Quatre classiques de la littérature russe qui écrivaient en langues étrangères
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Fiodor Tioutchev (1803-1873)
L’un des poètes de langue russe les plus lyriques était diplomate de profession. Il vécut à l’étranger de l’âge de 18 à 41 ans. Immédiatement après avoir terminé l’université de Moscou, Fiodor Tioutchev fut assigné à la mission diplomatique russe de Munich. En Bavière, il fit la connaissance du philosophe Friedrich Schelling et du poète Heinrich Heine. En 1837, il fut envoyé à la mission russe de Turin en qualité de premier secrétaire. Sa langue de travail était évidemment le français, qu’il maîtrisait à la perfection. Toujours en français, il écrivait sa correspondance et publiait des articles sur des sujets politiques et sociaux dans des gazettes et des revues.
L’allemand était la langue qu’il pratiquait dans son cercle familial : ses deux femmes étaient allemandes. C’était par ailleurs la langue dans laquelle il entretenait des relations avec les philosophes et écrivains qu’il avait rencontrés en Bavière. Lors de son service en Italie, il atteignit un niveau élevé d’italien. Pendant plus de 20 ans, le russe fut la langue de sa passion : la poésie.
Ivan Tourgueniev (1818-1883)
Né dans une riche famille de la noblesse, Ivan Tourgueniev maîtrisait admirablement le français, l’allemand et l’anglais depuis l’enfance. On dit souvent de sa mère, Varvara Tourgueniev, qu’elle était un véritable despote. Ce qui ne doit rien enlever à ses qualités : elle était très cultivée, avait beaucoup voyagé, lisait de la littérature contemporaine et avait embauché les meilleurs précepteurs qui étaient pour donner une instruction parfaite à ses enfants.
Après avoir terminé l’université de Saint-Pétersbourg, le futur romancier suivit des cours à celle de Berlin, vécut plusieurs années en Europe de l’Ouest.
Passeur entre les cultures russe et occidentales, Ivan Tourgueniev comptait parmi ses amis les plus grands auteurs allemands, anglais et français. Parmi eux, Charles Dickens, Henry James, Gustave Flaubert, Anatole France, Victor Hugo, Guy de Maupassant, Prosper Mérimée, George Sand, Emile Zola. Sa connaissance du français et de l’allemand était excellente au point qu’il conseillait les traducteurs occidentaux des écrivains russes, en traduisait lui-même, rédigeait préfaces et annotations à des traductions en langues occidentales, écrivait même des articles critiques et des essais. Le 18 juin 1879, il fut fait docteur honoris causa de l’université d’Oxford.
Vladimir Nabokov (1899-1977)
Le futur écrivain naquit dans une famille riche de la noblesse dans laquelle la maîtrise des langues étrangères allait de soi. Dès leur petite enfance, les enfants parlaient russe, anglais et français. Vladimir Nabokov se souvenait avoir appris à lire l’anglais avant le russe. La langue de Shakespeare était en fait sa deuxième langue maternelle. Il n’est donc pas étonnant que ce diplômé de Cambridge, qui vivait hors de Russie, prit la décision d’écrire en anglais.
Son premier roman dans cette langue est La Vraie Vie de Sebastian Knight (The Real Life of Sebastian Knight) écrit en 1938-1939. A partir de la fin des années 1930, Vladimir Nabokov n’écrivit plus de prose en russe. Il traduisit en anglais Le Dit de la Campagne d’Igor, Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine et Un Héros de Notre Temps de Mikhaïl Lermontov.
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Iossif Brodsky (1940-1996)
Iossif Brodsky n’eut pas la chance de recevoir la même éducation soignée que Vladimir Nabokov. Il termina difficilement l’école et obtint plus difficilement encore son certificat d’études secondaires. Il travailla un temps en usine mais continua à se former lui-même : il lut beaucoup et commença à apprendre l’anglais.
Après avoir quitté l’URSS, toutes ses connaissances lui servirent : il enseigna la littérature russe à l'université du Michigan. Il était un professeur atypique qui partageait sa passion avec ses étudiants : celle de lire lentement des vers et de les commenter. Aux États-Unis, il atteignit un tel niveau d’anglais qu’à partir du début des années 1970 il écrivait des essais et composait des poèmes dans la langue de Shakespeare.
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