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Comment de grands auteurs de la littérature russe décrivaient-ils Maslenitsa?
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Maslenitsa est la semaine grasse qui précède le début du carême de Pâques. Elle est aussi celle durant laquelle on sent le changement de saison approcher. Dans les temps anciens, les paysans fêtaient le renouveau de la nature après le froid de l’hiver et se préparaient ainsi à la longue saison des travaux agricoles. Durant la semaine de Maslenitsa, il faut faire des crêpes et les manger avec différents accompagnements. Le dernier jour de Maslenitsa, il est de tradition de brûler une grande figure de paille. Cette année, Maslenitsa durera du 24 février au 2 mars.
Carnaval russe
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Maslenitsa, qui précède le carême de Pâques, le plus long et le plus strict de l’année, était une semaine de liesse et souvent d’excès durant laquelle les gens sortaient festoyer. « Je suis sorti me promener tard. Je voulais acheter des semelles. Le magasin était fermé. C’est Maslenitsa. Les gens sont ivres. », écrivit Léon Tolstoï dans son journal le 12 février 1889.
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« La semaine de Maslenitsa s’est passée très gaiement. Vérigina, qui s’est mariée, nous a rendu visite. Elle raconte très bien les histoires et parle russe. Elle a vraiment quelque chose d’une aimable femme russe en elle. », écrivait le poète Alexandre Blok à sa mère le 21 février 1911.
Le 19 mars 1827, Nicolas Gogol, alors encore lycéen, racontait à l’une de ses connaissances : « Nous passâmes une merveilleuse Maslenitsa. Nous donnâmes des représentations théâtrales quatre jours de suite. Tous jouèrent excellemment. Tous les spectateurs, des gens qui s’y connaissent, dirent que, dans aucun théâtre de province, il ne leur avait été donné de voir un spectacle aussi bon. »
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L’écrivain Mikhaïl Prichvine notait dans son journal du 20 février 1928 : « Hier et aujourd’hui, froid intense et vent. Il y a du beurre dans les magasins. Pour Maslenitsa et pour les crêpes ! »
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Maslenitsa laissait aussi des souvenirs d’enfance prégnants. Anastassia, la sœur de la poétesse Mariana Tsvétaïéva, décrivait ainsi cette semaine : « L’hiver décline, les jours rallongent, le soleil se couche toujours plus tard, des glaçons pendent des toits des hôtels particuliers et des vieilles maisons moscovites. Etals de farine, odeur de crêpes s’échappant des vasistas ; odeur de morue sur les marchés : on ne nous en achetait jamais, c’était un plat qui attirait les autres. Mais, on faisait des crêpes. Notre bonne, qui avait jeté un châle sur les épaules, courait par les passerelles [probablement posées sur la neige – ndrl] de la cuisine à la maison en portant une pile de crêpes, légères et beurrées, qui se décollaient facilement. Nous comptions combien nous en mangerions et qui en aurait le plus. Beurre fondu dans un pot, crème fraîche, harengs, caviar. On nous versait un peu de vin dans de l’eau. Par les fenêtres, nous voyions les traîneaux voler les uns derrière les autres. La Russie était emportée dans la neige comme dans les contes. Les sabots des chevaux claquaient, leurs grelots tintaient, les bribes de chansons qui nous parvenaient et s’évanouissaient alors qu’une troïka tournait dans la rue des fourbisseurs nous plongeaient, Moussa et moi, dans la tristesse. »
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Hôtes régalés de crêpes
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Durant la semaine de Maslenitsa, on allait chez les uns et les autres. Les visites de courtoisie se terminaient inévitablement à table. « Sans vous, l’affaire ne se passera pas comme elle le doit : vous savez combien le public vous aime. [...] Ne me feriez-vous pas l’amitié de passer chez moi demain, vendredi, sur le coup des quatre heures. Nous causerions de notre affaire en mangeant des crêpes. ». C’est ainsi qu’Ivan Tourgueniev tenta d’attirer le poète Apollon Maïkov dont il espérait un poème pour une réunion de bienfaisance.
Quoi qu’il se passe, il était impossible de refuser une invitation à manger des crêpes. « Demain, vendredi, vers cinq heures, le comte Tolstoï vous convie à manger des crêpes. Et moi, avec lui. », écrivit en 1849 ou 1850 Nicolas Gogol au comte Vladimir Sollogoub.
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Il arrivait que ne pas honorer une invitation à manger des crêpes ait des conséquences fâcheuses. Ainsi, Anton Tchékhov écrivit à son éditeur Roman Golik que l’architecte et artiste Fedor Schechtel ne ferait pas la vignette d’un de ses livres : « C’est dommage... Et tout cela parce que j’ai refusé d’aller manger des crêpes chez lui demain. S’il met sa menace à exécution, il faudra imprimer le livre sans vignette. »
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La semaine de Maslenitsa pouvait être tellement chargée qu’il fallait parfois prendre du repos après. En 1834, Alexandre Pouchkine se plaignait du nombre de réceptions qu’il avait dû honorer de sa présence :
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« Dieu merci ! Maslenitsa est terminée et les bals avec elle. La description du dernier jour de Maslenitsa illustrera ce que furent les précédents. Des invités triés sur le volet étaient priés d’assister au bal donné en matinée, à midi et demi, au palais. D’autres, à celui du soir, à huit heures et demie. Je me présentai à neuf. On dansait une mazurka, danse qui avait clos le bal en matinée. Les dames se retrouvaient. Celles qui avaient assisté au premier bal donné au palais avaient changé de toilette. Les mécontentes ne manquaient pas : celles qui n’avaient pas été invitées au bal en matinée jalousaient celles qui l’avaient été. »
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