Cinq enfants illégitimes restés célèbres dans l’histoire russe

Kira Lissitskaïa (Photo : Musée de l’Ermitage; Galerie Tretiakov; Musée national Taras Chevtchenko; Musée Russe; Legion Media)
Kira Lissitskaïa (Photo : Musée de l’Ermitage; Galerie Tretiakov; Musée national Taras Chevtchenko; Musée Russe; Legion Media)
Dans la Russie des XVIIIe et XIXe siècles, être l’enfant naturel d’un noble pouvait libérer des conventions. Certains d’entre eux surent mettre à profit cette situation.

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S’ils offraient l’éducation et une certaine position dans la haute société à leurs enfants naturels, les nobles ne leur donnaient pas toujours leur nom de famille. C’était une façon de leur assurer un avenir sans priver de leur héritage leurs enfants nés dans les liens du mariage. Certains enfants naturels de nobles russes firent plus qu’occuper la place que leurs pères leur avaient réservée.

Musée de l'Ermitage
Musée de l'Ermitage

1. Ivan Betskoï (1704-1795), secrétaire personnel de Catherine II

Ce fils naturel du prince Ivan Troubetskoï, d’où son nom de Betskoï, naquit à Stockholm, fit ses études à l’école des cadets de Copenhague, voyagea longtemps en Europe occidentale où il fut initié aux idées des Lumières. Il fut l’un des plus importants hommes d’État du XVIIIe siècle. En tant que principal conseiller de l’impératrice pour les questions d’éducation, Ivan Betskoï élabora et mit en œuvre une réforme pédagogique ambitieuse dont l’objectif était de former « une nouvelle race d’hommes » quelle que soit leur appartenance sociale. En tant que secrétaire particulier de Catherine II, il fut à l’origine du projet de création de l’Institut des Jeunes Filles Nobles de Smolny et d’orphelinats à Saint-Pétersbourg et Moscou. Il fut également président de l’Académie des Beaux-Arts.

Musée Russe
Musée Russe

2. Andreï Voronikhine (1759-1814), architecte

Andreï Voronikhine était peintre et architecte. Il fut l’un des fondateurs du style empire russe. Il naquit dans la famille de serfs du comte Alexandre Stroganov qui, selon une des versions, aurait été son père biologique. Ayant remarqué son talent pour le dessin, il l’affranchit et l’envoya étudier l’architecture d’abord à Moscou auprès de Vassili Bajenov et Matveï Kazakov, puis en Europe occidentale.En 1800, Andreï Voronikhine obtint le titre d’architecte et, deux ans plus tard, fut nommé professeur à l’Académie Impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Dans la capitale, il dirigea la construction de la cathédrale de Kazan et de l’Institut des Mines. Il participa à la création des ensembles architecturaux de Pavlovsk, Peterhof et Strelna.

Galerie Tretiakov
Galerie Tretiakov

3. Oreste Kiprenski (1782-1836), peintre

Ce peintre illustre reste l’un des meilleurs portraitistes de l’histoire de l’art russe. Il était le fils naturel d’Alexeï Diakonov et de l’une de ses serves. Il étudia à l’Académie Impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg auprès de Grigori Ougrioumov et Dmitri Levitski. Avec le portrait de son beau-père Adam Schalbe peint en 1804, Oreste Kiprenski posa les principes du genre du portrait d’intérieur romantique. Ses portraits du prince Gueorgui von Oldenburg et du colonel Evgraf Daydov, entre autres, lui valurent d’être fait académicien de l’Académie Impériale des Beaux-Arts en 1812.

Oreste Kiprenski est également l’auteur d’un portrait célèbre d’Alexandre Pouchkine que le poète trouvait « avantageux ». En 1816, il quitta la Russie pour l’Italie où il vécut de longues années. Il mourut à Rome en 1836.

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Musée national Taras Chevtchenko
Musée national Taras Chevtchenko

4. Vassili Joukovski (1783-1852), poète

Vassili Joukovski a laissé son nom dans l’histoire russe comme poète, traducteur, père du courant romantique dans la littérature russe et précepteur de l’héritier du trône impérial, le futur tsar Alexandre II. Il était le fils naturel d’Afanassi Bounine, qui possédait des terres, entre autres, dans le gouvernement de Toula et de Saliha, une serve d’origine turque. Il portait le nom reçu de son parrain. Il fit ses études à la pension pour enfants de la noblesse de l’Université de Moscou et composa les premières ballades romantiques russes : Lioudmila (1808), Svetlana (1813), La Harpe d’Éole (1814). Vassili Joukovski était un remarquable traducteur. Grâce à lui, les lecteurs russes découvrirent Homère (L’Odyssée), Johann W. von Goethe, Friedrich Schiller, Lord Byron et d’autres auteurs européens. En 1815, il entra au service de la cour où il fut lecteur auprès de l’impératrice douairière Maria Fiodorovna puis professeur de russe de la grande-princesse Alexandra Fiodorovna. À partir de 1825, il fut le précepteur de l’héritier impérial, le futur tsar réformateur Alexandre II, sur qui il exerça une immense influence.

Galerie Tretiakov
Galerie Tretiakov

5. Alexandre Herzen (1812-1870), écrivain et philosophe

Écrivain, essayiste, philosophe, Alexandre Herzen fut l’un des fondateurs du mouvement socialiste russe et un partisan acharné de la presse libre. Il était le fils naturel du propriétaire terrien Ivan Iakovlev et d’une de ses servantes allemandes, Henriette Haag. Le nom de Herzen est formé sur le mot allemand Herz / cœur. Jeune diplômé de la section de mathématique et de physique de l’Université de Moscou, il fut arrêté pour ses opinions politiques en 1834 puis condamné à plusieurs années de relégation à Perm’ puis à Viatka (aujourd’hui, Kirov). Il s’établit ensuite à Saint-Pétersbourg où il rédigea ses œuvres littéraires les plus connues, toutes publiées en 1846 : le roman Qui est Coupable ? et les nouvelles Le Docteur Kroupov et La Pie Voleuse. En 1847, il émigra et s’installa à Londres. Il y ouvrit l’Imprimerie Russe Libre en 1853 où il tirait l’almanach L’Étoile Polaire et La Cloche, le premier journal en langue russe non censuré qui était lu clandestinement en Russie. L’un de ses textes les plus célèbres reste son épopée autobiographique Passé et Pensées.

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