Cinq choses à savoir sur la mort d’Alexandre Pouchkine

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Le 10 février 1837 (29 janvier selon l’ancien style), Alexandre Pouchkine rendait l’âme. Deux jours plus tôt, il avait été blessé en duel par Georges d’Anthès, un officier français au service de l’armée impériale russe.

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En 1834-1835, Georges d’Anthès avait commencé à courtiser ouvertement Natalia, la femme d’Alexandre Pouchkine. Cela n’avait pas manqué de faire jaser à la cour et dans les milieux aristocratiques. Le conflit entre les deux hommes atteignit son paroxysme en janvier 1837 et s'acheva par un duel au cours duquel le poète fut mortellement blessé.

1. Pouchkine, duelliste invétéré

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Alexandre Pouchkine avait un caractère irascible et querelleur qui le mit à de nombreuses reprises dans des situations qui, selon le code d’honneur de son époque, ne pouvaient être réglées que par le duel. Les spécialistes de la vie du poète dénombrèrent plus de vingt combats singuliers auxquels il participa. Il était prêt à se battre au pistolet avec ses proches amis à cause d’un mot cinglant (ce fut le cas avec Wilhelm Ludwig von Küchelbecker, l’un de ses condisciples du lycée de Tsarskoïé Selo) ou avec un parent (comme ce fut le cas avec son oncle Pavel Hannibal) à cause d’une partenaire de danse. Grâce à l’entremise d’amis ou des témoins, ces conflits s’achevaient par une réconciliation avant le duel. S’il avait toutefois lieu, Alexandre Pouchkine tirait en l’air ou refusait de tirer. Jusqu’à celui qui lui coûta la vie, il n’avait tué, ni même sérieusement blessé personne.

2. Mortellement blessé par un parent

Fine Art Images/Heritage Images / Getty Images
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Au moment du duel qui les opposa, Alexandre Pouchkine et Georges d’Anthès étaient beaux-frères depuis moins de trois semaines. L’officier français avait épousé Ekaterina Gontcharova, la sœur aînée de la femme du poète en janvier de la même année.

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Georges d’Anthès était le fils adoptif du diplomate néerlandais Louis-Jacob van Heeckeren (dans le grand monde, des bruits couraient selon lesquels ils étaient amants). En février 1834, alors à peine âgé de vingt-deux ans, il fut incorporé dans le régiment des chevaliers-gardes de l’armée impériale russe. Ce jeune Français au physique agréable ne tarda pas à avoir du succès auprès des femmes. Il n’hésitait pas à révéler à qui voulait bien les entendre les noms de ses conquêtes.

En novembre 1836, Alexandre Pouchkine reçut une pasquinade qui lui décernait un « diplôme de cocu ». Alexandre Pouchkine attribua cette lettre d’insulte anonyme à Louis-Jacob van Heeckeren et, par son intermédiaire, jeta le gant à son fils adoptif. Georges d’Anthès demanda alors la main d’Ekaterina Gontcharova, obligeant ainsi Alexandre Pouchkine à renoncer au duel. Même après son mariage, Georges d’Anthès continua de poursuivre sa désormais belle-sœur de ses assiduités. Ce qui provoqua le duel à la rivière Noire au cours duquel le poète fut grièvement blessé. Après la mort d’Alexandre Pouchkine au sujet de laquelle fut menée une enquête, Georges d’Anthès fut privé de ses titres et rang et expulsé de Russie. Sa femme Ekaterina lui donna trois filles et un fils.

3. Constat de décès établi par Vladimir Dal

Fine Art Images/Heritage Images / Getty Images
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L’auteur du célèbre Dictionnaire raisonné de la langue vivante grand-russienne, Vladimir Dahl était chirurgien militaire. Il avait fait la connaissance d’Alexandre Pouchkine en 1832 et les deux hommes étaient devenus amis. Vladimir Dahl se trouvait à Saint-Pétersbourg en janvier 1837 et fut l’un des médecins présents au chevet du poète mourant. Il resta contamment auprès de lui pendant les deux jours que dura son agonie. Il prit des notes précieuses sur ses dernières heures. À la demande de Natalia Pouchkine, ce fut lui qui réalisa le masque mortuaire de son ami et le vêtit pour son dernier voyage.

4. Instructions laissées à sa veuve

Musée Pouchkine
Musée Pouchkine

Alors qu’il agonisait, Alexandre Pouchkine aurait demandé à sa femme de se retirer à la campagne, de porter son deuil deux-trois ans puis de se remarier à un « homme honnête ». Natalia Pouchkinе respecta les volontés de son défunt mari. Elle s’établit avec leurs quatre enfants dans sa propriété familiale de Polotniany Zavod, dans le gouvernement de Kalouga. Après sept ans de deuil, elle épousa le général Piotr Lanskoï qui, à en croire les témoignages de contemporains, était l’homme bon et honnête qu’Alexandre Pouchkine avait espéré pour sa veuve.

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5. Dettes épongées par Nicolas Ier

Ermitage
Ermitage

À la demande des amis d’Alexandre Pouchkine (en premier lieu du poète Vassili Joukovski), Nicolas Ier prit des dispositions pour que sa veuve et ses enfants ne soient pas dans le besoin. Par une note du 12 février 1837, l’empereur prit les dispositions suivantes :

  • régler les dettes du poète (la somme considérable d’environ 140 000 roubles)
  • racheter l’hypothèque qui pesait sur la propriété du père d’Alexandre Pouchkine
  • verser à sa veuve une pension annuelle de 5 000 roubles jusqu’à son remariage et de 1 500 roubles à chacune de leurs deux filles jusqu’à leur mariage
  • incorporer leurs deux fils dans le corps des pages et prendre en charge leur éducation
  • éditer les œuvres du poète au compte du Trésor et au profit de sa veuve et de leurs enfants
  • leur verser une première somme de 10 000 roubles

La générosité du tsar sauva la famille d’Alexandre Pouchkine de la catastrophe financière.

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