Cinq choses à savoir sur les uniformes militaires soviétiques

Boris Ignatovitch, Varvara Stepanova/MAMM/MDF
Boris Ignatovitch, Varvara Stepanova/MAMM/MDF
Les premiers soldats soviétiques combattaient vêtus de vareuses américaines et protégés par des «casques de preux». Soldats et officiers de l’armée Rouge ne portèrent pas d’épaulettes jusqu’en 1943. Les uniformes les plus pratiques furent dessinés et fabriqués quelques années seulement avant l’effondrement de l’URSS.

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Le tout-venant des premières années

Iakov Chteïnberg/Archives centrales d'État des documents cinématographiques et photographiques de Saint-Pétersbourg
Iakov Chteïnberg/Archives centrales d'État des documents cinématographiques et photographiques de Saint-Pétersbourg

L’Armée rouge fut créée en 1918 et s’engagea sans attendre dans la Guerre Civile. Son commandement n’eut alors ni le temps, ni la possibilité de s’occuper des uniformes.

Ses soldats combattaient dans des uniformes de l’armée impériale russe et des vêtements civils sur lesquels ils cousaient des signes distinctifs indiquant leur appartenance à l’armée Rouge. Ils portaient même des vareuses américaines et britanniques.

Ce ne fut qu’en 1922, après la fin de la Guerre Civile, que la question des uniformes fut résolue : porter d’autres pièces que les réglementaires fut interdit.

Le « casque des preux », symbole de l’armée Rouge

Piotr Otsoup/MAMM/MDF
Piotr Otsoup/MAMM/MDF

Ce couvre-chef à la forme bombée est inspiré des casques de la Russie médiévale. Il fut créé pendant la Première Guerre mondiale. On pensait que les soldats russes défileraient coiffés de ce chapeau dans les rues d’Istanbul après la victoire sur l’Empire ottoman.

Après la Révolution d’Octobre, l’armée Rouge hérita de ces богатырки / bogatyrki. On les appelait aussi фрунзевки / frounzevki et будёновки / boudionovki parce que les premiers soldats à les avoir portées étaient ceux des armées commandées par Mikhaïl Frounzé et Semion Boudiony.

Le « casque des preux » devint le symbole de l’armée Rouge. Mais, les soldats ne l’aimaient pas. Celui qu’ils portaient l’été leur glissait sur les yeux. En 1924, il fut remplacé par une casquette à visière.

La bogartyrka d’hiver fut portée jusqu’à la Guerre d’Hiver de 1939-1940 contre la Finlande. Elle se révéla incapable de protéger les soldats du froid et fut remplacée par le chapeau ушанка / ouchanka. La bogartyrka resta en usage dans certaines unités de l’arrière et dans certaines écoles militaires jusqu’en 1945.

Absence d’épaulettes jusqu’en 1943

Archives de Leonid Makarov
Archives de Leonid Makarov

Dans les premières années qui suivirent l’arrivée au pouvoir des Bolchéviques, le mot офицер / officier était associé avec le régime tsariste honni et le mouvement contre-révolutionnnaire blanc. Dans les armées rouges, il avait été remplacé par le mot командир / commandant.

Les officiers étaient méprisamment appelés золотопогонники / épaulettes dorées. C’est pourquoi il fut décidé de renoncer au port des épaulettes. Les signes distinctifs de chacun des rangs étaient épinglés sur des pattes de col.

Dans les années 1930, on établit progressivement un lien de filiation entre l’armée Rouge et l’armée impériale, qui avait écrit de nombreuses pages glorieuses de l’histoire de la Russie. Avant le début de la Grande Guerre patriotique, un grand nombre de noms de rangs avaient été repris, dont celui de général, un temps détesté. En 1943, les épaulettes remplacèrent les collets.

« De nombreux commandants disaient que les pattes de col permettaient difficilement de faire la différence entre un soldat du rang et un sergent, entre un sergent et un officier. L’introduction des épaulettes permit immédiatement de reconnaître les commandants, de les rendre visibles dans la masse », se souvenait le général Andreï Khrouliov.

Le choix difficile de la couleur des bérets des parachutistes

Lev Polikachine / Sputnik
Lev Polikachine / Sputnik

Les soldats des troupes aéroportées commencèrent à porter des bérets dans les années 1960. Les autorités militaires hésitèrent longtemps au sujet de leur couleur. On envisagea le vert, le bleu marine et même l’orange.

On choisit finalement la couleur framboise, celle des bérets des parachutistes des pays occidentaux. En 1967, les parachutistes défilèrent sur la place Rouge coiffés de bérets framboise.

À la demande de ses hommes, Vassili Marguénov, le commandant des forces aéroportées, accepta que la couleur framboise soit remplacée par un bleu ciel. Non seulement cette couleur était plus en rapport avec leur arme, mais elle était déjà présente sur leurs maillots de corps. Depuis 1969, les parachutistes portent des bérets bleu ciel.

Le confort des uniformes de la fin de l’ère soviétique

Sputnik
Sputnik

En 1979, lorsque les armées soviétiques entrèrent en Afghanistan, leurs soldats comprirent à quel point leurs uniformes étaient peu pratiques : ils n’étaient absolument pas adaptés à la chaleur, les serraient lors des combats, n’avaient pas assez de poches. Le frottement des bottes en faux cuir (кирза), que portaient les soldats du rang, les blessait.

Les uniformes évoluèrent une nouvelle fois en 1984. Comme ils ressemblaient beaucoup à ceux des armées des pays du Pacte de Varsovie, on les surnomma варшавки / varsoviens. On leur donna aussi le nom, plus répandu, d’афганка / afghan.

Ces nouveaux uniformes étaient plus amples que les précédents. Ils avaient plus de poches et elles étaient mieux placées. Les pantalons avaient un cordon de serrage au niveau de la taille. Les boutons en plastique protégés par une patte de boutonnage ne s’ouvraient pas lorsque les soldats grimpaient sur les rochers. Le coton du tissu, existant en trois couleurs, était léger, absorbait la transpiration de façon satisfaisante et permettait de supporter des chaleurs de 40°C.

Ces nouveaux uniformes furent d’abord réservés aux contingents servant en Afghanistan. Les soldats de toutes les armes les reçurent ensuite à partir de 1988. Ils restèrent en usage jusqu’à la fin des années 2000.

Dans cette autre publication, découvrez dix faits méconnus concernant l'Armée rouge.