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Quel regard le prix Nobel chinois Mo Yan porte-t-il sur la Russie et sa littérature?

Alexandre Avilov/Agence Moskva
Mo Yan, l’un des plus grands écrivains chinois contemporains et prix Nobel de littérature 2012, a expliqué à Fenêtre sur la Russie pourquoi il aime voyager en Russie et comment la découverte de ce pays et de sa littérature a influencé son œuvre.

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Voyages en Russie

Je fais en ce moment mon quatrième voyage en Russie. Le premier remonte à 1995. J’étais alors parti de Mandchourie et avais longé la frontière qui sépare nos deux pays. J’ai aimé la diversité des reliefs et de la nature de ces régions.

Mon deuxième voyage date de 2007, année où j’ai participé au Salon du Livre de Moscou. J’ai le souvenir d’avoir été particulièrement impressionné par la profondeur du métro de la capitale : remonter en escalator vers l’extérieur me semblait prendre une éternité.

L’année dernière, je me suis rendu avec des amis à Irkoutsk. Nous avons admiré le lac Baïkal. Bien sûr, nous avons été à Blagovechtchensk et Vladivostok. Pourquoi ai-je visité ces régions ? Parce que Valentin Raspoutine et Viktor Astafiev les décrivent dans les livres. Je voulais aller là où ils avaient écrit leurs textes. Mon rêve est aujourd’hui de voir l’Enisseï. Les fleuves de Sibérie qui la traversent du sud au nord, témoignent de la richesse de la nature russe.

Cérémonie de remise du prix Iasnaïa Poliana à Mo Yan par Vladimir Tolstoï
Service de presse du prix Iasnaïa Poliana

Je reste marqué par les régions décrites par Mikhaïl Cholokhov dans ses œuvres. J’ai enfin eu la possibilité de voir le puissant fleuve Don. J’ai été là où fut tournée l’adaptation cinématographique du Don Paisible, un roman que j’ai lu plusieurs fois. Pour moi, ce sont des lieux sacrés. Alexandre, le petit-fils de Mikhaïl Cholokhov, me les a fait découvrir. Il garde précieusement en lui la mémoire vivante de son grand-père. Leurs voix sont tellement semblables que je voyais en lui son aïeul.

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Littérature russe

Pour moi, le plus grand écrivain russe est Léon Tolstoï. J’ai visité Iasnaïa Poliana. J’ai eu l’honneur immense de recevoir le prix littéraire Iasnaïa Poliana. Les scènes de bataille de Guerre et Paix ont eu sur moi une forte influence. Dans mon roman Le Sorgho Rouge, les scènes où le peuple chinois résiste aux envahisseurs japonais font écho à la description de la bataille d’Austerlitz par Léon Tolstoï.

Un autre auteur russe très important pour moi est Fiodor Dostoïevski. Les Frères Karamazov sont un des romans que je garde sur ma table de travail et que je relis souvent. Tout comme d’autres de ses œuvres.

Vue sur le fleuve Don
Petr Protsenko / Getty Images

Je relis également souvent Ivan Tourgueniev. Parmi les classiques de la littérature soviétique, je citerai évidemment Mikhaïl Cholokhov qui, dans le Don Paisible, a décrit le calme et les champs qui s’étendent à perte de vue. Quand on lit ce livre, on ne peut rester indifférent à la sensibilité de son auteur : non seulement il peint des tableaux et donne à entendre des sons, mais il fait sentir des odeurs : celles des fleurs des champs, celle de l’herbe, celle du fumier. J’ai toujours été très sensible aux sons et aux odeurs.

Où que j’aille en voyage, je prends des notes et publie ensuite un récit. Ce que je ferai aussi sur le séjour que je viens de faire sur les rives du Don.

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