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Comment Anatole France a fait de l’épouse d’un artiste russe… un satyre

Au cours de l’été 1899, Mikhaïl Vroubel commença à peindre le portrait de son épouse, la chanteuse d’opéra Nadejda Zabela-Vroubel. Il choisit d’emblée le fond: une vue depuis la véranda de la demeure de la princesse Tenicheva, où ils étaient alors en visite. Nadejda posait patiemment, le travail avançait bien et rien ne laissait présager de bouleversements. Or, un livre vint changer la donne.

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Un soir, Vroubel tomba sur un recueil d’Anatole France. Il en feuilleta les pages, s’arrêta sur la nouvelle Saint-Satyre et… le temps cessa de s’écouler.

Galerie Tretiakov

Dans cette histoire, le supérieur d’un monastère florentin, Fra Mino, se révèle être un satyre. Il raconte au prêtre qu’il s’est fait baptiser et qu’il a mené une vie vertueuse, et qu’après sa mort, les gens ont commencé à le vénérer comme un saint. Il est ainsi resté l’incarnation de la beauté originelle de la nature.

Le lendemain matin, Vroubel a gratté le portrait de sa femme de la toile et s’est mis à en peindre un nouveau. Et le jour suivant, il a invité Nadejda et le musicien Boris Ianovski à venir voir l’œuvre achevée. Deux petites cornes émoussées, une barbe blanche dissimulant un visage au nez retroussé, une fourrure hirsute et des sabots fendus, une flûte de roseau entre les mains et des yeux bleus scintillant comme l’eau d’une source entre les racines de vieux chênes : c’est ainsi que le Satyre les regardait depuis le tableau. Exactement tel qu’Anatole France l’avait décrit.

La même année, le tableau, désormais intitulé Pan, fut exposé lors d’une exposition de la Société des artistes de Moscou. Et en 1907, la Galerie Tretiakov l’acquit.

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