Pourquoi le film Mayday fera rire les Russes aux larmes

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Si vous avez l’impression d’avoir lancé par erreur Top Gun avec Tom Cruise, vous ne vous trompez pas. Dans ce film mettant en scène un pilote américain et un ancien agent du KGB, les références à ce dernier seront aussi nombreuses que les épices dans un poulet de chez KFC.

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Un agent à l’ancienne

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La plupart des films hollywoodiens sur l’Union soviétique ont un point commun : une profusion de clichés. Des gens renfrognés et des immeubles de quatre étages mal entretenus, de la neige éternelle, une grisaille omniprésente et les incontournables vues sur la place Rouge et la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux. Avec un peu de chance, tout cela est agrémenté de jolies jeunes filles russes. Les cartes en ligne permettent d’observer en détail les rues de n’importe quelle ville russe, mais l’image d’un pays où vivent des sauvages côtoyant des ours refait régulièrement surface à l’écran. Dans ce contexte, Mayday de John Francis Daley et Jonathan Goldstein se distingue agréablement des autres films sur la Russie. Bien sûr, l’on y retrouve aussi quelques stéréotypes, mais il faut reconnaître que les auteurs se sont efforcés de créer une image crédible.

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Selon l’intrigue, le lieutenant de l’armée de l’air américaine Troy Kelly (Ryan Reynolds) doit photographier des rampes de lancement souterraines soviétiques : il lui suffit pour cela de s’enfoncer de 900 km à l’intérieur de l’URSS à bord d’un avion de reconnaissance Blackbird, puis de revenir. Or, l’opération ne se déroule pas comme prévu : il entre en combat avec un chasseur soviétique et s’écrase quelque part au milieu de la grande taïga sibérienne. C’est là qu’il est retrouvé par l’ancien agent du KGB Nikolaï Oustinov (Kenneth Branagh), qui vit en ermite dans ces contrées. C’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes. D’une part, le Russe s’avère être un fan des États-Unis ; d’autre part, il parle parfaitement anglais et accepte de conduire cet « ennemi idéologique » jusqu’à la frontière. Et, troisièmement, il n’est pas contre l’idée d’émigrer lui-même.

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Tout ce qui va se passer ensuite, c’est un road-movie intense, ponctué de fusillades, de bagarres, d’agents effrayants du KGB (le plus « russe » d’entre eux, avec sa mâchoire puissante et ses manières à la Schwarzenegger dans Double Détente, est incarné de manière convaincante par l’acteur polonais Marcin Dorociński) et une mise en scène de la « province profonde en déclin ». En apparence, tout cela est donc assez stéréotypé. Cependant, le reste du film est un récit post-ironique sur la manière dont un Russe et un Américain cherchent (et trouvent) un terrain d’entente. C’est pourquoi toutes ces excentricités constituent ici plutôt un cadre intentionnel pour l’intrigue, agrémenté de quelques « bugs » de conception et de programmation.

La place Rouge — pas si rouge que ça

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La place Rouge est une étape incontournable de tout circuit touristique à Moscou. En regardant Mayday, le spectateur russe aura envie de se frotter les yeux : s’agit-il d’une hallucination ? Voici le Musée d’histoire, un peu plus loin — la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux. Toutefois, là s’arrête la ressemblance. En revanche, l’on a l’impression d’être dans une réalité alternative. Au lieu de pavés, la place est recouverte de dalles formant un méandre sinueux. Au centre, se dresse une statue de Lénine. Pas la moindre trace du mausolée, mais l’on trouve une colonnade et un immense bâtiment doté d’un portique antique. C’est ainsi que le film mêle de manière éclectique le lieu réel du tournage — la place des Héros à Budapest — et la place Rouge de Moscou.

Une bagarre entre chansons et contre-espionnage

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D’ailleurs, la fiction et la réalité s’entremêlent de manière si alambiquée dans Mayday qu’à peine a-t-on le temps de rire de l’une que l’on s’indigne déjà de l’autre. Les spectateurs russes seront ainsi ballottés entre l’alcool de contrebande de betterave accompagné de viande d’ours et le système de communication Altaï qui a réellement existé, de la bagarre sur fond de chanson interprétée par Anna Guerman et de la datcha d’un haut fonctionnaire, qui semble tout droit sortie des pages d’un catalogue immobilier d’Aspen, du petit café de village à l’allure de bar américain au milieu d’un hameau de la taïga et de l’hôtel baptisé Zakholoustnaïa (du russe захолустье/zakhaloustié, qui désigne une sorte de coin perdu ou de province profonde non sans ironie).

L’on peut bien sûr chercher la petite bête. En 1987, Mikhaïl Gorbatchev n’était pas encore président (il semble que, quelque part dans le scénario, les termes « secrétaire général » et « président » soient devenus synonymes), et l’on ne donnerait guère à un enfant en Russie le prénom de Gorgo (un joli prénom pour une reine spartiate, mais peu probable pour un enfant de l’URSS, à moins de confondre le prénom russe Gueorgui avec le prénom serbe Grga). Il est également difficile de trouver des rideaux romains aux fenêtres des trains de banlieue soviétiques, mais l’on en trouve facilement dans les trains circulant sur le territoire de l’ex-Iougoslavie.

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Un tel mélange fantaisiste devrait scandaliser le spectateur russe, mais il y a une nuance. Voire deux. Premièrement, le jeu de Kenneth Branagh. L’acteur shakespearien est si naturel dans le rôle d’Oustinov qu’il est difficile de ne pas succomber à son charme. Son duo avec Ryan Reynolds mérite une mention particulière : il serait dommage que leurs personnages n’aient pas droit à une suite. Deuxièmement, et surtout, Mayday, grâce à son absurdité, se dégage de toute accusation de manque de crédibilité. Il s’apparente plutôt à un dialogue imaginaire sur les différences et les similitudes entre les mentalités. Et là, tous les moyens sont bons.

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