Esphyr Slobodkina, une Russe naturalisée américaine au destin et aux talents hors du commun
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Esphyr (Esther) Slobodkina naquit le 22 septembre 1908 à Tcheliabinsk, à la limite de l’Oural et de la Sibérie. Elle était le dernier des cinq enfants d’un ingénieur. En 1915, sa famille déménagea à Oufa. Сe fut dans cette ville de Bachkirie qu’elle visita en 1918 une exposition de tableaux cubo-futuristes de David Bourliouk, qui produisirent une profonde impression sur elle.
La guerre civile qui commença après la Révolution d’Octobre obligea les Slobodkine à fuir d’abord à Vladivostok puis à Harbin, dans le nord-est de la Chine. Pour subvenir aux besoins de sa famille, la mère d’Esphyr Slobodkina ouvrit un atelier de couture. La jeune fille commença à se consacrer sérieusement aux arts, qu’elle étudia à l’école avec application, tout comme les mathématiques. Elle faisait aussi du dessin et créait des motifs pour l’atelier de sa mère. En 1928, elle partit rejoindre l’un de ses frères à New York.
Membre de l’Avant-Garde américaine
À New York, Esphyr Slobodkina s’inscrivit à l’Académie Nationale du Design, dont elle trouva l’enseignement déprimant et absurde. Elle y fit la connaissance d’Ilia Bolotovski, un artiste qui avait émigré de Russie après la Révolution d’Octobre. Ils se marièrent en 1933.
En 1936, avec son mari et d’autres artistes, elle fonda l’association American Abstract Artists — AAA (Artistes Abstractionnistes Américains). Parmi eux, Josef Albers, Ad Reinhardt, Willem de Kooning, Jackson Pollock et David Smith, devenus depuis des classiques de l’art contemporain.
Dans les années 1930 et 1940, Esphyr Slobodkina était un membre très actif de l’Avant-Garde new-yorkaise. Elle se consacra d’abord au cubisme puis, à partir de la fin des années 1930, à l’abstraction géométrique. Son style se caractérisait par une précision architecturale, des insertions de collages en plusieurs couches et la volonté de reproduire le monde « de manière géométrique, en volume et de façon non linéaire ». Parallèlement, elle créait des fresques murales monumentales et des sculptures faites d’objets trouvés. Elle dessinait également des bijoux et des motifs textiles.
Ses travaux furent présentés au public dans des lieux prestigieux. En 1938, une exposition lui fut entièrement consacrée à la The New School for Social Research à New York. En 1943, Peggy Guggenheim l’invita à participer à l’exposition 31 Femmes qu’elle organisa dans sa galerie Art of This Century.
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Сasquettes à Vendre
La carrière d’Esphyr Slobodkina prit un nouveau tournant lorsqu’elle rencontra, en 1937, l’écrivain pour enfants Margaret Wise Brown, que son livre Bonsoir, la Lune (Goodnight, Lune) rendrait célèbre dans le monde entier dix ans plus tard. Elle proposa à Esphyr Slobodkina d’illustrer son livre Le Petit Pompier (The Little Fireman, 1938) qui fut le premier livre pour enfants entièrement illustré par la technique du collage. La collaboration artistique des deux femmes dura jusqu’à la mort de Margaret Wise Brown en 1952.
En 1940, Esphyr Slobodkina publia Casquettes à Vendre (Caps for Sale), un livre qu’elle avait écrit et illustré. Avec beaucoup d’esprit, elle y raconte l’histoire d’un marchand de casquettes et de singes espiègles. Une fois encore, l’artiste eut recours à la technique du collage de papier pour les illustrations, faisant ainsi entrer l’art abstrait dans l’esthétique des livres pour enfants. Les critiques relèvent que sans Esphyr Slobodkina, les auteurs et illustrateurs Maurice Sendak et Eric Carle se seraient artistiquement exprimés autrement.
Casquettes à Vendre connut un succès immense dès sa sortie. La première édition s’écoula à plus de deux millions d’exemplaires. Aujourd’hui encore, on le trouve encore dans presque toutes les bibliothèques pour enfants des États-Unis. Il fut traduit en une douzaine de langues, dont le russe, le français, le chinois, le japonais et le coréen.
Héritage
Casquettes à Vendre reste le livre le plus connu d’Esphyr Slobodkina, qui fut un auteur étonnamment fécond. Elle publia vingt-quatre livres pour enfants et une biographie en trois volumes. Elle travailla jusqu’à la fin de sa vie. À l’âge de quatre-vingt-dix ans, elle concevait le projet d’un musée financé par sa fondation.
Esphyr Slobodkina s’éteignit à l’âge de quatre-vingt-treize ans, le 21 juillet 2002, dans sa maison de Long Island. Ses œuvres sont conservées dans les plus grands musées du monde, dont le Metropolitan Museum of Art, le Whitney Museum of American Art, le Smithsonian Institution, le Musée des Beaux-Arts de Boston et le Musée des Arts de Philadelphie.
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