Ce cycliste soviétique a parcouru à lui seul tout le périmètre de l’URSS

Kira Lissitskaïa (Photo: Musée historique de Serov; Domaine public)
Kira Lissitskaïa (Photo: Musée historique de Serov; Domaine public)
L’on a immédiatement tenté de remettre en cause son exploit. A-t-il vraiment parcouru une distance aussi immense?

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Dans son sac à dos, il n’avait qu’un fusil, une boussole, un couteau de chasse et une lampe à pétrole. Huit heures « en selle » chaque jour, un repas et de l’eau deux fois par jour, des nuits à la belle étoile par tous les temps — pendant trois années consécutives. C’est ainsi que Gleb Travine décrivait son incroyable périple, au cours duquel il a fait le tour de l’URSS. À ce jour, personne n’a encore battu son record.

Musée historique de Serov Gleb Travine
Musée historique de Serov

Des rêves de grand voyage

En octobre 1928, ce cycliste de 26 ans quitta Vladivostok pour se diriger vers l’ouest. Il longea les frontières méridionales du pays et traversa le lac Baïkal. Après avoir parcouru l’Asie centrale, il franchit la mer Caspienne en ferry, puis traversa la Transcaucasie, avant de rejoindre l’Ukraine, puis de gagner Moscou.

En novembre de l’année suivante, il atteignit l’extrême Nord : Mourmansk, cette ville polaire. Ensuite, il parcourut toute la côte de l’océan Arctique : la majeure partie du trajet directement sur la surface gelée.

Musée-réserve de Pskov
Musée-réserve de Pskov

Travine avait imaginé cette aventure alors qu’il était encore adolescent. À l’époque, il avait été fasciné par l’exploit d’Onissim Pankratov, un militaire russe qui avait réalisé le premier tour du monde à vélo. Il avait ensuite rencontré le cycliste néerlandais Adolf de Groot, qui s’était rendu à Pskov, la ville natale de Travine, lors de son grand périple à vélo à travers l’Europe.

Le jeune homme avait également l’intention de faire le tour du monde, mais il était déjà impossible de quitter l’URSS à la fin des années 1920 : on lui avait refusé un visa de sortie. C’est alors qu’il décida de parcourir le périmètre de ce vaste pays.

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À la limite de la survie

Depuis son enfance, Travine s’intéressait aux « cours de survie » et faisait partie d’un club de chasseurs-pisteurs. Son père lui avait appris à trouver de quoi manger et où passer la nuit dans la forêt. Le jeune homme disposait donc des compétences nécessaires pour voyager en solitaire. Il s’était préparé à son aventure pendant près de cinq ans : il s’était longuement entraîné à vélo, avait étudié la géographie et la zoologie.

Musée-réserve de Pskov
Musée-réserve de Pskov

Cependant, il est impossible de tout prévoir — d’autant plus lorsqu’il s’agit de traverser l’Arctique. Pris dans une fissure entre deux banquises, Gleb est tombé à l’eau et s’en est sorti de justesse. Il s’est gelé les orteils à tel point qu’il a dû se les amputer lui-même pour ne pas mourir de la gangrène.

Les habitants de l’Arctique, les Nénètses, lui ont proposé des rennes et un traîneau pour qu’il rejoigne la civilisation, mais Travine a refusé. Quelque part dans la région du Kamtchatka, il a demandé à monter à bord du navire d’explorateurs polaires, qui l’ont transporté à travers les eaux libres.

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Réalité ou mythe

Musée historique de Serov
Musée historique de Serov

Le monde n’a pas suivi le voyage de Travine en temps réel. Les journaux n’en ont pas parlé. Les journalistes l’ont découvert par hasard grâce à ces mêmes explorateurs polaires : c’est le journaliste sibérien Vivian Itine qui a été le premier à écrire sur ce voyageur, mais ce n’est qu’en 1965 que l’histoire de ce périple à vélo a connu une véritable popularité. C’est alors qu’Alexandre Kharitanovski a écrit le livre L’Homme au renne de fer. Après la Seconde Guerre mondiale, il y avait justement une forte demande pour des récits de héros surmontant l’incroyable. Travine a même été comparé à Alexeï Maressiev, ce pilote qui, pendant la guerre, avait rampé pendant 18 jours dans la forêt avec les jambes cassées.

Cependant, très vite, de nombreux articles ont été publiés par des auteurs qui mettaient en doute le fait que Travine ait réellement effectué son périple.

Musée-réserve de Pskov
Musée-réserve de Pskov

Or, dans la ville natale du héros, au musée de Pskov, est conservée une « preuve irréfutable » : un registre où sont mentionnés, par des cachets postaux, tous les villages frontaliers qu’il a traversés (256 au total), ainsi que les dates exactes.

Musée-réserve de Pskov
Musée-réserve de Pskov

De plus, le musée conserve des effets personnels du héros, ainsi que des cahiers contenant ses notes quotidiennes. Et bien sûr, l’artefact principal : ce fameux vélo doté d’un guidon original fabriqué à partir du canon d’un fusil.

Musée-réserve de Pskov
Musée-réserve de Pskov

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