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Que les grands auteurs de la littérature russe pensaient-ils de la neige?

Ilja Rasin / Getty Images
Pour Korneï Tchoukovski, les précipitations hivernales n’étaient pas de la neige mais une chose répugnante qui tombait du ciel. Alexandre Blok, lui, trouva l’inspiration de son poème Les Douze en admirant une tempête de neige.

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Rendez-nous le printemps!

Alexandre Blok ; Korneï Tchoukovski
Moisseï Nappelbaume / Sputnik

« Le temps dehors est immonde : il tombe une véritable saloperie du ciel, en grande quantité, qui se transforme sur le sol en une bouillie qui ne s’écoule pas, comme le fait la pluie, et qui ne s’agrège pas, comme le fait la neige. Les rues ne sont plus qu’une énorme flaque », se lamentait l’écrivain Korneï Tchoukovski. Piotr Viazemski avait, avant lui, pesté contre les précipitations hivernales : « De nouveau, il fait froid. Hier, il est tombé du ciel soit de la grêle, soit de la neige, soit du grésil. Quoi que cela fût, c’était répugnant », se plaignait le poète dans une lettre à l’historien Alexandre Tourgueniev.

« Nous marchons dans de la neige mouillée. On a l’impression de patauger au pied d’un escalier sombre qui mène vers le haut. Le ciel au-dessus de nos têtes ressemble au verre mat et ondulé des toilettes des wagons des trains qui assurent les liaisons internationales », nota avec tristesse dans son journal l’écrivain Vsevolod Ivanov.

Les chutes de neige communes en hiver en Russie irritaient au plus haut point l’auteur d’Un Nid de Gentilshommes : « un ouragan de neige souffle, geint, gémit, hurle depuis ce matin à travers les rues désolées de Moscou - les branches des arbres sous mes fenêtres s'entrechoquent et se tordent comme des désespérées, des cloches tintent tristement au travers : nous sommes en plein grand Carême... Quel joli petit temps! quel charmant pays ! », écrivait de Moscou le 10 (ancien style) / 29 (nouveau style) 1867 Ivan Tourgueniev à Pauline Viardot.

Anton Tchékhov aimait la clémence de l’hiver en Crimée. Lorsqu’il passait la très longue saison froide à Mélikhovo, près de Moscou, il n’arrêtait pas de maugréer contre les caprices de la nature. « Le temps ici est tout simplement intolérable. Aujourd’hui, entre 5 et 6 heures du matin, il gelait, le ciel était dégagé, le soleil brillait et tout annonçait une belle journée. Maintenant, deux heures plus tard, le temps est couvert, le vent souffle du Nord et cela sent la neige. Dire qu’il y en a déjà beaucoup. On ne peut se déplacer qu’en voiture et on n’est pas certain qu’il n’arrive rien en route [...] Il fait froid ! Le beau temps me manque », se plaignait Tchékhov dans une lettre écrite le 16 avril 1893 à l’éditeur Nikolaï Leïkine.

La neige, source d’inspiration

Ivan Tourgueniev ; Anton Tchékhov
Fenêtre sur la Russie (Photo : Egorov/Sputnik, Sputnik)

Les précipitations neigeuses n’engendrent pas seulement un état dépressif, elles obligent aussi à réviser ses plans. « La neige est enfin tombée. J’ai envie d’aller à Moscou me changer les idées, mais je dois quand même écrire », écrivit Anton Tchékhov de Mélikhovo à l’éditeur Alexandre Souvorine le 5 décembre 1894.

« Je partirai pour Moscou dès lors qu’il y aura de l’argent et de la neige. Il neige déjà, mais l’argent ne tombe pas du ciel », raconta Alexandre Pouchkine à l’écrivain Ivan Velikopolski. Sans aucun regret, Léon Tolstoï reste travailler à l’un de ses manuscrits : « Il fait un vilain temps, il neige. Je dictai et écrivis Jeunesse, avec tant de plaisir que j’en pleurai. Je restai tout la journée à la maison ». Ou, au contraire, les abandonne : « Il neigeait. Je partis chasser. Une tempête se leva, je ne voyais rien. Je passai la journée à ne rien faire ».

Les tempêtes de neige était pour le poète Alexandre Blok étaient une source d’information : un jour, il distingua une tache lumineuse au milieu de tourbillons de neige. Cette vision le poussa à composer le poème Les Douze : « Vous a-t-il déjà été donné de marcher dans les rues de la ville par nuit noire, ou quand il y a une tempête de neige ou quand il pleut, ou quand le vent souffle tellement fort que tout bat autour ? Quand les flocons de neige vous aveuglent ? [...] Le vent souffle avec une telle force qu’on pourrait croire que les lourds lampadaires qui pendent vont se décrocher et se briser en mille morceaux. La neige tourbillonne de plus en plus vite jusqu’à se transformer en colonnes. Dans les rues étroites, la tempête est comme prisonnière. Elle déchaîne comme elle peut, accumule des forces comme pour s’échapper vers des étendues bien plus vastes, qui n’existent pas. La tempête tourbillonne, tisse un voile blanc à travers lequel tout perd ses contours et devient flou ».

Le mauvais temps n’existe pas

« Avant-hier, dans la soirée, il s’est mis à pleuvoir sur la neige fraîchement tombée. Durant la nuit, la pluie s’est transformée en neige. Au matin, le thermomètre indiquait 0°C et c’est là que tout s’est joué : si la température avait continué de remonter, tout aurait fondu. Mais, elle est redescendue et, dans la soirée, il faisait -5°C. Il a continué de neiger. Aujourd’hui, Moscou est couverte d’un manteau blanc impeccable qui ressucite le charme passé de la vieille Moscou », nota l’écrivain Mikhaïl Prichvine dans son journal au début de l’année 1952.

Léon Tolstoï, lui aussi, pouvait s’émerveiller durant l’hiver : « J’allai en tarantasse (voiture à 4 roues ouverte – ndlr) jusqu’à Chelkounovki et de-là à cheval. Il neigeait. A deux reprises, je ressentis une joie si intense que j’en remerciai Dieu ».

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