Que montre Valery Jacobi sur son tableau Les Bouffons de la cour d’Anna Ivanovna?

À la cour de l’impératrice Anna Ivanovna, toutes les journées commençaient invariablement par le même rituel. Ses conseillers et ses bouffons étaient admis dans ses appartements. Les premiers l’entretenaient des affaires de l’Empire, les seconds la divertissaient. Lorsqu’elle était souffrante, elle restait toute la journée alitée à regarder le spectacle que donnaient ces derniers.

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Bouffons à la cour des tsars

La présence des bouffons à la cour des tsars russes est attestée de longue date. Comme dans les cours européennes, ces hommes chargés de distraire les princes et les rois avaient en permanence une épée de Damoclès au-dessus de la tête : une vérité de trop dite sur le ton de la plaisanterie pouvait les faire tomber en disgrâce. En Russie, les bouffons ou « imbéciles », comme on les appelait aussi, n’étaient pas toujours des gens du peuple. Certains étaient issus de la noblesse. Ainsi, le prince Gvozdiev-Rostovski, surnommé Ossip le Clou (Осип Гвоздь) était un des bouffons de la cour d’Ivan le Terrible. La tradition de la présence des bouffons à la cour des tsars s’éteignit avec la mort de Catherine II.

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Mode européenne

Galerie Tretiakov
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Sous l’impératrice Anna Ivanovna, la vie à la cour de Russie changea du tout au tout. Le luxe qui régnait à la cour de Saint-Pétersbourg devait égaler celui des cours d’Europe occidentale et il fut obtenu aux prix de dépenses somptuaires : on fonda un opéra italien et une scène de ballet, on pensionna une troupe de théâtre allemande, on forma plusieurs orchestres. L’impératrice aimait se distraire et on ne cessait d’organiser pour elle bals, mascarades et autres fêtes.

Anna Ivanovna aimait aussi s’entourer de bouffons. Elle pouvait passer des journées entières avec eux dans ses appartements. Valery Jacobi (1834-1902) choisit précisément comme sujet l’un des moments de divertissement de l’impératrice pour son tableau Les Bouffons de la Cour d’Anna Ivanovna.

Galerie Tretiakov
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Les connaisseurs de l’histoire russe du début du XVIIIe siècle reconnaissent aisément les vingt-six personnages peints par Valery Jacobi. L’impératrice souffrante est alitée et se soigne de la meilleure façon qu’il soit : en s’amusant.

Galerie Tretiakov
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Dans le fauteuil à son chevet est assis son favori Ernst Johann von Biron. Derrière lui se tient le comte Andreï Ouchakov, chef de la chancellerie secrète. À côté d’eux est assise la grande-princesse Anna Léopoldovna qui, après la mort de l’impératrice, assurera la régence de son propre fils Ivan VI.

Galerie Tretiakov
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Également devant le paravent, le comte Burkhard Christoph von Münnich et le prince Nikita Troubetskoï discutent à voix basse. À l’entrée des appartements de l’impératrice, le ministre du cabinet Artemi Volynski semble désapprouver le spectacle qu’il découvre.

Des bouffons en nombre

Galerie Tretiakov
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Les personnages principaux du tableau de Jacobi sont les bouffons. Ils sont au nombre de sept. L’Italien Pedrillo joue du violon. Son vrai nom était Pietro Mira et il était l’un des bouffons préférés de l’impératrice : il la divertissait en jouant d’instruments de musique et jouait aux cartes avec elle.

Au centre de la pièce, Valery Jacobi peignit une partie de saute-mouton. Le prince Mikhaïl Golitsyne s’est courbé. Anna Ivanovna en avait fait l’un de ses bouffons pour le punir d’avoir épousé une catholique. Comme elle lui avait ordonné de lui verser du kvas, il avait reçu le surnom de Kvasnik. C’est le prince Nikita Volkonski qui essaie de sauter au-dessus de son dos. Accusée d’avoir pris part à des intrigues de cour, sa femme avait été exilée. Lui-même avait été condamné au rôle de bouffon et devait s’occuper du lévrier de l’impératrice. Quelques années plus tard, il perdit la raison et mourut.

Galerie Tretiakov
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Vêtu d’un pourpoint jaune et coiffé d’un chapeau à plumes, on reconnaît le bouffon Balakirev. Il avait servi à la cour de Pierre le Grand et de Catherine Ire et était devenu bouffon sous Anna Ivanovna. Assis par terre, on voit le comte Alexei Apraksine, condamné à la condition de bouffon pour s’être converti au catholicisme, et le bouffon d’Acosta. Comme Balakirev, il avait servi à la cour de Pierre le Grand. Il maîtrisait six langues. Au pied du lit de l’impératrice, la Kalmyke Avdotia Boujeninova est assise sur une peau d’ours.

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