Littérature russe en exil: les trois vagues d’émigration
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Dans l’histoire de la littérature russe, on trouve trace d’écrivains exilés au XVIe siècle, sous Ivan IV le Terrible. La correspondance entre ce tsar et le prince tombé en disgrâce Andreï Kourbski est un monument de la littérature de cette époque. Au XIXe siècle, Alexandre Pouchkine et Mikhaïl Lermontov furent relégués loin de la capitale.
Après la Révolution d’Octobre, un très grand nombre d’écrivains ne virent pour eux-mêmes pas d’autre choix que celui d’émigrer. Qu’il ait été volontaire ou imposé, leur départ fut le plus souvent définitif. Dans l’histoire de la « littérature russe à l’étranger », on distingue trois vagues d’émigration.
Première vague d’émigration (1918-1940)
Bateaux des philosophes
Après la prise du pouvoir par les Bolchéviques en 1917 et la guerre civile (1917-1922), un très grand nombre de représentants de l’intelligentsia quittèrent la Russie. Certains penseurs et écrivains décidèrent de partir, d’autres furent expulsés par les nouvelles autorités qui voyaient en eux des opposants. Ce mouvement massif reste connu dans l’histoire comme « le bateau des philosophes ». De nombreux spécialistes de la littérature russe considèrent que cette première vague d’émigration fut la plus marquante pour l’histoire de la littérature russe à l’étranger.
Ivan Bounine à Paris, 1928
Parmi ceux qui connurent l’émigration, on trouve les plus grands noms du Siècle d’Argent de la littérature russe : le futur prix Nobel Ivan Bounine, Zinaïda Hippius et son mari Dmitri Merejkovski, Alexeï Remizov, Ivan Chmeliov, Vladislav Khodassievitch, Marina Tsvetaïeva, Vladimir Nabokov. Le talent de certains se révéla en émigration. Par exemple, Gaïto Gazdanov publia son premier roman, Une Soirée avec Claire, à Paris en 1929.
Une épicerie russe à Paris, France, 1930
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Les écrivains de la vague d’émigration blanche sont considérés comme les continuateurs des traditions de la grande littérature russe. On les oppose aux écrivains restés dans la Russie soviétique puis en URSS.
Deuxième vague d’émigration (années 1940-1950)
Cette seconde vague fut liée à la Seconde Guerre mondiale, aux horreurs du conflit et à la peur de l’occupation nazie. Beaucoup se retrouvèrent alors aux États-Unis. Cette vague fut de moindre ampleur et ne laissa qu’une faible trace dans l’histoire de la littérature en langue russe.
Vera et Vladimir Nabokov, Berlin
On peut rattacher à ce second mouvement Vladimir Nabokov. Fils d’un opposant aux bolcheviks, il avait émigré de Russie en 1919. En 1940, sa femme et lui quittèrent précipitamment l’Europe tombée sous la domination nazie.
Parmi les noms les plus connus de cette seconde vague, on citera Ivan Elaguine, Valentina Sinkievitch et Nikolaï Narokov.
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Troisième vague d’émigration (années 1960 – fin des années 1980)
Une nouvelle phase d’émigration commença au milieu des années 1960. Certains écrivains, privés de la possibilité de publier et de gagner leur vie, furent contraints à l’exil. D’autres quittèrent l’URSS pour s’affranchir de la censure. Parmi les auteurs les plus remarquables de cette époque, on trouve Alexandre Soljenitsyne, Vassili Aksionov, Sergueï Dovlatov, Edouard Limonov, Sacha Sokolov, Iouri Mamleïev et le futur prix Nobel Iossif Brodski.
Sergueï Dovlatov à New York, 1989
Si de nombreux émigrés blancs étaient des gens aisés, ceux de la troisième vague n’avaient souvent pas le moindre sou. Une fois arrivés à l’étranger, ils se retrouvaient souvent dans des situations matérielles très difficiles, ce qu’Edouard Limonov a décrit dans son roman C’est Moi, Eddie (Это я, Эдичка – 1976).
La plupart s’installèrent aux États-Unis où se forma une pléiade d’écrivains de langue russe.
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