En Russie, comment fêtait-on autrefois la Pentecôte?

Maxim Bogodvid / Sputnik Célébration de la Trinité au Tatarstan
Maxim Bogodvid / Sputnik
Comment les traditions païennes slaves du passage du printemps à l’été et les traditions chrétiennes de la Pentecôte se sont-elles entremêlées en Russie?

Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté

Dans la culture païenne slave, les fêtes marquaient le passage d’une saison à une autre et se déroulaient aux solstices et aux équinoxes. Les rituels respectés à chacune d’entre elles étaient liés aux travaux agricoles de la saison à venir et aux changements qu’elle apporterait dans la vie des hommes.

La Pentecôte, ou Jour de la Trinité, est fêtée, comme son nom l’indique, cinquante jours après Pâques. Cette fête correspond à peu près au passage du printemps à l’été. C’est pourquoi elle a été associée à la fête païenne du Sémik ou à celle du Triglav.

Musée d'art Radichtchev de Saratov Boris Koustodiev. Le Jour de la Trinité, 1920
Musée d'art Radichtchev de Saratov

Dans la Russie ancienne, les fêtes et les rituels de divination concernant la saison estivale commençaient à cette époque. Pour rendre la terre fertile et obtenir des récoltes abondantes, les paysans chantaient des chansons et exécutaient des danses rituelles. « Où les filles sont passées / Il a poussé des fleurs / Où les garçons sont passés / Le seigle pousse serré ».

Ronde

Maxim Bogodvid / Sputnik Célébration de la Trinité au Tatarstan
Maxim Bogodvid / Sputnik

Les paysans croyaient que faire des rondes dans les champs à la Pentecôte donnait à la terre la force de faire pousser les plantes céréalières. Les enfants âgés de moins de 15-16 ans et les vieillards étaient habituellement exclus de ce rituel. Seuls de jeunes gens vigoureux l’exécutaient.

La façon de faire la ronde était différente d’une région à une autre. Dans celle de Voronej, par exemple, on dansait des heures durant, du déjeuner jusque dans la nuit, quand ce n’était pas toute la nuit, sur une seule et même chanson. 

Poupée en tissu pour se protéger des roussalki

Les femmes devaient avoir terminé leurs travaux de tissage avant la Pentecôte. Sinon, elles prenaient le risque de voir des roussalki (des jeunes filles qui s’étaient noyées et inspiraient depuis la terreur) se balancer au bout des fils des pièces de tissus laissées sur les métiers. Dans beaucoup de villages, on appelait la semaine suivant la fête de la Pentecôte la semaine des roussalki. On croyait que ces êtres aquatiques sortaient alors de l’eau et revenaient sur la terre ferme. Cette période était également celle qui marquait le passage du printemps à l’été. La tradition voulait que l’on confectionne une grande poupée en chiffons, qu’on lui mette des vêtements féminins et qu’on la porte à travers le village en dansant et en chantant. Cette roussalka en tissu passait la semaine au milieu des villageois.

Domaine public Piotr Soukhodolski. Le Jour de la Trinité, 1884
Domaine public

Pour s’attirer les bonnes grâces des revenantes qui s’étaient noyées, les paysans fabriquaient des balançoires avec des branches de bouleau. À la fin de la semaine, ils se séparaient de la roussalka en chiffons : il la laissait dans une forêt ou la brûlait.

Dans certaines régions, à la fin de cette même semaine, on sacrifiait dans le feu un épouvantail fait de paille de l’année précédente dans l’espoir de s’assurer de bonnes récoltes.

L’enterrement du coucou

Pendant la semaine suivant la Pentecôte, dans certaines régions, les jeunes filles s’adonnaient à des rituels de divination pour savoir laquelle d’entre elles se marierait en premier. Cette pratique portait le nom d’« enterrement du coucou ». Par enterrer, il faut comprendre ici cacher. Dans la région de Bielgorod, une semaine avant la Pentecôte, à l’abri du regard des garçons, les jeunes filles confectionnaient chacune un coucou avec des feuilles d’érable ou avec du jonc des chaisiers, qui pousse dans les zones marécageuses. Ou bien elles accrochaient plus simplement des rubans à un bâton. Elles cachaient ensuite leur coucou dans un arbre ou l’enfouissaient dans la terre.

Domaine public Divination des jeunes filles le jour de la Trinité, 1860
Domaine public

Durant la semaine suivant la Pentecôte, elles allaient chercher leur coucou, le posaient sur un petit radeau qu’elles poussaient sur l’eau en disant : « Vogue maintenant ! ». Elles pouvaient aussi le jeter à l’eau. Celle dont le coucou allait le plus loin se marierait en premier.

Dans la mythologie slave, le coucou est un animal dans lequel vit l’âme de ceux qui sont morts prématurément.

Décors en branches de bouleau

Le symbole le plus répandu de la Pentecôte est le bouleau. On lui consacrait des chansons, on l’appelait affectueusement « mon bon ami ». Dans la région de Moscou, les enfants allaient d’une maison à une autre en tenant des branches de bouleau qu’ils avaient décorées de rubans, de fleurs en papier, de coquilles d’œuf, de clochettes. Ils chantaient des chansons sur les boucles des bouleaux et recevaient quelques friandises en retour.

Domaine public L’arbre rituel de la fête de la Trinité
Domaine public

On décorait les maisons avec des branches de bouleau. En Oudmourtie, on en couvrait même la table du repas. On en plantait dans les cours, on en décorait les portails, on en glissait dans les interstices entre les rondins des constructions en bois. Dans la région de Briansk, lorsque menaçait l’orage, on brûlait des branches sèches de bouleau dans le poêle pour éloigner les éclairs.

Traditions orthodoxes

Aujourd’hui encore, les traditions orthodoxes n’ont pas effacé les traditions païennes slaves. Le jour de la Pentecôte, les prêtres revêtent des habits liturgiques de couleur verte, celle qui symbolise l’éternel renaissance de la vie. Les paroissiens apportent à l’office des bouquets de différentes herbes et des branches de bouleau. Après qu’elles ont été bénies par les prêtres, elles sont séchées et peuvent être utilisées comme remède durant toute l’année.

Alexandra Gouzeva L’église Notre-Dame-de-Kazan à Ivanovo le jour de la Trinité
Alexandra Gouzeva

Dans le bassin du Don, on ramassait de l’armoise, du thym et de la laîche. On faisait des couronnes avec des branches de peupliers, d’érable et de bouleau. À la Pentecôte, on baignait les enfants dans de l’eau dans laquelle on avait jeté ces plantes. Dans la région de Voronej, on préparait des décoctions aux vertus médicinales de bouquets de livèche, de menthe, de thym, de chanvre et d’épis de seigle.

Cet article est disponible dans sa version complète en russe sur le site de Культура.рф

Dans cette autre publication, découvrez cinq fêtes chrétiennes célébrées en Russie plus qu'ailleurs.