Cinq serfs qui s’illustrèrent en peinture et en architecture
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1. Ivan Argounov (1729-1802)
Ivan Argounov est l’un des premiers en Russie à avoir peint des portraits d’intérieur. On lui doit les portraits d’apparat de plusieurs grands dignitaires de l’empire et même de la future Catherine II. La grande-princesse ne posa jamais pour le peintre mais il eut l’autorisation de la regarder se déplacer lors d’événements organisés à la cour. Elle resta très satisfaite de son portrait et fit venir Ivan Argounov à Moscou à l’occasion de son couronnement.
Son Portrait d’une Paysanne en costume traditionnel russe définit les canons de la beauté des paysannes russes. Ivan Argounov n’était pas seulement peintre. Il remplissait les fonctions d’intendant de la maison des Cheremetiev et formait d’autres serfs à la peinture.
Ses fils Pavel, Nikolaï et Iakov héritèrent du talent de leur père : l’aîné devint architecte et les deux cadets, peintres. Ivan Argounov mourut dans l’état du servage. Quatorze ans après sa mort, ses fils en furent libérés.
2. Andreï Voronikhine (1759-1814)
Andreï Voronikhine était un peintre et un architecte considéré comme l’un des pères du style empire en Russie. Il naquit dans une famille de serfs appartenant au comte Stroganov et montra, dès l’enfance, de grandes dispositions pour le dessin. Il étudia la peinture dans l’atelier de l’iconographe Gavrila Iouchkov, dans l’Oural. Son frère et lui furent ensuite envoyés étudier la peinture et, plus tard, l’architecture à Moscou puis à Saint-Pétersbourg. Pour avoir de quoi vivre, Andreï Voronikhine réalisait de petites commandes pour la Laure de la Trinité : des fresques et des restaurations de fresques.
Il obtint sa liberté en 1786 et partit poursuivre ses études d’architecture en France et en Suisse. Il y apprit également les techniques de la peinture décorative. Son œuvre maîtresse demeure la grandiose église (aujourd’hui, cathédrale) de Kazan à Saint-Pétersbourg sur laquelle il travailla de 1801 à 1811. Il n’abandonna jamais la peinture de portraits (on lui doit celui très connu du comte Stroganov) et de paysages. Il réalisa aussi de nombreuses fresques d’intérieur.
3. Vassili Tropinine (1776-1857)
« Tropinine, serf appartenant au comte Morkov. Sa palette rappelle celle du Titien ». Voilà ce que ses contemporains (et nous après eux !) pouvaient lire dans la revue Les Annales de la Patrie. On lui doit les portraits, devenus célèbres, de l’écrivain et historien Nikolaï Karamzine et du poète Alexandre Pouchkine.
Vassili Tropinine était l’un des plus grands portraitistes de la Moscou de la première moitié du XIXe siècle. Il est l’auteur d’un nombre considérable de portraits. Les historiens de l’art en ont compté environ trois mille. Il avait le talent rare de mêler l’apparat à l’intimité. Ses portraits de gens exerçant leur art, comme La Dentellière, Le Guitariste, La Brodeuse d’Or lui valurent la notoriété.
Vassili Tropinine demeura la propriété d’Irakli Morkov jusqu’à ses 47 ans. S’il l’avait envoyé étudier à l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, le comte ne lui accorda sa liberté qu’en 1823. Vassili Tropinine était alors un peintre reconnu qui ne tarderait pas à obtenir le titre d’académien de l’institution où il avait fait ses études.
4. Oreste Kiprenski (1782-1836)
Oreste Kiprenski est l’un des fondateurs du mouvement du portrait romantique russe. Sa passion pour les jeux d’ombre et de lumière et les contrastes expressifs lui valut d’être surnommé par ses contemporains le « Rembrandt russe ». Il était le fils naturel d’un propriétaire terrien et de l’une de ses serves. Né dans l’état du servage, il en fut libéré dans sa jeune enfance. Il ne tarda pas à faire la démonstration d’un talent hors pair pour la peinture. Il étudia avec brio à l’Académie Impériale des beaux-arts.
Il atteignit le sommet de son art avec les portraits des figures romantiques des héros de la guerre de 1812 (par exemple, celui d’Eugraphe Davydov) et celui, devenu un classique de la peinture, d’Alexandre Pouchkine. Il passa plusieurs années en Italie. Après la mort tragique de son modèle et amie, il fut contraint de quitter Rome. Plus tard, il retourna en Italie où il épousa la fille de sa défunte bien-aimée. Il succomba à une pneumonie trois mois après son mariage. Il laissa en héritage à la peinture de portrait russe profondeur et force des sentiments.
5. Grigori Soroka (Vassiliev) (1823-1864)
Cet élève, l’un des plus talentueux du peintre Alexeï Venetsianov, connut un destin tragique. Fils d’un couple de paysans serfs, il reçut dans l’enfance le surnom de Soroka (la pie), qui devint plus tard son nom de famille. Alexeï Venetsianov, qui avait remarqué son talent pour le peinture, le prit comme élève dans l’école qu’il avait ouverte sur la propriété de Safonkovo, dans le gouvernement de Tver.
Grigori Soroka peignait des paysages d’un grand lyrisme, des portraits, des scènes d’intérieur. Son œuvre se distingue par sa poésie et une perception fine du monde. Son talent ne lui assura pas la liberté avant l’abolition du servage en 1861. Alexeï Venetsianov ne put l’obtenir de Nikolaï Milioukov, le propriétaire terrien à qui il appartenait. On racontait la fille aînée de ce dernier et Grigori Soroka s’aimaient. Cela aurait expliqué pourquoi il ne put obtenir d’être libéré du servage. Après 1861, comme d’autres anciens serfs, Grigori Soroka ne put racheter des terres à Nikolaï Milioukov. Il participa à un soulèvement paysan, fut arrêté et condamné au fouet. Il se pendit avant l’exécution du verdict.
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