Que montre Adrian Volkov sur son tableau Les Fiançailles Interrompues?

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Si les personnages de ce tableau pouvaient parler, le jeune homme au centre aurait dit à la jeune femme en robe rose: «Chérie, ce n’est pas ce que tu crois!». 

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Cela n’aurait certainement servi à rien, l’honorable famille de la jeune femme et le prêtre s’étant déjà fait leur opinion. Les fiançailles de deux jeunes gens sont le sujet de cette toile peinte en 1860. La fiancée est d’une famille de marchands aisée. Tout dans son intérieur l’indique : tableaux aux murs, lustre en cristal luxueux, poêle recouvert de carreaux de faïence blanc. La magnifique robe en soie rose de la fiancée ne trompe pas non plus. Ses parents, les autres habitants de leur maison et leurs invités sont présents. À gauche, on distingue les bagues de fiançailles posées sur un coussin. Visiblement, elles ne serviront pas.

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En effet, des importuns se sont présentés : un homme d’un certain âge, certainement un petit fonctionnaire peu fortuné, et sa fille qui porte un nourrisson. Honteuse, elle dissimule son visage de sa main libre, pendant que son père s’adresse à l’assemblée. Tout le monde est bouleversé, le fiancé est pétrifié, la fiancée est tombée en pâmoison. Certains de ses proches l’aident à revenir à elle. Son père se tient derrière elle et s’indigne. À côté de lui, un prêtre écarte les bras d’étonnement.

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Il ne saurait plus être question ni de fiançailles, ni encore moins de mariage. On comprend que le fiancé n’avait pas révélé à sa future belle-famille l’existence ni de la jeune femme en robe taupe, ni de l’enfant. Le seul sur le visage de qui on ne lit pas de saisissement est le commis. Il semble même se réjouir du dénouement de cette histoire.

Adrian Volkov naquit en 1827 dans le gouvernement de Nijni-Novgorod dans la famille d’un serf. Lorsqu’il avait quatorze ans, son père et lui furent émancipés par leur propriétaire. Le jeune entra alors comme auditeur libre à l’Académie Impériale des Beaux-Arts. Il fréquenta les cours de peinture historique puis de peinture de scènes de la vie populaire. Ses tableaux sont si réalistes que l’on entendrait presque l’animation des marchés, l’enjouement d’hommes ayant bu dans un cabaret, le bourdonnement de conversations oisives dans un buffet. Au contraire, sur Les Fiançailles Interrompues, Adrian Volkov montre comment le silence a envahi la pièce où se joue le drame. 

Galerie Tretiakov Autoportrait d'Adrian Volkov, 1868
Galerie Tretiakov

L’expressivité qui émane de cette toile valut en 1860 à son auteur une médaille d’or Elisabeth Vigée Le Brun. La peintre française (1755-1842) vécut six ans en Russie et instaura un prix qui récompensait chaque année le meilleur élève peintre de l’Académie Impériale des Beaux-Arts.

En 1879, le mécène Pavel Tretiakov acheta Les Fiançailles Interrompues à la veuve d’Adrian Volkov, qui était mort six ans plus tôt. Cette toile appartient toujours aux collections de la Galerie Tretiakov.

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