Sept choses à savoir sur l’impératrice Anna Ivanovna
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Mariée quelques mois seulement
Pierre Ier choisit pour sa nièce Anna (l’une des filles de son frère consanguin Ivan V [1666-1696]), alors âgée de 17 ans, Frédéric III Guillaume Kettler, duc de Courlande. Le mariage fut célébré en novembre 1710. Durant la cérémonie religieuse, l’empereur tint lui-même la couronne au-dessus de la tête de la jeune femme. Cette union fut de courte durée. En janvier 1711, à une cinquantaine de kilomètres à peine de Saint-Pétersbourg, sur la route qui conduisait le jeune couple en Courlande, Frédéric III mourut d’avoir abusé de boissons alcoolisées. Pierre le Grand ordonna à sa nièce de s’installer sur les terres dont elle était devenue la duchesse. Elle y resta jusqu’en 1730.
Aurait pu prendre la tête d’une Russie devenue monarchie constitutionnelle
En janvier 1730, l’empereur Pierre II mourut après avoir passé trois ans à peine sur le trône de Russie. Il était le fils d’Alexis, lui-même fils aîné de Pierre Ier, et le dernier descendant en ligne agnatique directe de la dynastie des Romanov. Le conseil privé (Верховный тайный совет), qui exerçait de fait le pouvoir, proposa le trône à Anna. Il décida également de limiter son pouvoir. Sans l’avis du conseil, elle n’aurait, entre autres, pas le droit : de déclarer de guerres et d’y mettre fin ; de distribuer les plus hautes fonctions à la cour, dans l’administration de l’Empire et dans l’armée ; de dépenser l’argent du Trésor ; de créer de nouveaux impôts ; de se remarier ; de désigner son héritier. Ces dispositions furent couchées sur le papier dans un document connu comme Les Conditions (Кондиции) qu’Anna Ivanovna devait parapher avant son couronnement.
À son arrivée à Moscou, soutenue par la Garde, l’élite de l’armée russe essentiellement composée de nobles, Anna Ivanovna déchira Les Conditions. Plus tard, elle supprima le conseil privé et en fit condamner les membres.
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Refit de Saint-Pétersbourg la capitale de l’Empire
Après son couronnement à Moscou en mai 1727, Pierre II n’était pas rentré à Saint-Pétersbourg. Lui et sa cour étaient demeurés à Moscou jusqu’à sa mort. Moscou était, de fait, redevenue la capitale du pays. Dès qu’elle fut montée sur le trône, Anna Ivanovna ordonna que toutes dispositions soient prises pour le retour de la cour dans la ville sur la Neva. Elle y entra triomphalement en janvier 1732.
Se complaisait dans le luxe
Sous le règne d’Anna Ivanovna, la cour vécut dans un luxe exubérant. La cérémonie de son couronnement le 28 avril (9 mai selon le nouveau style) 1730 avait donné le ton. Sa robe était en brocart de soie de Lyon. Sa couronne, réalisée par des joailliers russes, était rehaussée de 2 500 diamants et d’un rubis spinelle.
L’impératrice avait une faiblesse pour les objets précieux. Lorsqu’elle prenait sa collation du matin, elle pouvait longuement admirer et passer en revue ses trésors. Il lui arrivait de se rendre dans les ateliers de joailliers pour les voir travailler. L’une de ses acquisitions les plus connues reste un nécessaire de toilette. 40 kilogrammes d’or avaient été nécessaires à des orfèvres d’Augsbourg pour en fabriquer les 46 pièces : flacons, coffrets, plateau, théières, cafetières, etc.
À la cour d’Anna Ivanovna, la mode féminine comme masculine était aux couleurs criardes. Il était impensable de porter deux fois le même habit. De l’aveu du poète Antioche Cantemir, les caftans des courtisans coûtaient des fortunes, le prix d’« un village entier ». D’autres contemporains rapportaient que l’impératrice était : « généreuse jusqu’à la prodigalité, aim[ait] le faste jusqu’à l’excès. C’est pourquoi sa cour dépasse en magnificence les cours européennes ».
Passionnée de chasse
L’impératrice avait toujours sous la main... deux fusils chargés. Elle adorait la chasse, était d’une habileté exceptionnelle dans le maniement de cette arme et, par ennui, pouvait tirer les oiseaux qu’elle voyait passer devant les fenêtres de ses appartements. Pour ne pas perdre la main l’hiver, elle s’entraînait dans son palais : à la lumière de bougies, elle tirait sur un tableau noir sur lequel était dessinée une cible.
Développa l’enseignement et les sciences
Sous le règne d’Anna Ivanovna furent fondés le Premier Corps des cadets de Saint-Pétersbourg (Сухопутный шляхетный кадетский корпус), établissement d’enseignement militaire réservé à la noblesse, une école de formation des fonctionnaires et un séminaire rattaché à l’Académie des Sciences. En 1733 fut créée la police pour veiller à l’ordre dans les grandes villes de l’Empire.
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L’impératrice nourrissait un vif intérêt pour l’histoire et les traditions russes. Sous son règne, la Grande expédition du Nord (Великая Северная экспедиция) explora le littoral arctique de la Sibérie et chercha une voie maritime vers le Japon et l’Amérique. Anna Ivanovna chargea l’Académie des Sciences d’étudier les peuples de Russie, leurs caractéristiques ethniques et leurs us et coutumes, ainsi que de procéder à un recensement de la population de l’Empire.
Cruelle et rancunière
Anna Ivanovna n’oubliait pas facilement les affronts qu’on lui avait fait subir. Par exemple, elle relégua hors de la capitale ou fit mettre à mort les Golitsyne et Dolgorouki qui avaient tenu une place de choix dans le conseil privé. Craignant d’être renversée, elle fonda une chancellerie secrète chargée de surveiller ses sujets. Durant les 10 ans que dura son règne, près de 20 000 personnes furent envoyées en Sibérie et 1 000 exécutées.
Les courtisans n’étaient pas à l’abri de ses sautes d’humeur. Par exemple, elle gifla le poète Trediakovski après qu’il lui eut lu l’une de ses compositions agenouillé devant elle. Plusieurs de ses dames de compagnie furent envoyées travailler comme blanchisseuses parce qu’elles avaient eu la mauvaise idée de se plaindre de devoir chanter très longtemps en attendant que l’impératrice ne s’endorme.
Valeri Jakobi. Palais de glace, 1878
En 1732, Anna Ivanovna apprit que le prince Mikhaïl Golitsyne, qui venait de passer quelques années à l’étranger, s’était converti au catholicisme et avait épousé une étrangère qu’il cachait désormais dans le faubourg allemand de Moscou. Elle le convoqua à Saint-Pétersbourg et en fit l’un de ses bouffons. Huit ans plus tard, l’impératrice fit construire une maison de glace sur la Neva gelée. Elle força Mikhaïl Golitsyne à épouser la jeune Avdotia Boujéninova, un autre de ses bouffons, puis les installa dans cette maison de glace. Elle voulait ainsi humilier le prince une fois encore et le châtier.
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