Comment, durant le blocus nazi, Leningrad fit naître un théâtre
Outre sur Telegram, Fenêtre sur la Russie diffuse désormais du contenu sur sa page VK! Vidéos, publications dédiées à l’apprentissage du russe et plus encore dans notre communauté
Le 8 septembre 1941 commençait le blocus de Leningrad qui durerait 872 jours. Dès le mois précédent, les troupes de presque tous les théâtres avaient été évacuées à l’arrière. Seuls les membres de l’orchestre symphonique du comité de la radio et de la troupe du Théâtre des comédies musicales restèrent dans la ville encerclée. Ils montaient sur le front et y donnaient des concerts pour les soldats de l’Armée rouge.
En 1942, le quotidien Pravda publia Les Russes, une pièce du jeune Constantin Simonov. Elle fut donnée à la radio de Leningrad. Elle plut tellement aux auditeurs qu’ils submergèrent la rédaction de lettres pour en demander de nouvelles diffusions. Elle fut rejouée trois fois à la radio avant d’être montée sur scène avec l’aide des autorités municipales.
Siège de Leningrad. Poétesse Olga Berggolts
« Ce fut un cas sans précédent dans l’histoire mondiale du théâtre, se souvenait l’écrivain Olga Bergolts. Les habitants de Leningrad firent mentir l’adage selon lequel les muses se taisent, lorsque les canons parlent. Ce faisant, ils prouvèrent que la ville était vivante, luttait et vaincrait ».
Théâtre du Blocus
La première des Russes eut lieu le 18 octobre 1942. Cette date est considérée comme celle de la fondation du théâtre. On lui donna le nom de Théâtre Municipal. Les habitants de Leningrad en parlaient, eux, comme du Théâtre du Blocus.
Affiches à Leningrad assiégée. Octobre 1941
Lire aussi : Comment le théâtre Mariinski a tenu durant le siège de Leningrad
La première scène du nouveau théâtre fut celle du Théâtre des comédies musicales : il avait été considérablement endommagé dans des bombardements et les comédiens travaillèrent dur pour déblayer les débris et réparer ce qui tenait encore debout.
Les acteurs jouaient dans des salles sans chauffage. Les représentations étaient interrompues par des alertes aériennes durant lesquelles les spectateurs restaient à leurs places. Lorsque l’électricité était coupée, ils éclairaient la scène avec des lampes torches pour que les comédiens puissent continuer à jouer.
Les premiers spectacles étaient sur la guerre en cours (L’Invasion, Le Front). Des classiques du répertoire russe et même un opéra furent ensuite montés. « Au moment même où l’on donnait Eugène Onéguine au Théâtre du Blocus, les nazis imprimaient des tickets pour le défilé qu’ils pensaient faire sur la place du Palais et le banquet qui aurait dû suivre au restaurant Astoria », se souvenait Evguénia Proudnikova, une employée du comité de la radio.
Les représentations étaient données tous les jours. Parfois, deux fois par jour, en dépit de l’intensification des bombardements.
Après le blocus
Le blocus de Leningrad fut levé le 27 janvier 1944. Après quoi les troupes des théâtres de la ville rentrèrent.
Voici à quoi ressemblait le Passage avant la Révolution
À l’automne suivant, le Théâtre du Blocus investit la salle de spectacle qui avait été inaugurée en 1848 dans le « Passage » de la rue des Italiens, non loin du Théâtre des comédies musicales.
En 1944 également, il fut renommé en Théâtre dramatique de Leningrad. 15 ans plus tard, il reçut le nom de Vera Komissarjevskaïa, l’une des actrices les plus célèbres du début du XXe siècle qui s’était produite dans le théâtre du « Passage ».
Vera Komissarjevskaïa
Le Théâtre dramatique de Leningrad Vera Komissarjevskaïa existe toujours. Depuis le printemps 2025 y est donné Polyphonie (Многоголосье), un spectacle qui raconte comment les habitants de Leningrad ont survécu au blocus.
Dans cette autre publication, découvrez sept lieux à Saint-Pétersbourg qui rappellent le siège de Leningrad.