leur retraite. Les soldats du rang perdirent la possibilité d’être élevés au rang de sous-officier sans permission spéciale. Leurs femmes ne pouvaient obtenir de passeports pour vivre à Moscou ou à Saint-Pétersbourg. Leurs fils, recensés auprès de l’institution militaire, ne pouvaient servir sans autorisation.

Domaine public Fiodor Schwartz
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Le colonel Schwartz fut traduit devant une cour martiale. Grâce à la protection du comte Araktcheïev, le ministre de la Guerre, il put poursuivre sa carrière militaire. Il obtint ses galons de major général en 1828. Mais, en 1850, il fut de nouveau jugé pour cruauté envers des soldats. Il fut alors envoyé à la retraite et il lui fut interdit de se rendre à Saint-Pétersbourg et à Moscou.

Le régiment Semionovski fut reformé. Ce n’est que trois ans plus tard qu’il retrouva les droits qu’il avait avant la nomination du colonel Schwartz. La mutinerie de 1820 fut en quelque sorte la répétition du soulèvement des Décembristes en 1825. Disséminés dans d’autres régiments, les soldats du Semionovski y trouvèrent des camarades qui partageaient leur mécontentement. Certains officiers se trouvaient même parmi les Décembristes.

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