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Pourquoi la ville de Taroussa attire-t-elle les artistes?

Cette petite ville qui domine la rivière Oka est appelée le « Barbizon russe ». Depuis la fin du XIXe siècle, peintres et écrivains viennent y chercher l’inspiration.

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Sergueï Ozerinine/Maslovka. Ville des artistes

« Nulle part ailleurs dans les environs de Moscou, il n’y avait de paysages si émouvants et typiquement russes », releva l’écrivain Konstantin Paoustovski, qui vécut de longues années à Taroussa, sur la rive droite de la petite rivière qui a donné son nom à la ville.

L'écrivain Konstantin Paustovski à sa datcha près de Taroussa
Galina Kmit / Sputnik

Cette petite localité se situe à cent trente kilomètres seulement au sud de Moscou. Située sur la rive haute de l’Oka, elle offre un panorama incomparable sur la rivière et la plaine qui s’étend sur sa rive droite. On dirait la ville entièrement faite de collines, de terrasses et de sentiers escarpés qui descendent vers le cours d’eau. Le tableau typique qu’elle donne à voir est celui de petites maisons en bois bien entretenues, de coqs sûrs d’eux qui traversent les rues, de matous qui jouent au milieu de ces mêmes rues. En un mot, on dirait que le temps s’est arrêté.

Cathédrale des Saints Pierre et Paul
Roman Denissov / Global Look Press

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Les artistes sont tombés sous le charme de ce petit coin de paradis à la fin du XIXe siècle. Viktor Borissov-Moussatov, Vassili Vataguine, Vassili Polenov y séjournèrent. La famille du fondateur du Musée des Beaux-Arts de Moscou (aujourd’hui, Musée Pouchkine) Ivan Tsvetaïev y passait ses étés.

Musée de la famille Tsvetaïev
Konstantin Kokochkine/Russian Look

Nid familial

L'artiste Vassili Vataguine dans son atelier
Vladimir Min'kevitch / Sputnik

De nombreuses familles vivent à Taroussa depuis des décennies. Le peintre animaliste Vassili Vataguine (1884-1969) s’y rendit pour la première fois en 1902. La petite ville et ses environs lui plurent tellement qu’il décida de s’y installer. En 1914, il fit les plans d’une maison-atelier avec une immense véranda au premier étage d’où s’ouvre une vue spectaculaire sur la ville, l’Oka et le village de Polenovo situé sur la rive droite de la rivière. Pendant la construction de sa maison, Vassili Vataguine se trouvait en Inde. Il réalisa lui-même les travaux intérieurs : il décora les poêles, peignit un panneau dans le style d’une épopée indienne, sculpta des animaux. Il vécut cinquante-cinq ans dans cette maison. 

Sergueï Ozerinine/Maslovka. Ville des artistes

Aujourd’hui, presque rien n’a changé. Sa maison ressemble plus à un grand atelier qu’à un musée. Les meubles permettent de retracer l’histoire de la famille Vataguine : le grand bureau du peintre, qu’il dessina lui-même, sur lequel sont méthodiquement alignés ses pinceaux ; le portrait de la peintre Antonina Rjevskaïa, qui appartenait au mouvement des Itinérants, sa belle-mère qui passait tous les étés à Taroussa ; une photographie de sa fille Irina, peintre et restauratrice d’icônes ; des tableaux et des sculptures de son petit-fils Nikolaï, l’actuel propriétaire de la maison qui y vit à demeure depuis cinq ans. L’hiver, il peint et, l’été, il sculpte.

Sergueï Ozerinine/Maslovka. Ville des artistes

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Ville des exilés

Dans les années 1950-1960, Taroussa fut le refuge des anti-conformistes et des dissidents qui ne voulaient pas attirer outre mesure l’attention des autorités ou qui, après avoir purgé leur peine en camp de travail, avaient l’interdiction de vivre dans un rayon de 100 kilomètres autour des grandes villes. Ainsi, sur le conseil de la poétesse Anna Akhmatova, le poète Joseph Brodsky s’y installa pour éviter une arrestation pour parasitisme, c’est-à-dire le non-respect de l’obligation d’avoir un emploi.

Maison-musée d'Édouard Steinberg à Taroussa
Vladimir Viatkine / Sputnik

En 1961, Taroussa fut l’épicentre d’un grand scandale : durant l’été, la Maison de Culture organisa une exposition de peintres non conformistes. Qualifiée de décadente, elle resta ouverte moins d’une semaine. L’un des artistes exposés était Édouard Steïnberg (1937-2012), dont la vie fut étroitement liée à Taroussa. Peintre autodidacte, il s’intéressa particulièrement à l’héritage de l’Avant-Garde russe. Au début des années 1960, il commença à peindre des toiles abstraites. En 2016, sa veuve légua son atelier à l’État. 

Travail d'Édouard Steinberg. «Paris - Taroussa»
Legion Media

* Fin juillet 2026, le centre muséal Maslovka, Quartier des Peintres organise une excursion de deux jours à Taroussa pour y découvrir l’héritage des peintres ayant vécu dans cette petite ville.

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