Comment reproduire le «regard slave»: analyse d’une tendance sur les réseaux sociaux

Fenêtre sur la Russie
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Pour faire bonne impression, un simple regard suffit parfois. Et pas un regard coquet ou amical, mais froid, concentré et légèrement distant. C’est ainsi que les blogueurs décrivent la nouvelle tendance sur Internet: le «regard slave».

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D’où vient cette tendance ?

Le « regard slave » est le plus souvent décrit comme un regard fixe, immobile, légèrement incliné vers le bas.

Pour de nombreux étrangers, il semble sévère, voire effrayant, comme si la personne ne se contentait pas de regarder, mais évaluait, analysait et gardait en même temps ses distances.

Michael Loccisano/FilmMagic/Getty Images
Michael Loccisano/FilmMagic/Getty Images

Cette tendance a été inspirée par Melania Trump, la première dame des États-Unis, née en Slovénie. Sur de nombreuses photos d’elle, les utilisateurs ont remarqué ce regard particulier : fermé, rude, sans aucune trace de flirt. Sur les réseaux sociaux, il a rapidement été associé à l’Europe de l’Est et a donc commencé à être qualifié de « slave ».

Paul Morigi/Getty Images
Paul Morigi/Getty Images

Les blogueurs ont ensuite commencé à expérimenter avec, affirmant que ce regard était capable de conquérir un milliardaire ou de créer une aura de mystère et de puissance.

Comment les étrangers comprennent le « regard slave »

Dans de nombreuses vidéos virales, cette image devient presque un procédé théâtral. Les auteurs plissent les yeux, changent brusquement d’expression faciale, ajoutent un clin d’œil ou une froideur exagérée. Souvent, ces vidéos sont accompagnées de scènes humoristiques. Par exemple, un dialogue avec une jeune fille d’Europe de l’Est qui semble ne pas comprendre la question en anglais : « Oh mon Dieu ! Tu es si belle. Quel âge as-tu ? »« Roumanie. », répond la jeune fille.

Pour le public occidental, cette image fonctionne comme quelque chose d’exotique — un mélange d’inaccessibilité, de sévérité et de « beauté froide » visuelle.

En réponse, les blogueurs russophones ont commencé à montrer leur version – « le vrai regard slave ». Dans ces vidéos, le ton change radicalement : pas de jeu et pas d’émotions. Parce que, comme ils l’expliquent, ce n’est pas un truc ou une pose que l’on peut répéter, mais un état d’esprit. 

Comment reproduire le « regard slave »

Selon les internautes russophones, les étrangers commettent plusieurs erreurs typiques.

Tout d’abord, un flirt inutile.

La règle principale du « regard slave » est de ne montrer aucune sympathie ostensible. Un sourire sans raison est tout simplement déplacé pour les véritables adeptes du « regard slave ». Le regard doit être sérieux et ne laisser transparaître aucune sympathie.

Deuxièmement, les mimiques excessives.

Beaucoup en font trop : ils changent d’expression faciale, grimacent, jouent des yeux. Or, le « regard slave » suppose une concentration totale : un regard long, calme et immobile sur l’objet.

Et troisièmement, le mystère.

Ce regard est impossible à déchiffrer de manière univoque. Il peut exprimer n’importe quoi : la fatigue, l’ironie, la réflexion ou l’absence totale de pensées. C’est précisément cette incertitude qui le rend attrayant. 

Pourquoi l’esthétique slave est-elle à nouveau à la mode ?

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L’intérêt pour le « regard slave » n’est qu’une partie d’une tendance plus large. Depuis plusieurs années déjà, les réseaux sociaux romantisent activement l’esthétique russe et est-européenne : chapkas et manteaux de fourrure, caviar, voitures anciennes, intérieurs soviétiques et musique pop du début des années 2000.

Au début, ce sont les clips vidéo accompagnant la chanson Russian Girl qui sont devenus viraux. Puis, c’est le titre de Katia Lel, Moï marmeladny, qui a connu un succès international inattendu, où les paroles importaient moins que l’ambiance.

Plus tard est apparu un personnage que les réseaux sociaux appellent ironiquement « Bimbo russe » : glamour, résolument féminin, mais néanmoins froid et inaccessible.

Une autre tendance musicale est « I don’t speak Russian but ». Des personnes qui ne parlent pas russe chantent des chansons en russe sans en comprendre les paroles. Comme le disent les participants eux-mêmes, l’important ici n’est pas de comprendre, mais de ressentir la chanson.

Plus qu’un simple regard, un code culturel

Le « regard slave » est une nouvelle création de l’Internet collectif, où se mêlent stéréotypes, culture visuelle et tentative de déchiffrer la mentalité d’autrui à travers son apparence.

C’est peut-être pour cela qu’il est si difficile à reproduire. Car parfois, le regard n’est pas quelque chose que l’on fait intentionnellement. C’est quelque chose qui est déjà en nous.

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