Comment Lady Macbeth devint-elle un personnage de la littérature russe?

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Les amateurs de littérature (et d’opéra) connaissent deux Lady Macbeth. Les deux sont des criminelles emportées par leur passion.

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L’écrivain russe Nikolaï Leskov créa intentionnellement un parallèle entre Lady Macbeth de Shakespeare et le personnage principal de sa nouvelle Lady Macbeth du District de Mtsensk. Katérina Izmaïlova, comme Lady Macbeth, est forte, déterminée et passionnée. Toutes deux sont prêtes à enfreindre la morale et à tuer pour atteindre leurs objectifs. Mais, leurs motivations sont différentes.

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Le personnage de Shakespeare est assoiffé de pouvoir. Katerina Izmaïlova est mue par la passion amoureuse qu’elle éprouve pour le commis Sergueï. Elle assassine son beau-père, qui avait appris leur liaison, son mari puis Fédia, son jeune neveu qui aurait pu contester la succession.

Ces deux femmes, qui ne sont plus maîtresses d’elles-mêmes, connaissent une fin tragique. Lady Macbeth meurt étouffée par sa culpabilité. Katerina Izmaïlova commet un dernier crime avant de se suicider : elle entraîne sa rivale dans la Volga où elles se noient toutes les deux.

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Dans cette nouvelle, qu’il avait définie comme une étude, Nikolaï Leskov voulut montrer que des passions aussi destructrices que celles que décrivait Shakespeare pouvaient réanimer une femme usée par sa vie dans un milieu oppressant d’une petite ville russe. Dès le titre de son récit, Nikolaï Leskov donne à comprendre qu’un fait divers, qu’il a placé à son époque dans une province reculée, touche à l’universel.

Maïa Koutcherskaïa, auteur d’une biographie de Nikolaï Leskov, relève que « tout a commencé avec Karamzine qui, un jour, rappela à ses lecteurs : "les paysannes aussi savent aimer !" » [référence à La Pauvre Lise de Nikolaï Karamzine – ndlr].

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Ensuite, la littérature russe rappela régulièrement à ses lecteurs cultivés que des passions shakespeariennes pouvaient agiter un monde qui était pour eux presque immergé, invisible, comme celui des marchands. Nikolaï Leskov savait bien comment les démons pouvaient attendre leur heure dans les eaux tranquilles d’une petite ville de province, dans le silence d’une maison de marchands. Il avait été plusieurs années clerc au tribunal criminel d’Orel. Il avait donc recopié un grand nombre d’affaires de vol, de bagarre, de crimes et d’autres monstruosités. Il savait parfaitement quelles abominations pouvaient se produire dans un petit village ou une petite ville tranquille.

Si Nikolaï Leskov emprunta le nom du personnage de Shakespeare, l’accent tonique ne frappe pas la même syllabe. En russe, on prononce le nom écossais Macbeth en mettant l’accent sur la deuxième syllabe. Il est d’usage d’accentuer la première syllabe du nom Macbeth dans le titre de la nouvelle de Nikolaï Leskov. Pourquoi cette différence ?

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Le préfixe Mac (fils de) des noms de familles écossais n’est jamais accentué. Nikolaï Leskov possédait une édition de Shakespeare en quatre volumes. Il avait annoté les pièces du dramaturge anglais, dont Macbeth. Il connaissait la prononciation écossaise de ce nom. Lorsqu’il reprit ce nom, il préféra le soumettre à la rythmique de la langue russe. C’est pourquoi l’on dit : Леди Макбет Мценского уезда.

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