En russe, quel rapport y a-t-il entre les tiges d’un traîneau, des sabots et la mort?
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Le verbe скопытиться/skapytit’sia signifie mourir ou s’effondrer de fatigue ou des effets d’une maladie. Si l’on demande à un locuteur natif du russe sur quel mot est formé ce verbe, il répondra probablement : копыто/kapyto/sabot. Et il aura ... tort !
Outre les étymologistes, seuls ceux qui ont étudié les rites funéraires des slaves ont une chance de connaître la bonne réponse. À l’époque où ils étaient païens, les slaves croyaient que les morts constituaient un danger pour les vivants : ils pouvaient d’une façon ou d’une autre leur faire du mal ou venir les chercher pour les emmener avec eux.
L’une des fonctions des rites funéraires étaient de faire en sorte que les morts ne reviennent pas menacer les vivants : les parents d’un mort le sortaient de l’endroit où il s’était éteint uniquement les pieds devant et l’emmenaient jusqu’au lieu de son inhumation uniquement sur un traîneau qu’on utilisait habituellement pour transporter des chargements lourds (des bûches, par exemple). Après avoir enterré le cadavre, ils démontaient partiellement le traîneau, le laissaient sur place, à ciel ouvert, et allaient le rechercher au quarantième jour après la mise en terre.
On décrivait le transport du cadavre entre le traîneau et la fosse de l’inhumation par la formule : с копыльев (ou копылов) долой. Le mot копыл désigne les morceaux de bois qui se trouvent entre les patins et la plate-forme. En français, on parle de (pieds-)tiges. On comprend ici le rapport avec la mort : être mort, c’est être descendu (долой с) du traîneau.
Quand les pieds-tiges d’un traîneau cèdent, sa plate-forme est déséquilibrée et celui qui y est assis ou allongé tombe par terre. D’où l’idée de s’effondrer de fatigue, par exemple.
Mais quel rapport a le verbe скопытиться avec les sabots d’un cheval, par exemple (копыта) ? Avec le temps, l’expression c копылов se transforma en с копыт. Ce phénomène phonétique est similaire à celui qui explique pourquoi parler français comme un Basque l’espagnol est devenu parler français comme une vache espagnole.
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