Comment un poète futuriste russe est devenu visionnaire de l’architecture d’avant-garde

Kira Lissitskaïa (Photo: D. German/Sputnik; Sputnik)
Kira Lissitskaïa (Photo: D. German/Sputnik; Sputnik)

Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté

« Mille habitations de verre, reliées par une petite nacelle suspendue aux tours, brillaient de leur éclat vitreux. Là, vivaient des artistes, jouissant d’une double vue sur la mer, car la maison, telle une aiguille‑tour, s’avançait vers l’eau. […] Tout près, à une hauteur inaccessible, s’enroulait une maison‑fleur, avec le verre rouge‑mat de son dôme, la dentelle de sa clôture et le fer élancé des escaliers en forme de tige […] Deux maisons‑cheveux s’enlaçaient l’une près de l’autre […] Une futaie de peupliers de verre veillait sur la mer ».

C’est ainsi que le poète futuriste russe Velimir Khlebnikov (1885-1922) décrivait les maisons du futur dans son essai Nous et les maisons. Il imagina aussi des appartements d’un nouveau type, ce qu’il appelait la stekloisba (du russe стекло / steklo, signifiant verre, et изба / isba; c'est à dire « isba en verre ») : dans ce logement compact en verre plié, l'on pouvait se reposer et même voyager. Ces habitations n’étaient attachées à aucun lieu fixe et se déplaçaient dans toutes les directions – il suffisait de les fixer sur une plate‑forme de train ou sur un bateau. De plus, Khlebnikov proposait de les assembler en complexes résidentiels ou en hôtels en les montant sur la carcasse de bâtiment.

La ville futuriste imaginée par le poète était composée d’izbouly (des mots изба / isba et улица / oulitsa, rue; donc des rues composées de stekloisbas), d’oulotchertogi (des mot улица / oulitsa, rue et чертог / tchertog, palais; donc des rues avec un bâtiment représentatif), de mostouly (du mot мост / most, pont et улица / oulitsa, rue; immenses ponts dans les arcs et les piliers desquels se trouvaient des bâtiments), etc. Outre la maison-fleur décrite ci-dessus, Khlebnikov a également imaginé une maison-échiquier, une maison-balançoire, une maison-livre et bien d’autres projets architecturaux insolites.

À l’époque, toutes ces idées architecturales ont paru tout droit sorties d’un roman de science‑fiction. Cependant, Khlebnikov s’est révélé être une sorte de visionnaire. En 1928, le jeune architecte soviétique Gueorgui Kroutikov a conçu un projet de maison volante dotée de capsules‑cellules en verre. Un demi‑siècle plus tard, à Moscou, sur le Nouvel Arbat, ont été construites quatre tours, dont les silhouettes ont évoqué des livres ouverts. Certaines idées de Khlebnikov ont également été reprises par des architectes étrangers. Ainsi, Le Corbusier a imaginé pour Alger un projet de maisons‑ponts sur les toits desquelles auraient couru des autoroutes, tandis que les Japonais Kiyonori Kikutake et Kenzō Tange ont proposé des bâtiments résidentiels avec des cellules manquantes – de véritables maisons‑échiquiers.

Dans cette autre publication, découvrez les dix plus grands écrivains de science-fiction soviétiques.