Pourquoi cette princesse russe devenue sainte a-t-elle été décanonisée?
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La princesse devenue schinonne
Illustration de l'hagiographie d'Anne de Kachine
Annе était la fille du prince de Rostov Dmitri Borissovitch. En 1294, elle épousa le prince de Tver, Mikhaïl Iaroslavitch. En 1318, lors d’un voyage au sein de la Horde d’or, celui-ci fut accusé du meurtre de Kontchaka, la sœur du khan Ouzbek, et exécuté. Quelques années plus tard, la Horde s’en prit également à ses deux fils — Dmitri « Aux yeux terribles » et Alexandre de Tver — ainsi qu’à son petit-fils Fiodor Alexandrovitch.
La princesse pieuse accepta toutes les épreuves de la vie avec humilité et décida d’entrer au couvent des jeunes filles Saint-Anathase de Tver. Elle consacrait son temps aux prières et veillées nocturnes. Elle passa la dernière année de sa vie dans la ville de Kachine, où régnait son plus jeune fils, Vassili. La schinonne (moniale orthodoxe ayant prononcé les vœux du grand schima, degré monastique le plus élevé et le plus strict de l'ascèse dans l'Église orthodoxe) fut inhumée sous l’église-cathédrale de l’Assomption de la Mère de Dieu.
L’on oublia la princesse pendant de longues années, jusqu’à ce qu’en 1611, le sacristain de la cathédrale de l’Assomption de Kachine, alors malade, reçoive la visite en rêve d’une femme qui se présenta sous le nom d’Anne et lui promit de le guérir. D’un ton reprocheur, elle lui fit remarquer que personne ne se souvenait d’elle et qu’on la piétinait, alors qu’elle protégeait les gens du malheur. Elle ordonna de ne pas déposer de chapeaux sur son cercueil et d’allumer une bougie au-dessus de celui-ci, devant l’icône du Mandylion. Avec étonnement, le sacristain guéri comprit que Kachine était bel et bien protégée par certaines forces célestes : à plusieurs reprises, les Polonais et les Lituaniens avaient tenté de s’emparer de la ville, en vain, tandis que les incendies qui se déclaraient s’éteignaient sans causer de grands dégâts.
Le tombeau d’Anne de Kachine fut alors remis en état et les fidèles affluèrent vers lui. En 1649, sur ordre du tsar Michel Ier, des ecclésiastiques examinèrent les récits des miracles qui s’étaient produits près de ses reliques, ainsi que les restes incorruptibles de la princesse. Peu après, ils furent transférés à l’église-cathédrale de la Résurrection : le voile recouvrant son tombeau fut brodé par la tsarine Maria Miloslavskaïa (femme du fils de Michel Ier, le tsar Alexis Ier) et ses filles. Anne de Kachine fut ensuite canonisée.
Retirée de la liste des saints
Moins de trente ans plus tard, une nouvelle commission se rendit à Kachine pour interroger à nouveau les témoins des miracles et examiner les reliques. Cette visite s’expliquait par l’opposition entre les partisans de la réforme ecclésiastique de 1656 et les vieux-croyants, qui la refusaient et vivaient donc selon les anciens préceptes. Les documents indiquaient que la main de la sainte était jointe dans un geste de prière à deux doigts. Les partisans des anciennes traditions ecclésiastiques considéraient les reliques d’Anne de Kachine comme la preuve de leur bon droit, car elles étaient exposées au public et chacun pouvait s’en convaincre.
Néanmoins, la nouvelle commission affirmait que les doigts de la sainte n’étaient pas croisés selon le signe des deux doigts, mais qu’ils reposaient à plat et ne bénissaient personne. En revanche, les ecclésiastiques ont relevé des divergences importantes dans la vie d’Anne et les chroniques la concernant.
Le culte de la sainte fut par conséquent interdit et son nom rayé du calendrier des saints : sa vie et les récits de ses miracles furent jugés non authentiques, le cercueil contenant ses reliques fut scellé et l’église construite en l’honneur d’Anne de Kachine fermée. Cependant, les habitants de Kachine ne renoncèrent pas à leur patronne et déposèrent à plusieurs reprises des requêtes pour qu’elle soit réintégrée au rang des saints. Cela ne se produisit que sous Nicolas II, en 1909.
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