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Que signifie l’expression russe «se frapper dans la main»?

Kira Lissitskaïa (Photo: Mary Evans Picture Library, Ingram Images/Global Look Press)
Cette expression idiomatique ne décrit aucune manifestation de violence, mais la façon dont on concluait les marchés.

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Ударять по рукам / oudariat’ pa roukame se traduit littéralement par toper, ce verbe que l’on ne rencontre guère plus qu’à l’impératif : topez là !

Dans la Russie d’Ancien Régime, les contrats se négociaient sur les foires et dans les cabarets (трактиры) : les marchands marchandaient (bien évidemment !) autant qu’ils le pouvaient pour obtenir des prix intéressants et des rabais. Lorsqu’elles s’étaient accordées, les deux parties ne faisaient pas venir de juristes ou de notaires. La raison était plus prosaïque qu’elle ne peut le sembler au premier abord : peu de marchands savaient lire et écrire. C’était pourquoi ils concluaient les contrats en se promettant de les respecter puis se frappaient dans la main. La réputation était d’or et ne pas tenir le moindre de ses engagements pouvait la ruiner.

La parole des marchands suffisait pour contracter des emprunts ou obtenir des marchandises pour lancer une nouvelle affaire. Même quand ils n’étaient pas en mesure de rembourser, les marchands ou les colporteurs se présentaient à leurs créanciers pour leur demander de leur accorder des délais. Disparaître dans la nature aurait été faire la preuve que l’on ne pourrait jamais plus être une personne de confiance.

Ainsi, après avoir hérité de son père une fabrique de draps, l’industriel Sergueï Tchetverikov apprit qu’il avait aussi hérité de ses dettes, dont certaines couraient depuis une trentaine d’années. Il se mit à la recherche de tous les créanciers de son père : il interrogea ses connaissances, passa des annonces dans les journaux. Pour les rembourser jusqu’au dernier, il lui fallut trente-six ans. Mais, l’entrepreneur tint sa parole et s’acquitta de toutes les dettes laissées par son père.

Concrètement, pour conclure une affaire, acheteur et vendeur se frappaient la paume. Pour donner plus de force à la parole donnée, ils faisaient aussi un signe de croix. Cette parole était aussi importante qu’un commandement divin.

Du milieu des marchands, l’expression ударять/ударить по рукам se répandit dans la langue courante pour parler de n’importe quel accord.

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