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Cinq faits peu connus de la vie du fabuliste Ivan Krylov

Fenêtre sur la Russie (Photo : Galerie Tretiakov, almphotom/Getty Images)
Les Russes se représentent souvent celui dont ils connaissent certaines des fables par cœur comme un grand-père replet ou un sage indolent. Derrière cette image stéréotypée se cachait un tout autre homme.

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Premier auteur russe à avoir été traduit en chinois

TASS

Les fables d’Ivan Krylov (1769-1844) furent les premières œuvres de la littérature russe à avoir été traduites en chinois. L’Amitié des Chiens, Le Renard et la Marmotte et Le Brochet furent publiées entre décembre 1899 et mai 1900 dans le digest Revue Internationale édité à Shangaï par l’Association littéraire chrétienne. En réalité, ces trois textes furent traduits de l’anglais en chinois. La forme en vers ne fut pas conservée et ces fables en chinois font penser à des paraboles.

Prototype du personnage d’Oblomov

Sputnik

Pour créer son personnage d’Ilia Oblomov, Ivan Gontcharov s’inspira de l’image que se faisait tout un chacun d’Ivan Krylov : celui d’un sage apathique et dépassé par le chaos du quotidien qui portait une vieille robe de chambre et des сhaussures éculées comme « uniforme » d’intérieur et dont le valet de chambre ne faisait qu’ajouter au désordre ambiant en lui dérobant de temps en temps de l’argent.

Ce portrait d’Ivan Krylov était celui qu’avait fait Piotr Pletniov dans un article rédigé pour une édition posthume des œuvres du poète. Le critique jugeait sévèrement la « prudence oisive » et la « sagesse inanimée » du fabuliste. Acrimonieux, il concluait en affirmant que dans cet « esprit figé », qui ne franchissait pas le seuil de sa demeure, était « enterré » plus d’un talent.

«Grand-père» sans petits-enfants

TASS

En 1838, lors d’une cérémonie en l’honneur du fabuliste, on chanta une chanson composée par le poète Piotr Viazemski, un ami d’Alexandre Pouchkine. Le dernier vers du refrain en était : « Здравствуй, дедушка Крылов ! » (« Bonjour, grand-père Krylov ! »). Ce surnom fut adopté dans les milieux littéraires et le bon monde. Ivan Krylov, qui allait alors sur ses 70 ans, était un homme corpulent au caractère flegmatique. Il n’était donc pas difficile de se le représenter en grand-père bienveillant. Au milieu du XIXe siècle, il était l’un des auteurs les plus lus en Russie. Il était connu de tous, des paysans à la famille impériale.

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Gros mangeur

Lorsqu’il avait 5 ans, Ivan Krylov avait survécu à la révolte menée par Emelian Pougatchev. Sa mère et lui se trouvaient parmi les habitants d’Orenbourg qui subirent le siège de leur ville et la faim. Son père, le capitaine Andreï Krylov, défendit héroïquement la forteresse de Iaitsk (aujourd’hui, la ville d’Ouralsk au Kazakhstan). Les rebelles les condamnèrent tous à la pendaison mais ils parvinrent à se cacher. De l’avis de ses biographes, les traumatismes qu’Ivan Krylov subit dans l’enfance expliquent ses excès alimentaires à l’âge adulte. Il raconta lui-même ce qu’il avait enduré à Alexandre Pouchkine qui s’en inspira pour son Histoire de Pougatchev. Dans le personnage du capitaine Mironov de La Fille du Capitaine, on reconnaît le père d’Ivan Krylov.

Ornithophile

Domaine public

La passion d’Ivan Krylov (dont le nom est formé sur крыло / aile) pour les oiseaux était bien connue de ses contemporains et est souvent mentionnée dans leurs mémoires. Il laissait les oiseaux entrer chez lui par les fenêtres, les nourrissait à l’intérieur même de ses appartements et ne prêtait pas attention aux plumes et à la fiente qu’ils laissaient sur ses meubles et ses tapis. Il leur achetait du grain en grande quantité et dépensait pour eux beaucoup d’argent.

L’un des oiseaux préférés d’Ivan Krylov était un moineau qu’il avait apprivoisé. Il posait sur les rebords de ses fenêtres des boîtes, de petites planches et des perchoirs de sa fabrication où les oiseaux vivaient et faisaient leurs nids. Quand il voyait dans la rue un pigeon affaibli ou blessé, il le ramenait chez et prenait soin de lui. Son ornithophilie était de renommée publique et on le caricaturait souvent entouré d’oiseaux. 

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