Que montre Grigori Ougrioumov sur son tableau Ian Ousmar prouvant sa force?

En découvrant le tableau de Grigori Ougrioumov Ian Ousmar prouvant sa force, les membres de l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg murmurèrent entre eux avec admiration: «Il est semblable à Héraclès». Ce tableau reste dans l’histoire de la peinture russe comme le premier qui donne à voir un héros du folklore, un véritable preux.

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Un sujet inspiré de La Chronique des temps passés

Que montre Grigori Ougrioumov sur son tableau Ian Ousmar prouvant sa force?
Musée russe

La Chronique des temps passés, une chronique du XIIe siècle, rapporte l’histoire d’un combat singulier. En 992, les Pétchénègues et l’armée du prince de Kiev Vladimir se firent face sur les berges de la rivière Troubiège. Le prince des Pétchénègues finit par proposer au prince Vladimir de désigner un preux qui se battrait contre leur homme fort. Si celui-ci mettait le preux à terre, les nomades ravageraient les terres du prince pendant trois ans. Dans le cas contraire, ils ne seraient plus une menace pour elles durant trois ans également.

Un vieillard vint assurer le prince que personne n’avait jamais mis son fils cadet à terre. Le jeune homme demanda au prince Vladimir de le mettre à l’épreuve et se proposa d’affronter un taureau. Alors que l’animal qui venait d’être marqué au fer rouge passait en courant à côté de lui, il lui arracha à main nue un morceau de cuir et de chair. Ignorant la force du preux, les Pétchénègues se moquèrent de lui et pensèrent que sa taille moyenne l’empêcherait de battre leur champion. Mais, le jeune homme l’étrangla puis jeta sa dépouille à terre. L’armée nomade s’enfuit alors. Le nom de Ian Ousmochviets (mot qui signifie tanneur) apparaît dans une source du XVIe siècle. Ousmar est une autre forme de ce nom.

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Le premier preux russe

Grigori Ougrioumov (1764-1823) commença son apprentissage de la peinture à l’âge de six ans dans une école de peinture. Il entra plus tard à l’Académie Impériale des Beaux-Arts. Durant son cursus, un de ses tableaux fut récompensé de la petite médaille d’or. Il obtint ensuite une bourse pour étudier en Italie. A son retour en Russie, il enseigna la peinture d’histoire. En 1795, on lui donna Ian Ousmar comme sujet du tableau à réaliser pour prétendre au titre d’académicien. Deux ans, plus sa toile suscita l’enthousiasme.

Que montre Grigori Ougrioumov sur son tableau Ian Ousmar prouvant sa force?
Musée russe

Deux raisons à cela. D’une part, le héros en est un preux dont l’histoire appartient au folklore. Jusque-là, ce type de personnages était presque absent de la peinture russe. D’autre part, Grigori Ougrioumov donna à cette histoire du Moyen-Age russe une dimension antique. On dirait la toile empreinte de l’esprit de Rubens. Un vieillard excite la colère le taureau avec une fourche ; un guerrier, certainement renversé par l’animal en furie, est à terre.

Que montre Grigori Ougrioumov sur son tableau Ian Ousmar prouvant sa force?
Musée russe

Ian Ousmar, les muscles bandés, solide sur ses jambes, est tel Héraclès domptant le taureau de Crète. A droite de la composition, le prince Vladimir, assis sur son trône, est vêtu de jaune et de rouge et porte une couronne d’or. Le soldat qui se trouve à sa gauche semble vouloir le protéger de la fureur du taureau. À l’arrière-plan, on voit un camp militaire et des soldats assis près des tentes.

Que montre Grigori Ougrioumov sur son tableau Ian Ousmar prouvant sa force?
Musée russe

Un maître de la peinture d’histoire

Que montre Grigori Ougrioumov sur son tableau Ian Ousmar prouvant sa force?
A.K. Golovatcheski

Grigori Ougrioumov connut la renommée grâce au genre dans lequel il excellait : la peinture d’histoire. Les souverains appréciaient son talent. Catherine II lui commanda L’Entrée Triomphale d’Alexandre Nevski à Pskov après sa Victoire sur les Allemands pour l’église de la Trinité du monastère (aujourd’hui, laure) Alexandre Nevski. Le peintre réalisa deux toiles pour Paul Ier : La Prise de Kazan par Ivan le Terriblele 2 Octobre 1552 et Mikhaïl Fiodorovitch Romanov acceptant de monter sur le trône [de Moscovie – ndlr] le 14 mars 1613. L’empereur les fit exposer au château Saint-Michel.

Ian Ousmar prouvant sa force fut longtemps conservée à l’Académie des Beaux-Arts. Dans les années 1920, la toile entra dans les collections du Musée Russe auquel elle appartient toujours.

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