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Que montre Vassili Sourikov sur son tableau Menchikov à Beriozovo?

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Le peintre choisit d’illustrer une histoire du XVIIIe siècle aussi vraie que dramatique.

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Ascension et chute d’Alexandre Menchikov

Vassili Sourikov acheva cette toile, aujourd’hui célèbre, en 1883. Le personnage principal en est Alexandre Menchikov (1673-1729), un homme au destin hors du commun qui fut l’ami et l’un des plus grands soutiens du tsar Pierre le Grand. Il naquit dans une famille du commun. Enfant, il aurait, selon la légende, vendu des pirojki dans les rues de Moscou. Son esprit et sa vivacité le firent remarquer de François Lefort, militaire de carrière suisse et précepteur du jeune Pierre Ier, qui le prit à son service. Il devint rapidement l’ordonnance du tsar qui, convaincu de son zèle et de sa fidélité, lui accorda toute sa confiance. Avec le temps, il devint amiral, premier général-gouverneur de Saint-Pétersbourg, prince et generalissimus. Il fut aussi l’un des hommes les plus riches et influents non seulement de Russie, mais aussi de toute l’Europe.

Après la mort de l’empereur Pierre Ier, Alexandre Menchikov tenta de conserver son pouvoir en fiançant sa fille aînée Maria au jeune empereur Pierre II. Malade et victime d’intrigues nouées à la cour, il ne put mener son projet à bien. Ses ennemis l’accusèrent de voler dans les caisses de l’État et de s’être rendu coupable de haute trahison. En 1727, il tomba en disgrâce, fut privé de tous ses titres et biens et exilé avec sa famille à Beriozovo, une petite ville de Sibérie (aujourd’hui, à 400 kilomètres au nord-ouest de Khanty-Mansiïsk).

Relégation en Sibérie

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Vassili Sourikov illustra la vie de la famille Menchikov durant son exil en Sibérie. L’action se passe dans une isba paysanne exiguë et sombre.

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Alexandre Menchikov est assis et avachi. Il n’est plus un homme d’État influent, mais un homme abattu.

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Sa fille aînée Maria, enveloppée d’un manteau de fourrure pour lutter contre le froid, se serre contre lui. Sa vie et ses espoirs sont brisés. Elle est victime des circonstances. Elle est aussi le seul des quatre personnages dont le visage est tourné vers le spectateur.

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Alexandre, le fils, gratte machinalement la cire qui a coulé et durci sur le chandelier. Ils sont tous les trois perdus dans leurs pensées et n’écoutent pas Alexandra, la fille cadette, qui lit à haute voix les Saintes Écritures.

Les trois enfants portent des vêtements de prix rehaussés de broderies d’or. Cela souligne le contraste entre le faste dans lequel ils vivaient il y a encore peu et la situation avilissante dans laquelle ils se trouvent maintenant. Vassili Sourikov rétrécit à dessein l’espace et agrandit la figure d’Alexandre Menchikov pour montrer combien il est à l’étroit dans son nouveau logement.

L’idée de peindre une toile dont le sujet serait la relégation de la famille Menchikov vint à Vassili Sourikov à l’été 1881, alors qu’il se trouvait dans une datcha du village de Pererva, près de Moscou. Il s’inspira de cette petite maison en bois pour le décor de son tableau. Il se souvenait que la pose et l’expression d’Alexandre Menchikov s’imposèrent à lui en instant, comme une illumination. Il dessina les premières esquisses dès 1881 et travailla ensuite deux ans à sa toile.

Recherche des modèles

Vassili Sourikov chercha ses modèles dans les rues de Moscou. Longtemps, il ne put trouver le visage d’Alexandre Menchikov. Un jour, il croisa sur le boulevard Prétchistenki un professeur de mathématiques à la retraite. Le peintre fut frappé par sa ressemblance avec Alexandre Menchikov. L’homme refusa tout net de poser. Mais Vassili Sourikov le convainquit en lui faisant croire qu’il servirait de modèle au généralissime Alexandre Souvorov.

Le peintre prit comme modèle de la fille aînée Maria, qui était alors gravement malade, sa propre femme Elizaveta Avgoustovna qui, à l’époque, était souffrante. Après l’avoir longtemps cherché, il vit par hasard le modèle de la fille cadette Alexandra dans la rue. Il suivit la jeune femme qui avait attiré son regard, ce qui lui fit peur. Ils s’accordèrent néanmoins autour d’une tasse de thé. Le modèle du fils Alexandre fut Nikolaï Chmarovine, le fils d’un célèbre mécène moscovite.

Dès que Vassili Sourikov mit la touche finale à sa toile, le collectionneur et mécène Pavel Tretiakov en fit l’acquisition. Ce tableau appartient toujours aux collections de la Galerie Tretiakov.

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