Dix dirigeants étrangers ayant voyagé en URSS
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Amanullah Khan, Afghanistan
À la fin de l’année 1927, le roi d’Afghanistan fut le premier dirigeant étranger à se rendre en Union soviétique. Une demeure lui fut spécialement aménagée sur le quai Sainte-Sophie à Moscou, et Joseph Staline invita Amanullah à un « déjeuner entre hommes » au Kremlin. Au cours de sa semaine passée dans la capitale, il eut le temps de visiter le mausolée de Lénine, le théâtre Bolchoï, la manufacture Trekhgornaïa et de faire un détour par la banlieue de Moscou pour visiter une usine d’armement.
À Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), le monarque afghan résida au Palais d’Hiver, dans les appartements d’Alexandre II. Toutefois, l’ancienne résidence impériale ne l’impressionna guère.
En Crimée, Amanullah se comporta en revanche comme un touriste ordinaire : il visita Bakhtchissaraï, prit lui-même le volant d’une voiture et discuta volontiers avec les habitants locaux. La Géorgie constitua la dernière étape de son voyage, où le roi se reposa sur la plage et se rendit dans une plantation de thé.
Jawaharlal Nehru, Inde
Accompagné de sa fille Indira, il passa 16 jours en URSS. Pendant cette période, ils parcoururent pratiquement tout le pays, se rendant à Moscou, Stalingrad, Yalta, Tbilissi, Tachkent, Leningrad, Sverdlovsk, Magnitogorsk et Samarcande. Dans l’Altaï, Nehru s’intéressa à la mise en valeur des terres vierges et reçut en cadeau un petit sac contenant des grains issus de la récolte locale. À Roustavi, il visita en outre l’usine métallurgique locale.
Gamal Abdel Nasser, Égypte
Le président égyptien s’est rendu sept fois en Union soviétique. En 1958, il est devenu le premier dirigeant d’un État arabe à y venir. Son intérêt ne s’est pas limité aux sites touristiques habituels de Moscou. Nasser est en effet allé au centre nucléaire de Doubna, près de Moscou, a fait un tour au cinéma Mir, inauguré peu avant et doté du plus grand écran du monde, puis a entrepris un voyage à travers les républiques soviétiques. Il a ainsi été accueilli à Soukhoumi, Tachkent, Sotchi, Zaporijia, Kiev, Leningrad et Stalingrad. Plus tard, le chef de l’État égyptien est revenu à plusieurs reprises, non plus pour des négociations, mais pour suivre des cures : dans un sanatorium à Barvikha et aux sources de radon de Tskhaltoubo, en Géorgie.
Harold Macmillan, Royaume-Uni
Au cours de l’hiver 1959, un homme coiffé d’un étrange couvre-chef en fourrure blanche – à mi-chemin entre un képi de hussard et une papakha – est descendu d’un avion qui venait d’atterrir à l’aérodrome de Vnoukovo. Il s’agissait du Premier ministre britannique Harold Macmillan. Les journalistes étrangers plaisantèrent en disant que le politicien britannique avait, à ce moment-là, l’air plus russe que les Russes eux-mêmes. Il passa dix jours dans le pays. Il se reposa à la datcha « Dalnaïa » de Staline à Semenovskoïé et, en compagnie de Khrouchtchev, se rendit dans un haras près de Moscou, où il fit une balade en troïka russe. Il alla ensuite à Leningrad, où il visita le chantier naval de l’Amirauté et assista aux élections au Soviet suprême, s’étonnant qu’il n’y ait qu’un seul candidat sur les bulletins de vote. Presque tous les soirs, l’on emmenait Macmillan au théâtre pour assister à un ballet. Dans ses journaux intimes, l’homme politique se plaignit d’un greffier trop zélé, à cause duquel il était contraint de passer des heures au théâtre, alors qu’il se serait rendu avec grand plaisir à un spectacle du cirque russe.
Fidel Castro, Cuba
Le dirigeant cubain ne s’attardait pas sur des détails : sa première visite en Union soviétique (il s’y est rendu dix fois au total) dura 40 jours ! Elle ne commença pas à Moscou, comme l’on aurait pu s’y attendre, mais à Mourmansk. C’est là qu’il chaussa des skis pour la première fois et goûta aux pelmenis au poisson. Puis il entreprit un périple à travers tout le pays. À Moscou, Castro prononça un discours depuis le mausolée de Lénine — jamais auparavant un dirigeant étranger n’avait reçu un tel honneur. Il alla chasser à Zavidovo, assista au ballet Le Lac des cygnes et s’entretint avec Maïa Plissetskaïa au théâtre Bolchoï, puis se reposa sur la côte du Caucase, au bord de la mer Noire. Le dirigeant cubain se rendit également au kourgane Mamaïev à Volgograd (l’ancienne Stalingrad), reçut en cadeau un ourson au lac Baïkal et visita une base de sous-marins à Severodvinsk : il est le seul dirigeant étranger à avoir vu une base de missiles balistiques intercontinentaux soviétiques. Castro s’efforçait d’éviter toute manifestation officielle, préférant de loin discuter avec les gens ordinaires. Dans la capitale, il décida de se promener le soir sans escorte et attira une foule entière autour de lui, tandis qu’à Bratsk, il offrit des cigares aux ouvriers.
Charles de Gaulle, France
Le président français n’avait jamais effectué de voyage aussi long : il passa 11 jours en URSS. De Gaulle arriva à Moscou le 20 juin 1966 : la presse occidentale plaisanta maladroitement en disant que le drapeau tricolore français flottait à nouveau au-dessus du Kremlin — pour la première fois depuis l’incendie de 1812. Les citoyens soviétiques, quant à eux, étaient enchantés : outre les visites incontournables au théâtre Bolchoï et à l’Université d’État de Moscou, le président s’adressa aux Moscovites depuis le balcon du Conseil municipal. Il conclut son discours par quelques phrases en russe.
Depuis la capitale, il se rendit à Novossibirsk, où il séjourna dans une maison en bois au bord de l’Ob et fut le premier dirigeant étranger à visiter la cité scientifique d’Akademgorodok.
Au cosmodrome de Baïkonour, il assista à des lancements de fusées ; à Leningrad, il se promena dans les salles de l’Ermitage ; et à Volgograd, il admira la ville reconstruite — il l’avait vue en ruines en 1944, alors qu’il se rendait de Bakou à Moscou.
Urho Kekkonen, Finlande
Le président se rendit à plusieurs reprises en Union soviétique et appréciait avant tout les joies simples : le bania (sauna russe), la chasse, les conversations tranquilles. Kekkonen noua des liens d’amitié avec Andreï Kossyguine, alors président du Conseil des ministres de l’URSS. Ensemble, ils se rendirent au lac Baïkal et, durant l’été 1969, entreprirent une randonnée à travers la chaîne du Caucase. Les deux hommes d’État parcoururent ensemble deux cents kilomètres : ils gravirent le col de Kloukhor et redescendirent vers la côte de la mer Noire. Il faut noter que ces deux randonneurs de haut rang n’étaient plus tout jeunes : le président finlandais venait d’avoir 69 ans, et le président du Conseil des ministres, 65.
Willy Brandt, RFA
Le chancelier se rendit pour la première fois dans la capitale soviétique en 1970, à l’occasion de la signature du Traité de Moscou, qui reconnaissait l’inviolabilité des nouvelles frontières des pays européens. Lorsque Brandt revint un an plus tard, Leonid Brejnev proposa de déplacer leur rencontre à sa datcha gouvernementale d’Oreanda, en Crimée. Le chancelier, bien qu’il ne fût pas préparé à des négociations dans une « ambiance de plage », accepta. Ils passèrent les deux jours suivants à discuter, à faire des promenades en mer et à se baigner dans la piscine. Or, l’invité allemand n’avait pas emporté de maillot de bain, et Brejnev lui proposa d’utiliser le sien.
Pierre Elliott Trudeau, Canada
Le Premier ministre canadien se rendit à Norilsk, dans le Grand Nord sibérien, en 1971 : il s’intéressait aux villes construites sur le pergélisol. Et, bien que la ville fût fermée au public (une autorisation spéciale était nécessaire, même pour les citoyens soviétiques n’y habitant pas), une exception fut faite pour cet invité étranger. Le printemps s’avéra rigoureux : à la mi-mai, il y avait encore de la neige dans les rues et le thermomètre affichait -15°. Pour les Canadiens, qui s’étaient auparavant rendus dans les villes chaudes de Samarcande et de Tachkent, ces caprices de la météo étaient particulièrement perceptibles. Presque tous les habitants de la ville vinrent accueillir la délégation étrangère. Trudeau et ses collègues visitèrent des immeubles construits sur pilotis, ainsi que le palais des sports sur glace, où ils regardèrent des enfants jouer au hockey. En 1984, alors qu’il avait déjà quitté ses fonctions, Trudeau effectua un voyage sur le tracé de la Route de la Soie et se rendit, accompagné de son fils Justin, en Arménie et en Géorgie soviétiques.
Richard Nixon, États-Unis
En 1959, alors qu’il occupait le poste de vice-président, il passa trois jours à Sverdlovsk (aujourd’hui Ekaterinbourg) : il visita l’usine Ouralmach et l’usine de tubes de Pervouralsk. En chemin, on lui fit découvrir le monument Europe-Asie, devant lequel il but du champagne et porta un toast en russe : « À la paix dans le monde entier ». À Degtiarsk, l’homme politique descendit dans une mine de cuivre, en plaisantant sur le fait que, vêtu de sa tenue de mineur, il ressemblait à un Martien.
En 1974, le président Nixon se rendit en Crimée. À Oreanda, ses échanges avec Leonid Brejnev se déroulèrent dans une ambiance informelle et ressemblaient davantage à des vacances entre deux amis. La salle officielle de négociation céda la place à une grotte au bord de la mer, et le banquet solennel à un déjeuner sur un bateau de plaisance. Pendant que les hommes discutaient du sort des deux superpuissances, Patricia, l’épouse de Nixon, découvrit le palais de Livadia et le « Nid d’hirondelle ».
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